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Le bois : pas seulement pour l'image, des architectes témoignent

© Cyberarchi 2019

Au-delà de la volonté, sans cesse martelée, de valoriser une image ou encore de promouvoir une démarche HQE, l'utilisation du bois par les architectes se développe et, parfois, trouve sa propre justification en fonction des conditions des travaux. Collèges, centres de recherches, logements : des architectes partagent leurs expériences

 
 
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Cela va finir par se savoir. Certes, le bois est encore peu utilisé dans la construction mais son usage est encouragé. Les pouvoirs publics assurent cette promotion auprès des entrepreneurs et des architectes à travers l'accord 'Bois construction et environnement'. Des organisations professionnelles comme le Comité national pour le développement du bois (CNDB) ou des organismes comme l'Agence régionale de l'environnement et des nouvelles énergies (ARENE) d'Ile-de-France - associée au Conseil Régional - prennent leur bâton de pèlerin pour expliquer aux différents acteurs concernés, architectes, entrepreneurs et élus des collectivités territoriales, les avantages du matériau.

Toutefois, la présentation par des architectes ou par des spécialistes des démarches HQE dans la construction, a permis de constater les différentes possibilités de réalisations offertes par le bois, possibilités qui s'élargissent aux vues du progrès technique. Ces différentes présentations - logements sociaux, centres de recherches, établissements scolaires - permettent également de tirer plusieurs conclusions. En effet, au-delà de l'exemple du commanditaire public ou privé qui veut valoriser son image et sa volonté d'être en phase avec l'environnement et qui, de ce fait, impose le bois dès la passation de la commande, il arrive que des solutions bois s'imposent d'elles-mêmes.

"Comment en est-on arrivé à cette démarche ?", s'interroge Pascal Arsène-Henry, architecte de l'Atelier da.u, pour introduire son projet de seize logements sociaux groupés, du deux au cinq pièces, à Ormesson-sur-Marne (94), effectué en 2003. "En fait, le terrain nous a obligés à y recourir. Nous devions prendre en compte une pente de quinze degrés, le sol était instable et argileux et au fil de la construction, le chantier devenait de plus en plus difficile d'accès pour les camions, du fait de la présence des constructions. Nous avions également l'envie d'exprimer une architecture libérée mais aussi exprimer un caractère individuel par un jeu de volumes et de transparences".

"La légèreté propre au bois nous a permis d'éviter des fondations lourdes", précise l'architecte. Ainsi, les maisons reposent sur une série de micro pieux coulés dans le béton. Au final, le projet s'est concrétisé en maisons accolées, réalisées en construction sèche avec des panneaux pré accessibles. Le chantier (hors terrassement et fondations) n'a pas excédé huit mois pour un coût de 980 euros HT le mètre carré SHON.

Autre constatation et preuve que l'emploi du bois fait son chemin dans les esprits : les architectes n'hésitent plus à proposer un projet bois dès les phases préliminaires. Dans le cadre d'un marché public pour la construction d'un collège à Montgeron (94), "trois équipes ont proposé des projets 100% bois alors que le programme ne l'imposait nullement", raconte, encore étonné, Michel Le Sommer, ingénieur bois et conseil HQE qui a supervisé les études préalables.

Toutefois, la grande majorité des projets, y compris ceux qui affichent une volonté forte d'utilisation du bois, ne recourent pas à cette option du bois intégral. Les constructions sont plutôt réalisées avec des amalgames entre les différents matériaux, bois, béton et acier. En témoigne un autre projet de collège à Boussy-Saint-Antoine (91), présenté par Michel le Sommer qui, cette fois, devait promouvoir l'utilisation du bois. Paradoxalement, un des projets considérés propose un rez-de-chaussée en béton et le premier étage en bois. Restent les coûts prévus dans ces deux exemples qui sont également faibles : 1.200 à 1.400 euros le m² SHON.

L'image 'écolo' véhiculée par le bois reste un facteur important comme le montrent les deux réalisations de Laurent-Marc Fischer, d'Architecture Studio : le centre de recherches du groupe Danone à Palaiseau (91) et un collège à Mirecourt (88), où le recours au bois faisait partie du cahier des charges. Pour ces deux bâtiments, le mélange de matériaux était nécessaire.

Concernant le centre de recherches, l'architecte a utilisé du bois pour des poutres extérieures, pour le portique (croisement entre le bois et le vitrage) et pour les stores brise soleil. En intérieur, le bois a également été utilisé pour les salles de réunion afin d'obtenir "une acoustique plus poussée", explique Laurent-Marc Fischer. Pour l'établissement scolaire qui doit accueillir les élèves pour la rentrée 2004-2005, la conduction thermique du bois a été mise à contribution. L'établissement étant disposé face au soleil, le matériau assure une température moyenne de 14 degrés à l'intérieur lors d'une journée d'hiver ensoleillée par moins cinq degrés. Dans ce projet, le recours au bois a servi à la construction des espaces pédagogiques, de l'extérieur et de la structure qui tient le toit... qui sera en zinc.

A noter qu'au fil de sa présentation, l'architecte a atténué au détour d'une phrase une qualité prêtée au bois : la rapidité d'exécution. "Pour des projets complexes, cette donnée ne rentre pas en compte", explique-t-il. Et si l'utilisation du bois semble se répandre dans la profession, il faut encore convaincre le grand public : "Pour le collège, il a fallu expliquer aux parents d'élèves, qui craignaient de voir leurs enfants brûler avec l'établissement en cas d'incendie, que ces derniers ne couraient aucun risque", dit-il, assurant par ailleurs que "les assureurs se montrent également réticents lorsque l'on présente un projet bois".

Une appréhension tenace donc à laquelle son confrère Pascal Arsène-Henry apporte un début de réponse : "Pour un projet de 35 logements sociaux en bois à Courtry (77) au coeur de la ville, nous avons organisé des réunions publiques avec les habitants du quartier pour leur expliquer notre démarche et répondre à leurs craintes. Cela a permis d'une part d'ouvrir le dialogue et, d'autre part, pour les particuliers de s'approprier le projet", dit-il.

En clair, si l'usage du bois semble effectivement entrer peu à peu dans le domaine de compétences de nombre d'architectes, c'est aujourd'hui le grand public qui fait de la résistance, à l'évidence faute d'informations adéquates. Les rappels rituels des qualités du bois ne sont donc pas prêts de disparaître.

Christophe Leray

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