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Le « 57 Métal », chef-d'oeuvre en péril

© Cyberarchi 2020

Le palais rose de Boni de Castellane, celui des Tuileries, la gare de la Bastille... Le « 57 Métal » va-t-il bientôt rejoindre la trop longue liste des grandes oeuvres architecturales détruites à Paris et en Ile-de-France? C'est bien ce que l'on peut craindre depuis que Renault a vendu à un fonds d'investissement anglo-saxon ce bâtiment, construit en 1984 par l'architecte de renom Claude Vasconi.

 
 
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Un bâtiment historique

L'histoire du constructeur automobile Renault est profondément liée à l'île Seguin et à Boulogne-Billancourt, au sud-ouest de Paris. C'est là que Louis Renault, le fondateur de l'entreprise, installa au tout début du XXe siècle ses premières usines, et c'est là que l'un de ses lointains successeurs commanda en 1981 à l'architecte Claude Vasconi un vaste projet urbanistique appelé « Billancourt 2000 ». De ce projet, finalement, rien ne sortira de terre, sauf un bâtiment : le « 57 Métal ». Parallèlement, Renault déplace ou délocalise toujours davantage ses usines. Le « 57 Métal » est aujourd'hui le dernier vestige d'importance de la longue présence de Renault. Lors de sa livraison en 1984, il accueillait l'atelier de modelage d'outils de presse et de fonderie. En 1991, cette activité industrielle est arrêtée. Que faire d'un espace de 12 000m2 ? Dans un premier temps, il est utilisé comme espace de vente. Puis en 2000, la direction de la communication y prend ses quartiers.

En accord avec Claude Vasconi, un grand projet de réhabilitation et d'adaptation du bâtiment, le Squar Com, est confié à l'agence Jakob + MacFarlane. L'objectif ? Créer une vitrine pour la marque. Un pari qui semblait réussi avec la construction de trois auditoriums de 100, 300 et 550 places, et d'un bel espace d'exposition pour les modèles historiques de Renault. Pourtant, l'entreprise a récemment vendu l'ensemble à un investisseur britannique dont on ignore les intentions. Or, comme le souligne l'architecte-urbaniste Christian Devillers dans sa lettre ouverte au député-maire de Boulogne-Billancourt, « il est peu probable qu'un promoteur privé trouve la rentabilité de cet investissement sans démolir le bâtiment et construire un immeuble à la place. » Le « 57 Métal » est-il condamné à disparaître ? Et d'ailleurs, faudrait-il le regretter ?

Une architecture industrielle menacée

Aussitôt la nouvelle connue, la résistance à cette destruction, encore évitable, s'organise. Christian Devillers fait part de son inquiétude dès septembre 2010, rapidement rejoint par une centaine de personnalités demandant le classement du « 57 Métal ». Parmi eux, des lauréats du Grand Prix national de l'architecture, comme Dominique Perrault, Claude Parent ou Rudy Ricciotti, et d'autres, lauréats du prix Pritzker, comme Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Richard Meier, Thom Mayne...

Pourquoi une telle levée de boucliers ? Parce que le « 57 Métal » appartient au patrimoine architectural autant pour ses qualités que pour la signature de Claude Vasconi. Né en 1940 et mort en 2009, celui-ci, formé à l'école d'architecture de Strasbourg, est surtout connu pour la construction du Forum des Halles à Paris, en collaboration avec Georges Pencreac'h. Il obtiendra en 1982 le Grand Prix national de l'architecture. Le « 57 Métal », achevé en 1981, fut immédiatement considéré comme l'un des chefs d'oeuvre de l'architecture industrielle de la fin du XXe siècle. Un timbre fut même frappé à son image ! Le bâtiment se présente comme un immense hall surmonté par un « shed » - un toit en dents de scie - permettant de faire entrer la lumière dans la tradition classique des usines du XIXe siècle.

Les travaux opérés par l'agence Jacob + MacFarlane au début des années 2000, en accord avec Claude Vasconi, ont amélioré l'esthétique du bâtiment, notamment en redessinant l'une de ses façades autrefois composée de simples parpaings et en ajoutant une verrière plate sur une cour, créant ainsi un passage couvert entre deux parties du bâtiment. Résultat : aujourd'hui le « 57 Métal », témoin du passé, esthétique et pratique, a réussi sa mue. Certains l'imaginent reconverti en centre de congrès, en lien avec les futurs lieux culturels prévus sur l'île Seguin qui lui fait face. L'Etat, en pleine crise économique, laissera-t-il la logique financière l'emporter ? Les grands noms de l'architecture, quant à eux, semblent bien décidés à s'y opposer !

Marie-Clarté Mougeot
Photo : © Jean-Marie Monthiers

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