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La Tour Zizkov, Prague

La tour Zizkov, à deux pas du centre historique de Prague, est considérée comme une horreur ou un formidable gage de modernité. Elle est la preuve cependant que l'architecture des "villes-musées" peut être bousculée.

 
 
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Jamais la construction d'une tour, fut-elle une tour de télévision, n'a répondu à d'aussi mauvaises raisons. En effet, en 1978, les autorités communistes de Prague décidaient de construire un émetteur de haute puissance afin de brouiller les signaux radios envoyés d'Allemagne. L'ironie vaut son pesant de débats enflammés à Prague car, non seulement les communistes avaient disparu quand la tour fut finalement achevée en 1992 mais ils ont légués à la ville un ouvrage d'une modernité décapante à laquelle nul ne songe à les associer.

Deux phénomènes distincts

Les Habsbourg au 16ème siècle imposent, toujours au nom de la modernité, le style Renaissance puis le Baroque un siècle plus tard. Le Néo-Renaissance a son heure de gloire à la fin du 19ème et l'Art-Nouveau au début du 20ème. Après 1945, la ville une fois de plus à moitié détruite, les communistes imposent leur architecture de grands ensembles de béton sans âme. Peu soucieux de l'aspect historique de la ville qui leur résiste, ils imposent sans autres formes de débat la tour Zizkov presque en centre-ville.

L'autre phénomène est plus récent. On peut argumenter que la Tour Eiffel fut la première des TV Towers puisque, dès 1935, c'est de son sommet qu'est inaugurée la première émission en 180 lignes. Ce design influencera donc les Japonais qui construisent dans les années 50 cinq ou six TV Towers qui sont autant de petites tours Eiffel. Pendant ce temps, Stuttgart, en Allemagne, construit la première tour télé en béton armé, la fait monter à 217 mètres et inclut un restaurant et un point de vue panoramique à 150 mètres du sol, révolutionnant ainsi le concept.

Les allemands se passionnent pour de telles tours (Dortmund, 1959-220 m ; Berlin 1969-368 m ; Baden-Baden 1972-206 m ; Mannheim 1975-209 m) ainsi que les pays de l'est (Tallin, Estonie ; Vilnius, Lituanie ; Psung, Croatie, Belgrade, (ex) Yougoslavie ; la tour Ostankino de Moscou atteint 535 mètres). Ce concept culmine aujourd'hui avec la CN tower de Toronto, plus haute structure du monde avec 553 m. Même si le concept - tour en béton armé, plate-forme en acier - n'évolue guère. Il faudra attendre le début des années 90 et la construction de la Orient Pearl Tower à Shanghai pour le voir notablement transformé.

Une vue spectaculaire sur la vieille-ville de Prague

S'il n'était donc pas étonnant que la Tchécoslovaquie (à l'époque) veuille se doter également d'une tour télé, l'ovni praguois se trouvait juste à la croisée de ces deux phénomènes. "Cette tour est un crime contre la vieille ville, contre la ville historique" estimait mezzo voce l'architecte praguois Martin Krise. Les habitants, de son avis sans doute, n'avaient en tout état de cause pas leur mot à dire. Auraient-ils été plus heureux si cette tour avait ressemblé à toutes les autres ?

Vaclav Aulicky, l'architecte de la tour Zizkov, continue de défendre son projet. "La vue de Prague est idéale", dit-il. Il peut d'autant mieux s'exprimer que les Praguois, devant l'engouement des touristes, ont peu à peu accepté leur tour, surtout depuis qu'en l'an 2000 un jeune artiste tchèque y apposa des "petits bébés noirs". Au point d'ailleurs que, quand il les a enlevés l'expo terminée, la demande populaire fut telle qu'il dû les remettre. La tour a aussi permis de décomplexer les architectes praguois face au musée de leur ville. La ville a ainsi renoué avec son passé d'innovation architecturale, la maison dansante en étant la preuve la plus éclatante. De même est-il aujourd'hui question de bâtir un Manhattan praguois, projet qui, on s'en doute, suscite à son tour de vives oppositions.


En Allemagne, les tours de Berlin et Stuttgart sont désormais classées monuments historiques. Le sort sans doute à venir de la tour Zizkov.

Et en France ?

C'est bien simple, après la Tour Eiffel, c'est le néant. Pour une raison simple. Ce sont les PTT, puis l'ORTF, puis l'opérateur public France Télécom qui eurent à gérer les relais de transmission. Non seulement ces compagnies d'Etat n'aimaient pas le mélange des genres - pour simplifier, pas question de mettre un restaurant dans une antenne - mais encore le choix d'installer les relais en haut de collines, loin de toutes habitations et cachées à la vue de tous n'a jamais été remis en cause.

Un projet de tour télé et touristique de 750 mètres de haut (vous avez bien lu 750 m) fut proposé en 1961 par l'architecte Polak à la Défense sur le site actuel de la Grande Arche mais ne fut jamais construit. Une tour est aujourd'hui visible près de Paris à St Ouen, la tour de Romainville, haute de 140 mètres avec une plate-forme à 40 mètres de haut. Aucune tour télé en France ne dépasse les 150 mètres.

Christophe Leray

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