• Accueil
  •  > 
  • La Tour Burj Al Arab, de Dubaï
Rejoignez Cyberarchi : 

La Tour Burj Al Arab, de Dubaï

Un hôtel qui défie l'imagination mais aussi une tour parmi les plus hautes du monde, le Burj Al Arab, planté sur son île artificielle (Burj signifie île en langue arabe), témoigne de la volonté des maîtres de Dubaï de construire une ville solide sur le sable.

 
 
A+
 
a-
 

Un atrium vertigineux

On retrouve souvent l'idée de grand large dans les tours (les architectes français des tours T1 et Société Générale à la Défense, par exemple, reprennent cette idée). Mais quand on entre à l'intérieur du Burj Al Arab, l'extérieur est déjà oublié et la vue - la skyline pourrait-on dire - fait instantanément vieillir les rêves d'architectes ambitieux. En effet, le coeur de l'hôtel est un atrium vertigineux de 180 mètres de haut ! Depuis quand a-t-on le vertige en regardant d'en bas ? Certes, les atria ne sont pas une nouveauté : il y en a un superbe au Four Seasons d'Indianapolis, Indiana aux Etats-Unis ; celui de la tour Jin Mao à Shanghai est une vraie réussite, etc. Mais l'atrium du Burj Al Arab vaut le détour.

Enfin, et ce n'est pas la moindre des choses, il apparaît sous l'architecture, tant extérieure qu'intérieure, la volonté et l'intelligence de despotes éclairés qui, en l'occurrence, font preuve de générosité, de modernité - la course au large, l'architecture, la technologie de pointe -, d'un intérêt commercial bien compris et enfin d'un sens inattendu de la jouissance et de la tolérance quand le reste du monde, particulièrement en cette région, est la proie d'inquiétudes. Au minimum Dubaï, ville-état anachronique, est désormais sur la carte du monde. Le Burj Al Arab est le seul hôtel sept étoiles de la "galaxie".

Un mirage construit en dur

L'histoire de Dubaï, minuscule état de 3.900m², tient en quelques lignes. Une terre aride et deux villages autour d'une crique enclavée que de rares bédouins visitent parfois. A la faveur de l'histoire, la dynastie Al-Maktoum s'installe sur ces lieux en 1833. Dans les années 1960, Rashid Al-Maktoum, riche de pétrole et de sable, comprend que la manne pétrolière ne durera pas éternellement, le sable oui. Il a une idée de génie : il fait construire le plus grand port artificiel du monde - le mot clef ici est artificiel - et crée une zone franche qui, au carrefour de trois continents, devient bientôt l'un des grands lieux du commerce mondial. Son fils, Mohammed bin Rashid Al-Maktoum, actuel cheikh de Dubaï, n'avait plus qu'à façonner l'écrin de cette fortune pour rejoindre, à grands frais et grandes enjambées, le club très fermé des villes en avance sur leur temps.

La recette est simple. Peu de douane, peu d'impôts, des facilités portuaires et financières de première main, des prix de main d'oeuvre compétitifs (80% de la population est composée d'expatriés). Et pour ce qui concerne l'architecture, aucune référence ou contrainte vis-à-vis d'un quelconque passé, une véritable liberté de création, des décisions prises en quelques semaines par un unique - ou presque - maître d'ouvrage dont les capacités de financement ne sont pas discutables.

Devenu paradis du shopping et du tourisme de luxe, il manquait à Dubaï un symbole pour montrer au reste du monde que l'émirat n'était pas qu'un coin poussiéreux peuplé de nouveaux riches. C'est un architecte-ingénieur anglais, W.S. Atkins, connu également pour ses travaux d'ingénieurs (ponts, bretelles d'autoroutes, etc.), qui s'est vu confié la conception de l'hôtel. Il avait déjà conçu à Dubaï l'Union Tower en 1996 puis, l'année suivante, le Jumeirah beach Hôtel. Depuis il a réalisé deux autres immeubles à Dubaï. Aussi bien ingénieur qu'architecte, il avait la possibilité de bâtir l'hôtel sur une île artificielle qu'il savait construire. Un concept qui allait faire florès peu après avec la création de deux îles artificielles en forme de palmier aujourd'hui en cours de construction. Le pari de Mohammed bin Rashid Al-Maktoun est réussi, l'hôtel orne désormais toutes les plaques numérologiques du pays.

Légendes urbaines

Caviar à volonté au buffet, arrivée de l'aéroport en limousine ou hélicoptère, un restaurant sous-marin, un restaurant à 200 mètres de hauteur, un restaurant dans une boule de crystal au milieu d'un aquarium. Le plus émouvant peut-être est que déjà les légendes urbaines courent au sujet de cet hôtel hors normes. Les 202 suites - il n'y a pas de chambres dans cet hôtel - de 170 à 708m² ont d'ores et déjà des prix variables selon les sources. De 1.000 à 8.000 euros la nuit selon certains, à partir de 5.000 euros la nuit croit savoir un autre, jusqu'à 33.000 euros assure encore une autre source. Des journalistes expliquent avoir passé la nuit dans la plus petite des chambres, "une suite opulente de 170m² en duplex", pour 730 euros TTC, petit déjeuner compris. Le site de l'hôtel promet de grosses réductions hors saison.

Dubaï est engagée dans une course contre la montre pour sa survie. Dans vingt ans, il n'y aura plus de pétrole. Dubaï veut prospérer sans, à l'instar de la Suisse ou Monaco. Les projets sont nombreux, comme celui d'y construire une tour - un phare ? - de plus de 500 mètres de haut. Il se construit aujourd'hui à Dubaï un hôtel cinq étoiles tous les deux mois et la concurrence fait baisser le prix des chambres. Dubaï n'est pas encore un haut lieu de démocratie - loin s'en faut - mais le pouvoir y est plutôt ouvert, comme ailleurs dans les Emirats, et l'accueil de familles moins fortunées, du coup, est d'ores et déjà envisagé.

Dans 50 ans, quelle société pour Dubaï ? Les villes du XXIème siècle ne sont pas éternellement "nouvelles". 80% des 700.000 habitants sont immigrés, rappelons-le. Ce coin de désert n'a jamais été autant peuplé. Au regard de l'histoire, des villes naissent et disparaissent. Les Al-Maktoum veulent durer. Il leur faudra bien un jour faire face aux problèmes urbains (sans doute plus triviaux) d'une grande ville. Alors, futur La Grande Motte ou future Côte d'Azur du bout du monde ? En attendant, l'hôtel Burj Al Arab est gonflé de fierté.

Christophe Leray

Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER