• Accueil
  •  > 
  • La Sucrière : douceurs en bord de Saône
Rejoignez Cyberarchi : 

La Sucrière : douceurs en bord de Saône

© Cyberarchi 2014

Après les docks des Salins, le dock 40 et le bâtiment des Douanes, il restait à « régler » le sort de la Sucrière à Lyon. Réhabilitée et agrandie avec une grande sobriété par l'agence lyonnaise Z Architecture, elle a de nouveau ouvert ses portes en juillet dernier. Désormais, tout en conservant sa vocation culturelle, le bâtiment, qui se veut avant tout un projet au service de ses utilisateurs, accueillera également des bureaux et un bar/club sur le toit.

Publié le 11/09/2011

 
 
A+
 
a-
 

Un chantier atypique

Accueillie en gare de Perrache par mon guide, Vincent Gadaix de Z Architecture, une (bonne) surprise m'attend : nous ne partons pas visiter la Sucrière à Port Rambaud en voiture mais... en bateau ! Quel meilleur moyen pour s'imprégner de la tradition portuaire du site et prendre toute la mesure du chantier de Confluence ? En descendant la Saône vers le sud, nous dépassons rapidement les logements et les bureaux neufs, puis nous apercevons bientôt la ligne des docks qui court de la Place Nautique jusqu'au futur Musée des Confluences, tout à la pointe de la presqu'île. Aménagée a minima depuis 2001 pour accueillir quelques concerts et les accrochages de la Biennale d'art contemporain, la Sucrière, un ancien entrepôt de stockage du sucre propriété des Voies Navigables de France, n'avait jamais connu de véritable transformation depuis l'arrêt de son activité.

C'est à la jeune agence Z Architecture, spécialisée dans les projets atypiques, que Voies Navigables de France et Icade (Caisse des Dépôts en Consignations) ont confié la réhabilitation et l'extension du bâtiment. Objectif : en faire un lieu « authentique » qui vive jour et nuit, un espace à l'« anglo-saxonne », où cohabitent harmonieusement culture, travail et loisirs... tout en conservant l'identité industrielle du site. Mais pour la petite équipe « Z », le défi est de taille : comment faire bonne figure aux côtés des grandes signatures internationales des docks avoisinants avec un budget de seulement 8,6 millions d'euros ?

Préserver l'âme du lieu

L'agence décide tout d'abord de s'en tenir aux aménagements essentiels et de composer des espaces intérieurs modulables sans fioriture superflue. Pour commencer, l'espace principal, datant des années 1930 et dédié aux expositions, séminaires ou concerts, est relié à l'extension des années 1960, potentiellement salle de banquet ou seconde salle d'exposition. Dans l'espace principal, le plancher central du premier étage et ses 5 piliers porteurs sont supprimés. Le résultat est saisissant : imaginez un immense volume de 1 200 m2 au sol et de 9 m de hauteur coiffé d'une mezzanine, pouvant accueillir jusqu'à 7 500 personnes ! Seul ajout de taille au bâtiment d'origine : en attique, un parallélépipède bardé de mélèze pour les bureaux et le club, entouré par une coursive-terrasse. Ce nouveau volume bénéficie d'ailleurs d'un niveau de performance énergétique « THPE ». « Ici, le luxe n'est pas dans la prestation, mais dans les espaces ! », confie William Vassal, en désignant les 3,30 m de hauteur sous plafond des bureaux et la vue sur la Saône.

Second parti pris auquel est particulièrement attachée l'équipe de Z Architecture, très influencée par le « Lieu Unique » de Patrick Bouchain à Nantes : préserver l'âme du lieu en gardant bien visibles les strates des différentes époques. Ainsi, la façade côté Saône continuera-t-elle à servir de support aux artistes de la Biennale, aucun enduit n'étant de toute façon appliqué sur les murs extérieurs de l'édifice. Un geste « en creux », face à l'« exubérance » architecturale des bâtiments environnants. « Nous revendiquons une démarche humble, volontairement en retrait, ainsi qu'un vocabulaire le plus neutre et le plus industriel possible », confient les deux architectes. Dans cette optique, les hayons ont simplement été élargis et creusés, les ascenseurs et les halls d'accueil ont été logés dans les silos, toutes les traces des différents bouchements ont été conservées, ainsi que les « hélices » par où transitaient les sacs de sucre. Mais le souci esthétique n'est pas pour autant oublié : partout, ont été habilement dissimulés souffleries et autres circuits disgracieux.

Tout près de l'estacade, dans un quartier qui peu à peu prend vie, la Sucrière étonne et détonne. En affichant fièrement ses cicatrices et son histoire, le vieil entrepôt, déjà sorti de sa torpeur grâce à la Biennale, réaffirme sa singularité au coeur d'un ensemble jeune et « branché ». Le succès de ce bâtiment, qui offre un panorama unique sur les charmants contreforts boisés de Sainte-Foy-lès-Lyon, ne se fera sans doute pas attendre... les Lyonnais ne pouvant rester longtemps insensibles au charme de « la grand-mère du port » !

Marie-Clarté Mougeot

Mot clefs
Catégories