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La réponse de Boskop aux comportements contemporains mobiles et flexibles

© Cyberarchi 2019

L'agence lilloise Boskop (François Delhay, Sophie Delhay, Franck Ghesquière, David Lecomte, Laurent Zimny) a livré en 2009, à Nantes, 55 logements "d'habitat urbain dense et individualisé" en s'appuyant sur une approche intellectuelle approfondie qui a donné naissance à quatre motifs. Découverte d'une réalisation intéressante sur le fond et la forme.

 
 
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Quatre motifs

La question de l'innovation dans l'habitat urbain dense et individualisé, telle qu'elle est posée par la Nantaise d'habitations (maître d'ouvrage), est motivante parce qu'elle synthétise pour une fois des préoccupations abordées généralement de façon trop dissociée et tente d'articuler les aspirations des habitants, le cadre programmatique mis en place, la production et le résultat offert. Des avancées ont pu être faites ici ou là sur tel ou tel point, mais une visée aussi large est nouvelle et invite à de vrais échanges entre les différents acteurs.

Tel est l'enjeu nantais : Un soin très particulier est porté au choix des mots : "Habitat urbain dense et individualisé", périphrase où les termes excluent délibérément toute référence archaïque au logement individuel groupé. Il ne s'agit pas d'adapter une ancienne manière de faire. Comment partir sur de nouvelles bases pour rendre possible ce qui est actuel ? En expérimentant : l'expérimentation suppose des protocoles, permet des adaptations, admet des corrections. Ce n'est pas le lieu de la certitude, où il conviendrait d'innover pour innover, mais plutôt un laboratoire où les catégories de pensée mêmes sont remises à plat.

Motif 1 : une famille "variable"

Les comportements contemporains sont mobiles et flexibles. Comment rendre possible et inventer de nouveaux modes d'associations / dissociations d'individualités plus ou moins intimes, dans des configurations plus où moins stables ? L'organisation spatiale nécessite ainsi plus de mobilité, plus de flexibilité. Les indépendances, associations, rapprochements doivent pouvoir prendre diverses formes dans les lieux où l'on vit ensemble : respirations du logement, circuit / court circuit, capsularisation de l'espace avec associations / dissociations, etc.

Motif 2 : un jardin secret dans la ville

Aimer la ville parce qu'elle est un réservoir inépuisable d'épanouissement de situations privées. Aimer la ville parce qu'elle offre une multitude de choix. Aimer la ville parce qu'elle suppose un ailleurs, un arrière pays. Et pourtant, pour gagner ce plaisir de vivre "les uns sur les autres", le logement en ville doit être imaginé comme un "jardin secret", le lieu irréductible de l'intimité. Avec les nouvelles pratiques urbaines, en effet, les limites du privé et du public deviennent instables. Le logement en tant que tel n'est plus la limite franche. Seule l'intimité - le privé ultime - ne peut s'extraire de la maison, intimité partagée (le foyer, le ménage), intimité solitaire (la bulle qui n'est pas obligatoirement un espace refermé et clos : l'intimité peut être stimulée par la proximité directe de la multitude.) Un jardin secret à gagner pour le plus grand nombre.

Motif 3 : densité du tissu urbain

Il s'agit plus d'individualiser (comme le dit l'énoncé) le collectif, donc finalement de dédensifier un tissu théorique maximal pour lui apporter pratiquement les conditions d'épanouissement du public, du privé et de l'intime, que de collectiviser l'individuel (densification), ce qui serait prolonger les pratiques sclérosées de conception du "logement individuel groupé". La norme, les standards ne sont plus prioritaires (même s'ils subsistent et doivent être recadrés dans une nouvelle approche). A ce propos, nous considérons la trajectoire 'HQE' moins comme un nouveau système de contraintes que comme un levier qui permet de concevoir l'espace.

Motif 4 : l'attitude du concepteur

La reconsidération du logement dans son environnement engagée ici est stimulante : elle invite le concepteur à définir avec acuité de nouvelles règles du jeu : fonder, permettre, suggérer. Faire - concrètement - l'inventaire des paramètres déterminants de la densité, imaginer les protocoles nécessaires pour qu'émerge l'individualisation recherchée, choisir les limites, les passages, dessiner des clôtures, des portes. La manière est nouvelle : il ne s'agit plus de tout définir mais, à partir de deux postures antithétiques du concepteur - la précision ou la réserve dans le dessin - de faire coexister dans le logement une extrême définition des fonctionnalités et une grande disponibilité de l'espace. Au-delà règne l'intime, indépendamment du concepteur : Il n'y a pas de "procuration" possible de l'intimité. Nous avons expérimenté cette démarche "suggestive" dans d'autres circonstances.

Mathématique des situations

Nous proposons comme alternative à l'immeuble collectif social vertical un tissu très dense d'habitations individualisées. La pertinence de cette figure se fonde sur l'intensification des relations entre le logement et la ville et sur la personnalisation par les habitants des choix et des usages qui en découlent.

Le dispositif se développe à l'horizontale sous la forme d'un quadrilatère compact et peu consommateur d'espace (120 logements à l'hectare). L'alternance des bandes bâties et des bandes consacrées aux jardins privés ou aux passages publics produit une variation mathématique très simple de situations : les 19 bandes étroites (longueur de 55m, épaisseur de 4,60m) augmentent les frictions topologiques et tissent des dispositifs de proximité entre le logement, l'espace public et l'espace partagé à l'échelle du voisinage.

Le striage de l'architecture multiplie les transparences. Il organise des passages entre le lotissement pavillonnaire existant au Nord et le parc urbain limitrophe au Sud. Vu depuis le parc, la compacité et la profondeur de ce tissu urbain se manifestent sous la forme d'une succession de plans vibratoires alternativement gris et colorés entremêlés de végétation émergeant des jardins en pleine terre et des terrasses sur parking. Les venelles transversales relient toutes les bandes. Les passages fuchsia séquencent régulièrement le glissement d'une ambiance à une autre.


Cette décomposition programmatique de l'espace a pour vocation d'absorber l'instabilité inhérente à l'addition et la cohabitation des histoires personnelles et de régler durablement le métabolisme du groupe humain : à la fois faciliter les liens sociaux, préserver l'intimité, accueillir les façons les plus diverses pour chacun de s'organiser, permettre les changements. Chaque logement est la combinaison de plusieurs situations spatiales invitant l'habitant (la famille, le ménage) à organiser à sa manière son propre espace et ses voisinages multiples. Il se développe sur quatre bandes juxtaposées : construit + jardin + construit + cour commune.

Le logement est constitué d'une collection de pièces de tailles quasi identiques (env. 15m²). Ce sont des pièces carrées de dimension intermédiaire entre celle d'un séjour ou d'une chambre habituels. L'une de ces pièces est indépendante et située de l'autre côté du jardin. Chaque pièce est caractérisée par ses prolongements, son orientation, ses vues, les colorations extérieures et le type de baie. Hormis la cuisine, l'habitant choisit l'usage qu'il souhaite attribuer à chacune des pièces. Le jardin, centre de l'habitation par où se fait aussi l'entrée, est une pièce à part entière protégée de tout vis-à-vis. Des pièces '+' peuvent être attribuées à trois logements différents et permettre ainsi la modification de leur taille en fonction des changements familiaux. Ce dispositif permet l'évolution du parc de logements.

Situation urbaine

L'opération est située dans la ZAC de la Bottière Chênaie dans les quartiers Est de Nantes. Le projet urbain prévoit de développer dans le secteur concerné des formes d'habitat urbain à forte densité sous la forme de logements groupés ou "intermédiaires". L'unité foncière qui nous est confiée est divisée en deux parties de part et d'autre d'une habitation ancienne de belle volumétrie et qui sera conservée. Les plus longues façades du terrain sont orientées suivant un axe Est / Ouest (plus exactement Nord-Est / Sud-Ouest). Le terrain descend en pente régulière (de l'ordre de 5%) perpendiculairement à cette orientation. Il est en transition entre le haut du site (au Nord) organisé en lotissements résidentiels riverains de la rue de la Sécherie et le bas (au Sud) qui sera aménagé en parc urbain.

Le paysage est très caractéristique : des jardins maraîchers entremêlés d'habitations anciennes sont cernés par des murs de clôture en pierre. La végétation est abondante. Grâce à la pente, les vues restent lointaines. Un petit cours d'eau, sous-affluent de la Loire, doit être remis à jour et traverser le parc dans toute sa longueur. Une opération de logements dense est prévue à l'Ouest.

La trame viaire est composée au Nord par la rue de la Sécherie et à l'Ouest par une voie nouvellement dessinée et qui relie les quartiers anciens au Nord et les quartiers Sud au delà de la voie du Tramway surplombant l'ensemble du site.

Le plan d'urbanisme prévoit plusieurs traversées piétonnières, à l'intérieur de la parcelle ou longeant chaque partie à l'Est. L'environnement et les intentions des urbanistes concourent à l'élaboration d'un ensemble urbain nécessairement compact et lisible dans un site aussi diversifié et étendu. La situation urbaine est au coeur d'un ensemble disparate de lotissements de l'après guerre conçus en impasse, de jardins cultivés, d'un parc à l'échelle de la ville, de logements collectifs et bientôt d'équipements culturels (médiathèque).

La traversée piétonne du site désenclave l'opération et permet un lien indépendant de la circulation automobile entre les différentes populations du quartier. Ce dispositif met au centre des préoccupations des concepteurs les relations du public et du privé et resitue la conception du logement dans le contexte plus général de la ville.

Ces conditions sont propices à la concrétisation du projet innovant et expérimental d'habitat dense urbain individualisé que nous avons conçu dans un premier temps sur un autre site Nantais, à Breil Malville et abandonné pour des raisons réglementaires de constructibilité. Nous retrouvons ici un environnement physique et humain correspondant bien au cadre que nous espérions pour développer les motifs initiaux qui ont justifié notre intérêt pour la question posée par le maître d'ouvrage.

L'organisation de la parcelle

L'unité foncière est divisée en deux terrains de formes rectangulaires et de tailles très différentes. Le premier terrain, à l'Est de la construction conservée, de forme irrégulière a une largeur de 27 mètres et une profondeur d'environ quarante mètres. C'est là que nous envisageons l'implantation de 9 logements destinés à l'accession à la propriété. Le second terrain, à l'Ouest, a une forme plus régulièrement rectangulaire. 55 logements locatifs y prendront place. Les deux terrains sont sur une pente descendante Nord / Sud de l'ordre de 5%.

A l'Est, dans la partie 'accession', une bande de garages accessibles par une voie privée donnant sur la rue de la Sécherie suit la pente du terrain. Elle est couverte par une terrasse horizontale sur laquelle pourront être construit dans l'avenir les extensions nécessaires à chaque propriétaire. A l'ouest, un parking sous immeuble de soixante places contient la totalité des places nécessaires aux logements locatifs. Son implantation longitudinale en partie basse du terrain permet une utilisation rationnelle du terrain et la création d'une 'table' au niveau de la rue de la Sécherie en surplomb du parc urbain. Deux rampes pour les accès et les sorties sont aménagées au Nord du parking. Pour éviter la frontalité trop dure du parking sous immeuble et du parc urbain, l'opération se termine au Sud par des rez-de-jardin.

Sur le plus grand terrain, deux venelles piétonnes traversent l'ensemble locatif et relient la rue de la Sécherie et le parc urbain. Depuis les venelles et les voies publiques automobiles ou piétonnes et perpendiculairement à la pente, des passages sous les logements permettent d'accéder à des jardins privés au coeur de chaque logement.

Les logements sont contenus dans une série de bandes étroites (4,60m) et longilignes (de l'ordre de 50m). La plupart d'entre eux sont constitués de pièces en vis à vis de part et d'autre des jardins privés. Ils appartiennent donc physiquement à deux bandes construites. L'alternance régulière de ces bandes et des espaces extérieurs, aussi bien à l'Est qu'à l'Ouest, multiplie les dispositifs de proximité de l'espace privé, de l'espace public et de l'espace partagé à l'échelle du voisinage ou du quartier. Dans la partie locative, les logements bénéficient en plus du jardin central intime d'une terrasse extérieure non close entre voisins. Une 'digue', reliant visuellement la rue de la sécherie et le parc urbain est envisagé au second niveau sur une bande construite et le long d'une des deux venelles. Elle devrait permettre la localisation d'activités associatives de plein air à l'usage du quartier.

Aspect volumétrique

Les constructions et les jardins alternent en bandes régulières de 4,60m de largeur et 50m de long environ. Les gabarits construits correspondent à deux niveaux surélevés de façon irrégulière par des excroissances de taille modérée. Des progressions sont mises en place qui permettent de moduler les ambiances : plus de hauteur vers la rue de la Sécherie, une graduation en terrasse vers le parc urbain, une grande différenciation des ambiances dans chaque venelle. Le caractère très linéaire et répétitif des bandes construites est modulé par les petits volumes de salles de bains imaginées en porte à faux sur les façades. Ces ponctuations multiplient les ambiances

Les plantations d'arbres et d'arbustes ainsi que la végétation grimpante sur les murs, complètent le dispositif volumétrique. Le projet combine ainsi la régularité et l'événement, à l'image d'un tissu, de sa trame et de sa chaîne.

François Delhay, Boskop

La réponse de Boskop aux comportements contemporains mobiles et flexibles
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