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La qualité au Rendez-Vous de l'Architecture

Les Rendez-Vous de l'Architecture qui se sont déroulés à La Défense les 27 et 28 novembre derniers ont mis en exergue les tensions que subit l'architecture bien au-delà des thèmes de la qualité architecturale et de la commande abordés au cours de ces deux jours. Récit.

 
 
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Ces Rendez-Vous ont débuté par un discours sans surprise de Jean-Jacques Aillagon, ministre de la culture, qui a notamment annoncé le lancement prochain d'une campagne de communication de sept mois par voie d'affichage sur le thème 'Avec l'architecture, donnons de la qualité à la vie'. Cette campagne développera cinq grands thèmes : la maison individuelle, l'immeuble, l'espace urbain, l'équipement public et l'espace commercial.

Le Ministre a également annoncé la création du premier prix grand public de l'Architecture, fonctionnant sur le modèle du Livre Inter et organisé en partenariat avec Radio France. Ce prix permettra aux 'usagers' de couronner les réalisations architecturales contemporaines qu'ils préfèrent.

Enfin, une exposition consacrée à la jeune architecture a été conçue et réalisée par l'IFA. Présentée à l'occasion des Rendez-vous de l'Architecture, elle se déplacera ensuite en France et en Europe.

Qualité du dialogue

"De la qualité du dialogue entre acteurs dépend la qualité de la production architecturale" annonçait la brochure en présentant les travaux du premier jour. En fait, la difficulté de ce dialogue s'est clairement manifestée lors de la table ronde qui y était consacrée mais aussi tout au long des deux jours. Force est de constater que plusieurs dialogues coexistent : dialogue entre l'architecte et les donneurs d'ordre publics ou privés, dialogue entre les architectes et leurs clients et dialogue entre architectes. Au fil de ces différentes tentatives de dialogues s'est dessinée la mise en cause d'un système qui aboutit à la normalisation antinomique de la qualité architecturale.

Et voilà soudain la fonction de l'architecte qui dépasse largement son cadre habituel. Sous prétexte de concertation, il lui faut désormais être gestionnaire, négociateur, stratège, voire médiateur. Tous les architectes n'envisagent pas ces nouvelles contraintes de la même façon. Si tous se veulent attentifs au désir des uns et des autres, la réponse à ce désir est diversifiée. L'architecte s'est habitué à "un mode de décision, un mode de commande et un mode de construction où l'urgence domine tous les systèmes" estime l'architecte Bernard Reicher. Jean-Louis Subileau, directeur de G3A, fait encore une autre distinction, estimant qu'au-delà de la concertation, l'important est d'être compris, que le projet plaise ou non. Mais l'architecte peut-il (doit-il) imposer ses idées ?

Ne pas le faire revient à s'exposer à une architecture normative, conservatrice, refuge facile de repli face à un futur angoissant. C'est aussi caresser le public dans le sens du poil, l'intérêt artistique de l'architecture ne sautant pas aux yeux des Français tel que le révèle le sondage Ipsos Opinion de Novembre. Mais imposer ses idées est prendre le risque du rejet par ceux-là même à qui le projet est destiné et qui, fût-il encore une fois rappelé, "ne savent pas lire un plan". Une approche qui donne raison aux détracteurs des architectes, jugés comme des maîtres arrogants déconnectés de la réalité. Entre les deux, quelle ligne tenir ? Quel discours ?

Des clivages sociologiques

Pour ne rien simplifier, l'architecte Dominique Jakob rappelait que le poids des normes, des procédures et des contraintes réglementaires était tel que l'architecte, presque malgré lui, tombait dans le banal et la répétitivité. Sentiment partagé par un autre architecte, écartelé également entre le désir du beau et du bien et des contraintes tellement décourageantes que la formule "schizophrénie des architectes" fut lancée.

Enfin, un autre niveau d'incompréhension se cristallise dans le fait que les Français estiment dans leur grande majorité (lire à ce sujet notre article 'Sondage : vision contrastée des Français vis-à-vis de l'architecture') que la maison d'architecte coûte cher. Il est certain qu'un projet comme celui de la maison en Corse de Dominique Jakob (et Mac Farlane), pensé comme un "clonage de sa topographie" n'est possible qu'à l'issue d'une longue et vraie concertation avec un client disposant du temps et des moyens financiers nécessaires à sa réalisation.

Or, le sondage montre que ce sont justement les cadres supérieurs qui sont le mieux informés des aspects du métier d'architecte et qui lisent ou regardent les émissions qui y sont consacrées. Une architecture d'en haut qui ose et une architecture d'en bas normative donc ? Au grand dam de François Pélegrin, président de l'UNSFA, qui espère une architecture de proximité pour réconcilier les Français de toutes origines sociales avec l'architecture.

Enfin, les architectes ne sont pas loin de se déchirer entre eux pour ce qui concerne la dérogation à la loi M.O.P. dans le cadre des constructions de prisons. La notion de rentabilité des projets renvoie à une partie d'entre eux une dévalorisation du métier ; plus un produit est formaté et produit en grand nombre, plus il est rentable, ce qui va à l'encontre de la notion de qualité architecturale, le thème après tout de ces Rendez-vous. Des principes qui s'opposent au pragmatisme de ceux pour qui cette notion doit faire consensus, les intérêts supérieurs de la nation fixant les priorités. "Le débat n'est pas de souligner le bien fondé de cette loi ; de toute façon, elle est passée et les décrets d'applications vont tomber", concluait Michel Macary, sans état d'âme.

Il est impossible ici de parler de tous les projets qui furent présentés (nous y reviendrons) mais force est de constater qu'ils furent pour beaucoup d'une étonnante richesse, à l'image des deux journées de débats passionnants.

Christophe Leray

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