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La Philharmonie de Luxembourg par Christian de Portzamparc

© Cyberarchi 2017

"J'aime concevoir des formes architecturales pour la musique... L'écoute et le regard, deux royaumes de la perception y dialoguent et se répondent librement. C'est une grâce de l'espace. L'émotion musicale, c'est la découverte et l'entrée progressive dans un monde autre, qui se déploie dans la durée."

 
 
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Et l'espace pour moi, est aussi un phénomène qui s'appréhende dans la durée, dans le mouvement, avec ses attentes, ses surprises, ses enchaînements. Quand le son et la lumière viennent emplir ce vide merveilleux qui s'ouvre entre les pleins des formes construites, alors l'espace et la musique se révèlent mutuellement.

Au coeur de ce péristyle de lumière se trouve la grande salle. Une salle est un instrument de musique d'une échelle inusitée et, pourrait-on aussi écrire, un "instrument d'espace". A la philharmonie, les auditeurs "habitent" les parois de la salle, installés dans des tours de loges en étage qui entourent le parterre comme des bâtiments dans la nuit autour d'une place publique. Je voulais, ici, que musiciens et public s'éprouvent mutuellement, soient proches et que l'on ressente une impression de grandeur et d'intimité, que l'imaginaire s'échappe. Comme toujours, j'ai travaillé avec Xu Ya Ying, l'acousticien. J'aime le contraste entre l'impression lumineuse, neigeuse du péristyle et l'ombre de la salle. Entre les deux, la paroi est une falaise prismatique, creusée de failles acoustiques où joue la couleur. A partir des niches colorées de la salle de la Villette expérimentées il y a vingt ans, les grandes failles du Luxembourg atteignent une toute autre subtilité chromatique, la géométrie des faces décomposant les couleurs sur vingt mètres de haut.

Enfin, la salle de musique de chambre est logée dans une feuille qui se déploie à partir du sol et se redresse contre le péristyle. Ce coquillage intérieur est une autre expérience, issue du travail sur la bande de Moëbius commencé en 1993 pour le concours de Nara au Japon. Cette feuille, au dehors, joue avec le filtre en le masquant en diagonal, et ce jeu contrasté de l'opaque et du transparent consacre l'unité du projet".

Christian de Portzamparc

Texte du dossier de presse

Contexte urbain et forme

Christian de Portzamparc a été lauréat en 1997 du concours international pour la Philharmonie du Luxembourg. Parmi les autres candidats figuraient deux autres Français, Jean Nouvel et Claude Vasconi, mais aussi Mario Botta et Zaha Hadid etc. La Philharmonie, située sur le plateau de Kirchberg au Luxembourg - nouveau quartier entre l'aéroport et la vielle ville, voué aux bureaux et institutions européennes puis à la culture - se déploie au centre de la Place de l'Europe, place à la géométrie triangulaire dessinée par Ricardo Boffil, responsable du plan d'urbanisme.

De forme elliptique, la Philharmonie dynamise le triangle de la Place dont elle suit le tracé urbain : ses faces incurvées se tendent sur deux angles opposés qui en épousent les limites, tournées d'un côté vers la ville historique et, de l'autre, vers le Boulevard Kennedy, axe majeur du plateau de Kirchberg, destiné à devenir un véritable boulevard urbain. Vaste rotonde aux parois incurvées, elle affirme son autonomie et contraste avec les façades rectilignes des bâtiments qui la bordent. La tension induite par la forme est encore accentuée par la conception cinétique des façades, constituées de fines colonnes d'acier. Sur la face nord, la Philarmonie longe le parvis puis s'en écarte en douceur comme si un mouvement s'instaurait progressivement. Sur la partie sud, un socle affirme les limites de l'édifice et donne corps au côté de la place triangulaire.

La réponse au programme

L'enjeu du concours était de réunir trois espaces publics majeurs de représentation dans un même ensemble, une grande salle philharmonique de 1500 places, une petite salle de musique de chambre de 300 places et un espace découverte pouvant accueillir 120 spectateurs.
A ces espaces sont associés tous les lieux de vie nécessaires :
- accueil du public : foyers, déambulatoires, salons, vidéothèque-audiothèque, bar, vestiaires, information, billetteries...
- espaces de répétition : cordes, vents, percussions, solistes
- accueil du personnel artistique : foyers, loges
- accueil du personnel technique
- direction /gestion
- caféteria du personnel
- logistique : transit, stockage, atelier

Sur un disque incliné, les lieux d'accueil aux dimensions généreuses permettent au public de percevoir dans sa globalité l'espace tout à la fois surprenant, simple et évident qui distribue les activités. Sous ce disque, à proximité de l'entrée, en infrastructure, s'organisent tous les espaces au service des salles : transit, stockages, salles de répétitions avec lumières naturelle..., en liaison avec la voirie de desserte prévue le long du bâtiment Schuman.

Un inconvénient fréquent des théâtres et salles de concert dans les villes est de présenter des façades arrières, côté scène, fermées, tristes, et faites pour les livraisons. Ici toute la logistique se fait au-dessous, grâce à une inclinaison générale de tout le niveau d'accueil du public, qui tourne ainsi tout autour de la salle en un immense péristyle. Ainsi la vocation de centre de place de la Philharmonie est consacrée, et son intérieur est une promenade infinie.

La salle électroacoustique est également sous le disque.

Le volume de la salle de musique de chambre abrité sous une surface "conique" qui semble être sortie du pénétrable comme une feuille enroulée.

L'architecture

La Philharmonie et son péristyle

Entrer dans la Salle de Concert, dans le monde de la musique et du son, en traversant un rideau de lumière devient une expérience, marquée par la traversée d'une frontière sensitive.
Les parois de la Salle de Concert, formées de 823 fines colonnes d'acier parallèles de 17m de hauteur, offrent aux regards extérieurs une présence légère, tour à tour transparente ou opaque. Cette façade "filtre" permet des visions vers l'intérieur qui se modifient selon les points de vue ; elle intrigue et attire le promeneur qu'elle sollicite. A l'intérieur, elle permet d'oublier l'extérieur tout en instaurant un espace lumineux. Organisées selon un rythme précis sur plusieurs rangées, traversées en leur milieu par une membrane de verre, les parois vibrent comme une partition musicale qui se développe au long des lignes arquées de la façade. Certaines colonnes sont porteuses, d'autres tiennent le verre et d'autres servent pour la diffusion de l'air.

La Philharmonie est aussi un signal dans la ville, dont la lumière irradie la nuit vers l'extérieur, comme une grande lampe publique.

La galerie foyer

Une fois dans le péristyle, apparaît la paroi intérieure claire et mystérieusement lumineuse des colonnes, et les plis du noyau central qui annonce le Grand Auditorium.
Les plis de ce noyau forment la seconde façade, comme une falaise rythmée irrégulièrement de grandes failles verticales qui recueillent la lumière, zénithale le jour et colorée la nuit. Le traitement de la couleur changeante est un trait particulier du bâtiment. Christian de Portzamparc avait initié cette idée en 1986 avec la conception des niches acoustiques de la salle de la Villette puis, en 1994, avec la tour Bandaï et le jeu de diffraction des couleurs sur le relief des façades. Ici les intérieurs des niches sont prismatiques et, selon les angles des faces, les couleurs émises se différencient en un enchaînement qui est la concrétisation de cette recherche commencée il y a 20 ans.
Rampe, ponts et escaliers s'enroulent autour du grand auditorium, et permettent d'investir le lieu dans sa hauteur par les accès aux loges de la salle.
Des bars et un salon d'honneur indépendant transforment cet espace en foyer du public.

Le grand auditorium

L'architecte avait comme objectif majeur d'atteindre la plus haute qualité acoustique mais aussi esthétique et fonctionnelle pour la salle. Il faut atteindre un grand volume sachant que la maîtrise des réflexions et de la diffusion du son y est très délicate. Le travail est issu des idées volumétriques de Christian de Portzamparc, testées et calculées par l'acousticien Xu Yaying. Ici, l'architecte a poursuivi une caractéristique qui innovait avec la salle de concert de la Villette : une salle haute aux parois « habitées ».

Deux dispositions rendent cette conception optimale pour la qualité acoustique :

1/ Créer des parois latérales près de l'orchestre et du parterre. En effet, ceci est déterminant pour l'écoute des musiciens et du public du parterre afin que le temps des premières réflexions du son soit assez court malgré la grandeur du volume. L'auditorium est ainsi conforme à la typologie de la « shoebox » pour sa base rectangulaire dans les largeurs et longueurs préconisées par l'acousticien, mais Christian de Portzamparc l'ouvre en donnant de la profondeur à la salle au-dessus. C'est une deuxième disposition.

2/ Il s'agit d'"habiter" les parois supérieures pour les rendre vivantes mais surtout parce que l'on a là un très bon son et que les musiciens ressentent cette écoute autour d'eux. Ainsi sont disposées au-dessus des murs latéraux de base, huit tours de loges pour 28 auditeurs chacune, dans des conditions d'écoute et de vue très privilégiées, grâce à l'étagement des niveaux et une orientation selon des angles légèrement différents qui assurent à chaque auditeur une bonne vision vers le plateau d'orchestre. La géométrie irrégulière des tours est favorable à la qualité acoustique par l'alternance diffusion / absorption, et par la rupture des parallélismes.
Le jeu de ces tours autonomes suggère une profondeur qui semble dilater le lieu. La perception n'est plus tout à fait celle d'une salle fermée mais celle de constructions habitées au bord d'un lieu de rassemblement.

La salle de musique de chambre

L'architecte a conçu cette salle comme une feuille qui se déroule, venant à la rencontre de la grande ellipse dans un même mouvement. Comme abrité sous cette feuille torsadée, ou une partie de cône qui sortirait du filtre des colonnes et se déploierait doucement, le volume de la salle de musique de chambre est très particulier. L'idée poursuit la recherche commencée en 1993 pour la salle de musique de chambre du concours de Nara au Japon, pour lequel Christian de Portzamparc avait exploré les qualités acoustiques de la bande de Moebius, en tant que surface courbe non focalisante.

A l'intérieur, la salle est donc déterminée par deux parois diffusantes, de formes très tendues sur des rayons qui évitent la focalisation du son. Un réflecteur au dessus de la zone d'orchestre complète le dispositif. L'axe de la salle qui unit l'orchestre au public est clairement marqué et installe le rapport frontal. Le public accède au niveau haut de cette salle, descend derrière la conque d'orchestre le long de la paroi. L'orchestre est en contrebas, en liaison avec le plateau inférieur logistique.

L'espace découverte

Cet espace ouvert aux musiques contemporaines, lieu de spectacle et d'expérimentation, se devait avant tout d'être flexible.
Volume parallélépipédique à plat d'environ 211 m2, il dispose de 120 places et bénéficie de tous les équipements scénographiques nécessaires à une totale modularité. Sa position particulière - sous le disque à proximité de l'entrée principale - n'altère pas la morphologie générale de l'ensemble.
Ce troisième espace majeur du bâtiment développé aux niveaux 0 et -1, est ainsi desservi directement par les espaces logistiques.
La nature même de la salle oblige à une grande vigilance acoustique vis à vis des espaces mitoyens, imposant une désolidarisation structurelle.

Lire également notre article 'La symphonie singulière de Christian de Portzamparc' et consulter l'album-photo de la Philharmonie en cliquant ici.


FICHE TECHNIQUE

Projet lauréat du concours international en 1997
Début des travaux en Janvier 2002.
Inauguration le 26 juin 2005
Grand Duché de Luxembourg

Maître d'ouvrage : Ministère des Travaux Publics
Administration des Travaux Publics, Grand Duché de Luxembourg
Maître d'ouvrage délégué : Gehl & Jacoby et Associés, Walter de Toffol
Architecte concepteur : Christian de Portzamparc

Equipe atelier Christian de Portzamparc :
Equipe conception : François Barberot, Wilfrid Bellecour, Jean-Charles Chaulet, Urban Stirnberg, Pierre Van den Berg, Alexi Lorch, Céline Barda, Christophe Echapasse
Odile Pornin, Duccio Cardelli, Rémi Oliel, Constantin Dölher, Burkhardt Schiller
Equipe réalisation : Frédéric Binet, Jean-Daniel Boyé, Mathieu Faliu

Acoustique : Salles : XU Acoustique (Xu Ya Ying) ; Isolation : AVEL Acoustique (Jean-Paul Lamoureux)

Scénographie : Changement à Vue
Coordinateur-pilote : HBH
Architecte d'exécution : Christian Bauer & associés
Bureau d'études structure : Gehl Jacoby & Associés, SETEC
Bureau d'études façades : Gehl & Jacoby, SETEC
Bureau d'études fluides : S&E Consult, SETEC
Bureau d'études génie électrique : Felgen & Associés
Eclairage : L'observatoire 1
Bureau de contrôle : SECOLUX

Programme :
- Galerie-foyer
- Grand Auditorium de 1316 à 1496 places :
120 musiciens / 180 choeurs / un orgue
- Salle de Musique de Chambre de 304 places
- Espace découverte de 120 places.

Surface nette : 20.000 m²
Surface utile : 14 500 m²
Surface brute : 32.000 m²
Volume bâti : 192.000m3

La Philharmonie de Luxembourg par Christian de Portzamparc
La Philharmonie de Luxembourg par Christian de Portzamparc
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