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La maison d'architecte au risque de la série

© Cyberarchi 2019

Une exposition à Paris présente huit opérations d'habitats individuels groupés - oeuvres d'architectes volontaires, renommés pour certains, et de maîtres d'ouvrage audacieux. Elle démontre que lotissement, économie "serrée" et architecture contemporaine peuvent rimer ensemble, au profit des habitants. Mais le concept de maison rare et pas chère peut-il faire école ?

 
 
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Le conte des 'Trois petits cochons', qui promeut la maison de maçon met en avant tous les stéréotypes bien présents chez les particuliers «qui se rapportent à une icône domestique, décor nostalgique qui se développe à l'immobile», expliquait Béatrice Simonot, sociologue, invitée en juin 2004 d'un séminaire intitulé «Pavillon-lotissement : le retour de l'architecte». Selon elle, il existe trois stéréotypes qui se combinent. Le premier concerne la forme : toiture à deux pentes, portes, fenêtres en croisillons et tuiles traditionnelles. Le second concerne l'intérieur avec les fauteuils à appuie-tête, les lustres vénitiens, les tapis à motifs et les rideaux à dentelles. Le dernier, c'est le 'nain de jardin', à côté du barbecue construit en dur et de la piscine en forme de haricot. (Lire notre article 'La maison individuelle : entre icône, vision artistique et démarche architecturale')

Certes, si le "lotissement pavillonnaire est au coeur des préoccupations actuelles", quand Francine Fort, directrice d'arc en rêve centre d'architecture Bordeaux, écrit que "face à l'ampleur et aux conséquences de ce processus, depuis quelques années l'éventail des initiatives publiques et privées se démultiplie", elle pêche par optimisme. Certes, pour les huit opérations présentées, des 'lotisseurs' (pour simplifier) et plus encore des élus des collectivités locales ont pris des risques. Certes "aujourd'hui l'exigence accrue des habitants pour des qualités d'ordre sensible et spatial est comme une nouvelle chance donnée à l'architecte" (dixit Francine Fort). Mais la réalité est que, à ce jour, les audacieuses propositions des architectes qui ont accepté de réfléchir pour mener à bien ces opérations pilotes, au-delà même de leur aspect anecdotique en proportions du nombre de maisons pseudo traditionnelles construites, se heurtent le plus souvent à l'hostilité des riverains, quand ce n'est pas celle des locataires eux-mêmes, du moins tant qu'ils n'en ont pas encore apprécié le confort.

Le blocage est tel qu'une voisine de l'une des maisons de Rezé, véhémente quand à la "laideur" de cette maison, faisait part de son dépit alors même que sa propre maison neuve de constructeur était déjà fissurée. (Lire à ce sujet notre article 'Périphériques compose un espace urbain sur des parcelles aléatoires'). Michel Jacques, architecte et commissaire de l'exposition, le reconnaît implicitement. "S'il est un peu tôt pour juger de la réussite de ce pari auprès des habitants - leur appropriation de formes innovantes, parfois déstabilisantes, ne pouvant aller de soi -, de telles initiatives montrent qu'aujourd'hui les architectes ne sont plus les grands absents de la maison individuelle",dit-il.

Notez le "ne sont plus", des mots qui permettent à eux seul d'offrir l'une des clefs du désintérêt du public pour ces "formes innovantes" ; les Hollandais, Allemands, Américains, Scandinaves et bien d'autres n'ayant pour leur part pas attendu 2005 pour s'approprier l'architecture contemporaine.

De fait, l'assertion selon laquelle un architecte n'a au final pas tant de mal à convaincre dès lors qu'il en prend la peine et de donne le temps de discuter et partager avec le grand public est souvent vérifiée. A noter de plus que la plupart des projets présentés dans le cadre de cette exposition consacrée à l'architecture furent conçus à l'initiative du maître d'ouvrage, le lotissement de Rezé étant le seul, à notre connaissance, a être d'abord un projet d'architectes (l'agence Périphériques en l'occurrence). A noter enfin qu'une minorité de plus en plus large, même si encore infime, de constructeurs de maisons individuelles demandent "plus d'architecture", non parce qu'ils sont philanthropes mais parce que leurs clients deviennent un peu plus exigeants, en terme d'économie d'énergie et de développement durable notamment. Cela dit, en lieu de condescendance vis-à-vis de ce grand public pour lequel une "éducation" serait nécessaire, le monde de l'architecture pourrait peut-être (mais ce n'est rien de l'écrire) se coltiner au lobbies autrement puissants et influents du secteur du BTP.

Ainsi, André Caron, créateur de la société Caron Marketing spécialisée dans le conseil en stratégie sur le marché de l'immobilier, et très écouté dans le monde du BTP, fait une analyse exactement inverse à celle des architectes et des organisateurs de l'exposition. "Tous les promoteurs le disent : les plans originaux ne se vendent pas, les gens veulent surtout reproduire le schéma fonctionnel qu'ils ont déjà vu dans leur entourage. Contrairement à ce que pourraient laisser croire les revues de décoration, les maisons d'architecte sont l'exception et le resteront sans doute", déclare-t-il dans un entretien accordé au magazine BâtiMétiers (juin 2005). Ce n'est pas tout à fait exact comme le démontre la facilité avec laquelle quelques promoteurs un peu moins conformistes peuvent vendre des maisons de ville d'architecte en lotissements urbains. Nul ne peut reprocher à André Caron de prêcher pour sa chapelle, après tout les constructeurs sont ses clients. Mais le fait est que, pour chaque promoteur audacieux qui a su rencontrer un architecte qui devra travailler beaucoup pour un profit aléatoire, au mieux, combien d'autres pour suivre sans y penser plus les avis de Caron Marketing ?

Si cette exposition peut donner aux architectes et promoteurs qui le désirent les éléments nécessaires à se donner du courage, tant mieux.

Christophe Leray

Pour découvrir en image une partie des maisons présentées dans l'exposition, cliquez ici.

Découvrez les huit opérations présentées dans l'exposition Voisin-Voisines en cliquant sur les liens ci-dessous:

1 - Bétheny - la cité-jardin du petit Bétheny
2 - Bordeaux - Les diversités
3 - Floirac - Le domaine de Sérillan
4 - Lille - Soleil intérieur
5 - Tourcoing - côté parc
6 - Mulhouse - la cité manifeste
7 - Rezé - Les jardins de la Pirotterie
8 - Saint-Nazaire - Les villas de Pré-Gras

*Voisins-Voisines : nouvelles formes d'habitat individuel en France, à Paris s'attache à présenter huit opérations pilotes développées sur différents sites de l'Hexagone.
Du 15 juin au 11 septembre 2005
Palais de la porte dorée
293 avenue Daumesnil
75012 paris
Entrée libre, de 10h à 17h. Tous les jours sauf le mardi

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