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La Lorraine revisitée par Jean-Pierre Heim

© Cyberarchi 2020

La célèbre brasserie parisienne, La Lorraine, vient de rouvrir ses portes après une rénovation subtile, de fond en combles, conçue par l'électron libre Jean-Pierre Heim. Où quand la modernité s'abrite pudiquement derrière les Arts Déco. Découverte.

 
 
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Jean-Pierre Heim, architecte français et grand voyageur, peut enfin faire quelque peu mentir l'adage selon lequel nul n'est prophète en son pays (Lire à ce sujet notre article 'Paris-New York-Athènes : itinéraire d'un globe-trotter, polyglotte et architecte'). Après moult réalisations prestigieuses à New York et en Grèce, il a enfin pu s'exprimer pleinement à Paris. Depuis le 17 septembre dernier en effet, la Place des Ternes a retrouvé son animation habituelle avec l'ouverture de la célèbre brasserie parisienne 'La Lorraine' totalement réhabilitée. Il est d'ailleurs symbolique qu'après avoir si longtemps manié les icônes américains et grecs, mariant avec bonheur tradition et modernité, que ce soit au travers d'une brasserie, établissement français s'il en est, que Jean-Pierre Heim ait pu renouer les liens avec un pays, le sien, qui semblait le méconnaître.

«Les Transatlantiques prenaient leur départ pour l'Amérique, le Normandie était l'élan de cet élégance. A Paris la Brasserie 'La Lorraine' affichait cet engouement des Arts décoratifs. C'est dans cet esprit que j'ai redessiné la Lorraine, réinventé cette tradition et cette délicatesse des proportions et des arts décoratifs», explique Jean-Pierre Heim. «Signer la Lorraine devait participer de ce panache. Le mobilier, les matériaux, la lumière, les espaces, les fresques, les mosaïques ; cet ensemble devait se marier, un mariage des détails, une harmonie de lumière et de forme», dit-il encore.

La modernité est à chercher dans les volumes et les espaces plus que dans l'onyx du bar ou le marbre jaune de Valence dont les sols sont revêtus. En effet, si de l'extérieur La Lorraine affiche sans équivoque son statut de brasserie parisienne, les cheminements et l'organisation intérieurs sont eux résolument différents. L'entrée elle-même est à nouveau un tribut à la passion pour la symétrie mycénienne de l'architecte. En effet, rythmée par des colonnes de marbre, elle mène tout droit au bar qui constitue le centre de gravité de l'ensemble. De fait, l'accès aux cuisines y est adjacent, une façon de rappeler que si l'on va au Lorraine, c'est d'abord pour y manger, bien.

C'est à partir de ce bar que sont ensuite distribués les différents espaces (lieux ?), de la brasserie, chacun offrant une ambiance qui lui est propre. Même la lumière «pénétrante au travers de la terrasse en verrière rénovée» n'est pas la même partout tant les jeux de miroirs et les ouvertures subtiles d'un espace à l'autre en altèrent l'intensité et crée des jeux d'ombres tout en donnant le sentiment d'être dans un grand volume. On n'y déjeune ou dîne ainsi pas de la même façon selon que l'on choisi de s'installer face à la place des Ternes, à l'angle du boulevard St-Honoré ou à celui de l'Avenue de Wagram. Plus étonnant encore, un espace tourne volontairement le dos à la place et se prête plutôt à la confidence et au rendez-vous galant qu'au déjeuner d'affaires.

En clair, les patrons peuvent y afficher leurs signes de richesse ou au contraire s'y retrouver en toute discrétion. Sentiment d'ailleurs renforcé par l'étroitesse des passages de chaque côté du bar qui évitent ainsi de traverser un grand espace pour atteindre sa destination. «L'espace est étiré, se délie dans des miroirs réfléchissants les scènes historiques de la Lorraine», explique l'architecte. «Le L de la Lorraine devenu Logo s'entrelace et se délie sur les lampes, les fresques, les moquettes, le dossier des chaises, les rambardes en métal frappé», dit-il encore. Logo lui-même tout neuf mais qui, d'emblée, semble avoir toujours été là.

«Modernisme et tradition jouent dans ce 'nouveau' restaurant, devenu confortable et moderne dans sa technologie sans pour autant avoir perdu de son âme», se félicite l'architecte. Parce que la modernité n'est pas tape à l'oeil, elle donne à penser qu'elle restera moderne longtemps. De fait, les (très nombreux) invités de l'inauguration n'ont pas su la 'décrire' mais seulement la 'ressentir', un peu comme de retrouver un être cher longtemps perdu de vue dont le changement et la transformation sont manifestes alors que la première impression des retrouvailles reste pourtant «qu'il n'a pas changé». Le mobilier, créé de toutes pièces (fabriqué par Collinet et Soca Line) participe également de cette entreprise de trompe l'oeil.

Tout à sa joie de travailler enfin à Paris, Jean-Pierre Heim n'a pas hésité lors de cette inauguration à s'appuyer pour l'animation sur des magiciens et autres bonimenteurs. De fait la posture et les tenues de quelques élégantes donnaient à penser, avec un tout petit effort d'imagination, que La Belle Epoque n'était en rien révolue.

Christophe Leray

Pour découvrir l'album photo du travail de Jean-Pierre Heim, cliquez ici.


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