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La logique de la commande était que tout le monde soit content

Pour quiconque s'intéresse à son travail, la scénographie de Didier Faustino (Bureau des Mésarchitectures) réalisée avec Thomas Phélizon, de l'exposition Nouveaux Albums des jeunes Architectes (NAJA) est surprenante tant, en apparence, il se fait discret. A bien y regarder pourtant les obsessions 'faustiniennes' y apparaissent en filigrane ainsi que la lucidité avec laquelle cette commande institutionnelle a été traitée.

 
 
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CyberArchi : Comment et à quelles conditions vous êtes-vous retrouvé chargé de la scénographie de cette exposition ?

Didier Faustino : Cette commande est arrivée par surprise puisque ce n'est que deux mois avant l'exposition que l'IFA (Institut français d'architecture) m'a proposé d'en assurer la scénographie. J'ai un peu hésité au départ à relever ce défi, en partie à cause du manque de temps. D'autant qu'il s'agit d'un lieu compliqué, 900m2 répartis dans deux espaces distincts. Et encore, si on tient compte de l'échelle de ce lieu avec ses 20 mètres de hauteur sous plafond, ce n'est pas de m2 mais de m3 qu'il faut parler. Avec un tel lieu, un budget raisonnable mais peu de temps, c'était presque mission impossible. Enfin il y avait la problématique de parvenir à montrer de jeunes architectes, je ne suis pas beaucoup plus vieux qu'eux, sans se mettre soi-même en avant.

Au-delà de ces contraintes physiques, quelles ont été les contraintes intellectuelles ?

Puisque l'institution, pour faire court, voulait faire de la pub, j'ai opté dans une salle pour l'élément le plus simple de la pub, le panneau. Dans l'autre salle, j'ai choisi pour évoquer le pouvoir auquel tout architecte rêve un jour d'être confronté, une énorme table ronde, type table de conseil, qui n'est sans doute pas une référence noble de l'architecture mais un symbole fort, de James Bond à Stanley Kubrik, dans l'imaginaire du spectateur.

Le panneau a permis de présenter sur un pied d'égalité les 14 architectes et d'éviter une division en 7 et 7 par salle, tandis que la table, avec les quatorze ordinateurs correspondant aux quatorze équipes, offre une vue dans l'intimité de ces architectes et de leurs modes opératoires puisque ce sont eux qui ont choisi ce qu'ils allaient montrer ; puisqu'ils étaient amenés à se dévoiler, ils pouvaient néanmoins maîtriser ce processus.

C'est rendre le spectateur un peu voyeur, une notion toute 'faustinienne', s'il est permis de l'écrire ainsi.

En effet, le spectateur devient un peu voyeur, mais j'aime ce genre d'expos où il est possible de chercher un peu. De plus, le spectateur est bien moins voyeur dans ce cadre que dans celui que j'avais imaginé en premier lieu, une idée plus proche de mes obsessions, qui tournait autour du peep show et qui aurait permis de découvrir ces architectes dans de petites cabines. Ce projet fut refusé. Au moins je pense avoir réussi ainsi à faire exister l'expo dans un lieu 'monstrueux' avec un rapport vertical d'un côté, horizontal de l'autre.

Vous n'aviez pas carte blanche ?

Je n'avais pas carte blanche. De fait, l'institution souhaitait 'normer' les choses, afin peut-être de gommer les différences, notamment entre ceux qui ont ou non déjà construit. Pour résumer, la DAPA avait 14 équipes qu'elle souhaitait exposer, elle m'a passé commande de la scénographie. Je me suis donc attaché à répondre à cette commande avec autant de professionnalisme et de rigueur que je l'aurais fait pour un client lambda. Habituellement, dans ce type d'exposition, il y a un commissaire qui choisit ce qui doit être montré, pourquoi, comment, qui en organise la cohérence. Or ce n'était pas à moi de tenir ce rôle, surtout avec 14 projets disparates. Du coup les projets n'ont pas été décryptés, argumentés, défendus ou soumis à critique, ce qu'aurait fait un commissaire.

Au contraire j'ai préféré jouer 'low profile' afin que ce soit leur travail qui soit mis en avant et ne pas les 'flinguer' par une expo où on ne parlerait que de la scénographie (rires). Les deux nerfs du projet étaient d'une part de ne pas défavoriser qui que ce soit et, d'autre part, de tenir le coup par rapport à l'espace ; on ne pouvait pas mettre de faux-plafond, pas faire le noir, il y avait peu de 'possibles'.

Je suis au final assez fier puisque la logique de la commande était que tout le monde soit content à la fin. Ce qui n'empêche pas que je m'y retrouve puisqu'au second degré, derrière une exposition très linéaire, j'aborde ces questions de pouvoir et de médiatisation qui sont au coeur de la démarche de ces NAJA.

Propos recueillis par Christophe Leray

Pour voir l'album photos des réalisations des NAJA 2004, cliquez ici.

Pour en savoir plus concernant l'exposition des NAJA 2004, cliquez ici.

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