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La générocité appliquée à l'auto-satisfaction est finalement peu nourrissante

© Cyberarchi 2020

Généné... plutôt gêné d'avoir à prononcer à la guichetière le ridicule intitulé de la nouvelle exposition de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine, du réchauffé vénitien, 'la Générocité'. Le pot pourri n'est pas sans intérêt mais l'abondance de biens nuit à la lisibilité, à défaut de sens. Une chronique de Jean-Philippe Hugron.

 
 
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Quelques cent projets présentés lors de la Biennale d'Architecture de Venise 2008 sont aujourd'hui l'objet de cette exposition. Tous sont apparentés au collectif French Touch qui, pour promouvoir l'architecture française et en faire la publi-cité, n'a eu pour choix qu'un anglicisme en guise d'étiquette. Une nécess-cité ? Who knows !?

Le dédale de la cité, ses longs couloirs en hommage aux non-lieux, à la non architecture comme au non-aménagement, se déroule jusqu'à la machine à café. Enfin, juste à côté, la porte de l'exposition.

Les projets se multiplient. La profusion appelle une certaine inten-cité. Et puis... après la Jonx... peu de surprises... En tout cas la 'cité' n'apparaît jamais. D'urbanisme, il n'est pas question. Le titre en perd sa saveur... Le néologisme ne fonctionne alors pas et relève d'un mauvais merchandising pour écouler une réalité qui n'avait pas besoin de cet atour commercial.

C'est tout de même enthousiaste que l'on ressort de l'exposition sans comprendre s'il s'agissait de montrer l'activité nationale, s'il était question des NAAJA (Nouveaux Albums des Anciens Jeunes Architectes), ou même d'une discussion autour d'une possible spécifi-cité locale.

C'est donc presque revigoré que le visiteur fait le trajet du retour, au point d'en oublier le dénuement des couloirs. Heureux, il rejoint la librairie du Moniteur. L'erreur à ne pas commettre, à moins de ne chercher qu'un livre sur les cathédrales gothiques : sur les présentoirs, le catalogue 'Générocité' trône. Parcourir le livre permet de refaire l'exposition. Bis repetita placent. Et puis, juste à côté, le dernier né des 'Architecture Now' de Taschen ; le volume 6 vient de paraître. Que m'a-t-il pris d'ouvrir cette compilation ? Tous les efforts de la générocité réduits à néant par quelques pages de papier glacé. Oui, il y a un monde en dehors de l'Hexagone. Balayée la viva-cité, la multipli-cité et la spécifi-cité difficilement démontrées.

Alors, c'est amer que je quitte le Palais de Chaillot. Le réchauffé vénitien avait un drôle de goût. D'autant plus drôle que j'imaginais sur le chemin du retour l'itinéraire des maquettes. Car, finalement de Dehors Paris 1, Dehors Paris 2, d'Architecture Durable, de l'exposition permanente du pavillon de l'Arsenal,... Je n'ai fait que revoir la même chose... Encore le Stade Jean Bouin, encore les logements Biscornet et l'hôpital Necker... le pôle nautique de Mantes-la-Jolie exposé deux étages plus haut.

In fine, ce n'est sans doute ni mieux, ni moins bien. L'architecture n'est pas plus verte ailleurs (sic). On ne peut donc qu'encourager l'effort d'octroyer plus de visibilité à l'architecture contemporaine française. Néanmoins, de cet effort, il n'existe qu'une lisibilité limitée. Si chaque projet se comprend et affirme son existence par formes et espaces, matériaux et couleurs, la somme de ces desseins n'est pas appréciable. Aucune cohérence ne ressort et la 'générocité' ne se donne pas. En tant qu'expression, elle ne peut satisfaire. Elle dénote une comédie du langage dont la dernière biennale s'est fait le théâtre (cf. le 'paramétricisme' de Patrick Schumacher). La quête sémantique est alors prégnante et cette intention relève du besoin d'identifier une démarche architecturale devenue trop individuelle. Cette situation, dans une société de la multitude et de la surabondance, ne fait qu'isoler chaque production et la déshérite de toute visibilité.

Aussi, dans son souhait de révéler une activité certaine (pour ne pas écrire une certaine activité), la 'générocité' est recevable. Dans son expression, elle est contestable. Il y avait matière à discuter, réfléchir et nommer ce qui relie, plutôt que relier, compiler et accumuler dans le simple but de promouvoir. "Une nouvelle culture du Plus dans l'architecture française contemporaine" dit le sous-titre du catalogue. Yeah right, Super Size Me !

Jean-Philippe Hugron

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