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La Gare du Sud de Nice : un monument historique à plus d'un titre

La véritable histoire du sauvetage de la gare du Sud à Nice où comment le contre-projet d'un étudiant en architecture, porté par la passion et le talent, est venu bouleverser les plans du puissant maire de la 5ème ville de France. Récit.

 
 
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Le moment où le disque dur de son ordinateur a 'crashé', Mario Basso, étudiant à l'Ecole d'Architecture de Marseille-Luminy, ne savait pas encore à quel point cet évènement allait transformer sa vie, lui ouvrant les portes du célèbre hôtel Negresco à Nice avant de lui faire rencontrer tout, ou presque, ce que Nice compte d'hommes et femmes politiques influents et au final de lui ouvrir les portes du ministère de la Culture à Paris.

Pourtant, en juillet dernier, après s'être rendu personnellement sur le site le 25 juin 2004, Renaud Donnedieu de Vabres, nouveau ministre (UMP) de la Culture du gouvernement Raffarin III, refuse non seulement le déménagement de la façade de la gare du Sud, mais interdit la démolition du bâtiment des voyageurs ainsi que celle de la halle métallique, protégeant autrefois les voies. «Par principe, la démolition d'un édifice protégé est un acte trop grave et exceptionnel pour être recevable sans que soit expertisé l'ensemble des autres possibilités de conservation», précisait le communiqué du ministère. «Cet édifice, malgré un état de vétusté dû à un manque d'entretien conserve une qualité monumentale et urbaine indéniable qui ne peut être préservée que sur son site actuel d'implantation».

Un ministre désavouant, en des termes sans équivoque donc, non seulement son prédécesseur rue de Valois mais aussi le maire de la 5ème ville de France, pourtant tous deux de la même couleur politique, voilà qui n'est pas banal. Que s'est-il donc passé ? L'ordinateur de Mario Basso a 'crashé'.

En septembre 2002, l'étudiant était à la recherche d'un projet de diplôme quand, pour remplacer son disque dur, il s'est rendu à un magasin d'informatique situé derrière la Gare du Sud. Il découvre le bâtiment et n'en revient pas qu'un tel ouvrage soit laissé à ce point à l'abandon. Voilà un projet de diplôme tout trouvé. Sauf que la mairie n'est pas disposée à lui faciliter le travail. «En janvier 2003, elle a tout juste consenti à me laisser visiter la gare pendant une heure, sous le regard inquisiteur d'un chaperon», se souvient le jeune homme. Piqué au vif, Mario en fait une affaire personnelle et entame ses propres recherches. Aidé de son père, ancien chef de chantier dans le BTP, il s'applique à mesurer au mètre et decamètre toute la façade extérieure. Pour relever l'intérieur, grâce à l'absence opportune d'un parpaing, il se faufile au travers du trou de 20x50cm et relève, seul, tout l'intérieur. Trois mois plus tard, le relevé complet, en 2D et 3D, est terminé. Sauf que proposer de réhabiliter la Gare du Sud est une chose, mais pour en faire quoi ? Une question sur laquelle ont buté jusqu'alors tous ceux qui en souhaitaient la préservation.

Hasard encore, c'est en se rendant sur le site que l'étudiant remarque, juste en face de la gare, l'Ecole d'arts plastiques. Il apprend au même moment que trois associations culturelles emblématiques de Nice, qui squattent (légalement) une ancienne caserne de pompiers, sont menacées d'expulsion à cause du tracé du nouveau tramway. Mario va donc les rencontrer, prend connaissance de leurs besoins et un projet culturel, similaire à des réalisations existantes telle La Friche à Marseille, prend forme. Sauf qu'il est désormais pris de passion pour son projet. Une Cité artistique et culturelle, très bien, mais comment faire venir les gens et faire vivre cette Cité ? Comment créer des flux de piétons qui convergent vers la gare ?

«Je ne pouvais pas traiter la gare sans réfléchir à son environnement», dit-il. Il «regrette» alors ses choix d'école car il avait en effet systématiquement zappé toutes les options urbanisme du programme. Il se lance donc tout seul dans une formation accélérée et conçoit en même temps que la Cité elle-même son environnement dans le quartier. Sa Cité devient ainsi l'épine dorsale d'un vaste réaménagement du site, transformé en vaste plateau piétonnier. Pour ne pas dénaturer le site et 'faire opposition' aux règles concernant les monuments historiques, il décide de construire en profondeur plutôt qu'en surface. «Plus de problèmes avec les ABF, les ACMH et les habitants car il n'y a dans ce projet aucune tache esthétique. J'ai conçu 9.000m² de surface utile mais on ne voit que la gare dont j'ai tout gardé, la façade, le bâtiment des voyageurs et la verrière», explique-t-il. Largement de quoi donc satisfaire aux exigences de son projet de diplôme, conquis en février 2004. D'ailleurs, l'histoire aurait pu en rester là.

Alors que d'étudiant, il est désormais DPLG, quasiment le jour même, il est contacté par un certain M. Razeau, président de l'association Quartier des Baumettes, l'un des fers de lance des opposants à la destruction ou déménagement de la gare. Tout de suite convaincu de la pertinence du projet, M. Razeau promet au jeune architecte de lui trouver, «rapidement», un espace d'exposition pour présenter son projet. A la surprise du jeune Basso, il se retrouve le 18 avril suivant dans l'un des luxueux salons du Negresco, devant un parterre de députés et élus locaux de tous bords. Ses interlocuteurs sont sidérés.

«Le projet de Mario Basso est arrivé au bon moment car non seulement offrait-il une vision cohérente de l'usage auquel un tel bâtiment pouvait être destiné mais il permettait également de sortir de l'argumentaire du maire, qui opposait modernité et patrimoine, en montrant qu'un projet d'une remarquable modernité pouvait s'inscrire dans ces lieux», explique Patrick Mottard, chef de l'opposition (PS) à Nice. Des arguments d'ailleurs partagés par les députés Rudy Salles (UDF) et Muriel Marland-Militello (UMP), sensibles à la pression des habitants qui, une fois n'est pas coutume à Nice (la ville a vu disparaître notamment le casino, la Palais de la jetée et les ¾ du Palais Méditerranée. NdR), se sont très fortement mobilisés. Le 'colloque' improvisé fait la Une des quotidiens locaux. Le barouf est assourdissant et la position du maire, toujours déterminé, de plus en plus difficile à tenir.

Les uns et les autres enjoignent alors Mario d'envoyer son travail à l'attention du ministre. Ce qu'il fait. «Je ne lâche pas le morceau», dit-il en riant. Effectivement, après un échange de courriers, le voilà reçu le 12 juillet dernier dans les bureaux du ministère rue de Valois à Paris. Nouvelle présentation aussi enthousiaste que cohérente devant Bernard Notari, conseiller du ministre. Quatre jours plus tard, Renaud Donnedieu de Vabres annonçait sa décision de sauvegarder l'intégralité de la gare du Sud, proposant seulement, afin d'atténuer le dépit de Jacques Peyrat, de subventionner au taux maximum de 40% les travaux de restauration de la gare, une procédure assez inhabituelle.

La Gare du Sud est donc sauvée mais ce sont les architectes qui risquent d'être les dindons de la farce. Pierre-Louis Falloci, d'une part, qui voit son projet de mairie tomber à l'eau, et Mario Basso, le chevalier blanc inopiné de cette histoire qui, sans autres références que ce projet, a peu de chances d'être retenu dans le concours qui ne manquera pas d'être organisé à Nice pour la réhabilitation du lieu. Encore que ! Les concours de circonstances ont été tellement nombreux depuis le début de cette affaire qu'il ne serait pas impossible que l'aventure se poursuive pour le jeune architecte. «Etre au moins retenu par l'une des agences qui participera au concours, après tout je la connais de long en large cette gare, ce serait déjà pas mal», assure Mario Basso. Pas mal, en effet.

Christophe Leray

Pour découvrir l'album-photos du projet de Mario Basso, cliquez ici.

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