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La formation des architectes est-elle appropriée ?

Environ 2.000 étudiants vont intégrer cette semaine les différentes écoles d'architecture françaises. Un architecte et un directeur d'école répondent aux critiques récurrentes concernant cette formation exprimées par les professionnels du BTP et les élus locaux.

 
 
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"La revalorisation du rôle de l'architecte est légitime mais elle passe par la formation des architectes qui devrait à mes yeux être plus complète et plus technique", explique François Vincent, secrétaire général de l'UCI (Union des Constructeurs Immobiliers de la FFB).

"Je souhaiterais plus d'architectes qui sachent travailler sur des petits ou moyens projets sans perdre leur âme. Nous sommes souvent sidérés de la médiocrité des projets. Il y a un tel décalage entre la formation et la réalité qui les attend. Il y a un véritable problème d'attribution des diplômes et de la pertinence de la mission des architectes", assure pour sa part Daniel Roussel, directeur du service Urbanisme à la Ville d'Angers (260.000 habitants). En clair, les architectes seraient formés pour devenir des Jean Nouvel et non des architectes de terrain ou de proximité. Alors, l'architecte artiste ou technicien ?

Artiste ou technicien ?

Sentiment partagé par Jean Pierre Bobenriether, directeur de l'école d'architecture Paris-Belleville et Paris-Malaquais. "D'une part, l'art est l'un des éléments du savoir de l'architecte ; d'autre part, il est impossible pour l'université de simuler toutes les situations professionnelles auxquelles l'architecte peut être confronté", dit-il. N'oublions pas d'ailleurs que, jusqu'en 1968, les architectes étaient le plus souvent formés dans les écoles de Beaux-Arts et que, en Grèce antique, l'architecture était considérée comme un art majeur. Il n'est donc pas étonnant que cette notion d'architecte-artiste reste prégnante. Bien que l'enseignement de la construction soit déjà réalité depuis 1968.

De plus, des domaines typiquement universitaires tels la sociologie, l'histoire, l'économie, le droit, entre autres, font vraiment partie intégrante de la formation, qui doit donc rester généraliste. Enfin, la notion de 'vocation' reste forte et les architectes se destinant au final à des métiers d'artistes (sculpture, scénographie, cinéma, menuiserie) ne sont pas rares. Comme d'ailleurs les artistes s'intéressant à l'architecture.

Le modèle intellectuel est moins souverain

Cela dit, l'un et l'autre conviennent cependant que l'architecte, tel qu'il est formé aujourd'hui, passe peut-être à côté d'aspects essentiels de son futur métier. "L'idéal serait que l'architecte ait aussi une formation d'ingénieur généraliste", assure Bobenriether. De fait, des passerelles se mettent en place.

Ainsi, à Paris-Belleville existe cette année en coopération avec le Centre National des Arts et Métiers un cursus d'architecte-ingénieur qui a eu un succès (29 inscrits) plus large qu'escompté. Jean-François Chenais admet également que la formation intellectuelle et théorique, si bonne soit-elle, n'offre que peu d'applications pratiques. "L'école ne forme pas à être patron d'agence, conduire un chantier est un apprentissage pragmatique, le rapport au client ne s'apprend pas de façon intellectuelle, etc.", dit-il.

Sans remettre en cause le modèle intellectuel et universitaire de la formation, l'un et l'autre s'accordent à penser que le métier d'architecte évolue. Ils estiment donc qu'une forme de 'spécialisation' - attention, le mot les fait hurler - doit intervenir, ne serait-ce que pour adapter les étudiants au métier qu'ils veulent faire qui n'est plus le modèle unique (et seul débouché) de l'architecte libéral auparavant proposé par l'école.

De fait, de plus en plus d'architectes travaillent chez des maîtres d'oeuvre, d'autres s'intéressent aux problèmes urbains des collectivités locales,... A Paris-Belleville donc, les 5ème et 6ème années sont consacrées à un 'approfondissement', l'étudiant devant démontrer sa capacité à cerner, circonscrire des orientations (projet urbain, réhabilitation, construction neuve, etc.).

Une formation moins figée qu'auparavant

Ainsi, s'aperçoit-on que la profession et donc la formation, sont moins figés qu'en apparence. Des architectes reconnaissent que les critiques qu'ils reçoivent sont parfois liées à un problème de communication dû au fait que le projet de l'architecte, un tout complexe fait de compromis, est parfois abscons à qui ne sait pas lire des plans, ce qui est souvent le cas d'élus locaux par exemple. Et Bobenriether conçoit que l'architecture puisse devenir une discipline doctorale et qu'une licence professionnelle d'architecture (en trois ans donc) offrirait une voie, certes marginale, à ceux qui ne souhaitent que devenir collaborateurs d'architectes.

Derrière l'immobilisme de façade se dessinent les nouveaux enjeux de la formation des architectes. Il est par exemple acquis qu'à l'avenir, entre 60 et 80% des travaux seront des chantiers de réhabilitation et que les architectes pèseront de plus en plus sur les choix urbains au fur et à mesure que les élus locaux prendront conscience - c'est le cas - des besoins liés à l'urbanisme, en terme d'entrée de villes notamment.

Les étudiants ne choisissent pas forcément les formations correspondantes aux demandes du marché mais l'architecture, dans son ensemble, semble avoir pris conscience de la nécessité de dépassionner le débat avec les corps du BTP et les élus locaux. Ce n'est pas encore la paix des braves mais la bonne volonté semble manifeste.

Christophe Leray

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