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La femme, avenir de Batimat ?

© Cyberarchi 2019

Monica Miranda, architecte et journaliste espagnole, apprécie le déplacement à Batimat. "C'est le salon le moins macho que je connaisse", dit-elle. "Au salon de Barcelone, il y a beaucoup de potiches qui ne savent rien de la construction, elles sont juste là pour attirer les hommes ; ici, elles savent de quoi elles parlent. J'apprécie".

 
 
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Les femmes sur le salon sont encore dans un rapport, à la louche, de une pour cent hommes mais elles vivent assez bien ce déséquilibre, ne serait-ce que parce qu'elles savent en venant à quoi s'attendre. "J'ai l'habitude", explique Marie en riant, qui visite le salon pour se tenir au courant de ce qui se fait dans son domaine. Commerciale pour un fabricant de portails, tous ses clients sont des hommes. "Au début, les clients me disent qu'ils veulent parler à un homme, un technicien", dit-elle. Réponse : "Ben oui, je suis là". Passé le premier moment d'étonnement, ses clients traitent avec elle comme ils le feraient avec un homme. La preuve, deux clients la croisent par hasard pendant l'entretien et louent son travail. Marie, jolie blonde aux yeux verts, n'a pas, depuis lundi, entendu un mot de travers, un coup de sifflet. Sauf que les commerciaux des stands "hallucinent". "On m'en offre des coupes de champagne", dit-elle. Ses deux clients, qui n'ont pas entendu le début de la conversation, lui offrent... une coupe de champagne.

Les hommes se montrent généreux et tiennent bien donc. Pour certains, ils n'en pensent pas moins. Un grand gaillard dénommé Bruno en convient. "Il n'est pas recommandé de venir en jupe", assure-t-il. Selon lui, l'hôtesse d'accueil potiche, ça marche mais pas tant que ça. "Le problème est que l'on reste scotché à l'hôtesse", dit-il. Il raconte ensuite l'histoire de ce fabricant qui, avec ses hôtesses canon a eu un monde fou, a dépensé beaucoup de champagne et s'est retrouvé au final gros jean comme devant, n'ayant pas réalisé d'affaires.

Une expérience assez partagée puisque Anne-Marie s'énerve d'avoir eu affaire à une hôtesse incapable de lui donner le prix des produits. Or Anne-Marie, architecte du Cameroun, n'est pas là pour faire des risettes. Au contraire, elle est en mission commandée pour rendre compte du salon à tous les hommes de son agence, et au-delà. Elle envoie ainsi un rapport journalier de ses visites. Du coup, elle est allé également faire un tour à l'outillage - habituellement terra incognita des femmes - et a grimpé sur les échafaudages, même si elle reconnaît que "ce n'est pas son fort".

La prochaine génération sera peut-être plus apte. Olivia, 27 ans, est allée aussi faire un tour à l'outillage. "Les hommes sont macho mais dès qu'il s'agit de faire du bricolage à la maison, ils nous parlent de l'égalité des sexes. Alors, comme il faut bien se débrouiller...". Elle trouve que la campagne de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) et de la Confédération de l'Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment (CAPAB) destinée à promouvoir les femmes dans le bâtiment est une excellente idée et prévient : "il y aura bientôt de plus en plus de femmes chefs d'entreprise". Les hommes ont donc effectivement intérêt à bien se tenir puisque, selon elle, les exposants devraient mettre de beaux hommes potiches pour attirer les femmes, "de plus en plus nombreuses". Anne-Marie ne sait pas si c'est une bonne idée. "Je n'ai pas le temps de regarder les hommes", dit-elle dans un éclat de rire.

Nous n'en sommes pas là. Muriel, assistante commerciale dans une entreprise de carrelage, trouve que les mannequins hommes seraient une bonne idée mais constate que dans son entreprise, même si l'intégration des femmes dans le BTP "n'est plus une hérésie", les hommes sont sur les chantiers, les femmes dans les bureaux. L'atavisme culturel reste en effet très présent. Où sont-elles allées et qu'ont-elles aimé sur le salon ? "La décoration et l'aménagement intérieur", sont les réponses instantanées.

De fait, quand ils sont en couple, les rôles sont parfaitement partagés. Isabelle accompagne son mari qui gère une entreprise spécialisée dans le courant faible. "Pour tout ce qui est de son côté professionnel, je subis", dit-elle. De fait, son mari, intrigué par un automatisme de portail, se désintéresse de la conversation.

Léonard Lecoq, responsable commercial des espaces gros-oeuvre et bâtiment intelligent de Batimat, convient que trop souvent encore les hôtesses sont utilisées comme des potiches. "Or, une bonne gestion d'hôtesses formées à reconnaître un client potentiel permet de doubler le nombre de contacts", dit-il. Les femmes, seules à pouvoir cumuler business et plastique ?

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