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«L'uniformisation du territoire n'a rien à voir avec la tradition»

«Servir de la soupe aux gens en voulant leur faire plaisir n'est qu'une façon de se déculpabiliser». Stéphane Cicutto, architecte installé à Chamonix, dénonce la 'pseudo-régionalisation' à l'oeuvre en montagne, sous prétexte de satisfaire le besoin 'd'authenticité' des clients.

 
 
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La promotion immobilière est le moteur du développement touristique des Alpes françaises et ce depuis la fin des années cinquante, prolixes et fécondes années qui ont vu émerger les premières stations de sport d'hivers en site vierge.

Période folle où tout était à faire. Mais déjà voyait-on s'amorcer les prémices d'un système qui allait reléguer les préoccupations architecturales au rayon de faire valoir subalterne face aux seules prérogatives économiques.

Le bétonnage de la montagne a donné lieu à de nombreuses critiques, nombre d'avis ont dénoncé cette débâcle environnementale. A tel point qu'aujourd'hui les municipalités, entourées d'un cortège d'architectes conseils, d'urbanistes, d'architectes des bâtiments de France, veillent à se prémunir contre les erreurs du passé.

«La parade» est de bon augure mais n'évite pas la débâcle redoutée, sous une forme beaucoup plus insidieuse. En effet les promoteurs, assistés des architectes et avec l'aval des «instances régulatrices» construisent désormais à n'en plus finir de la résidence de tourisme et du chalet selon des normes banalisées, standardisées.

Qu'importe le lieu, l'environnement, toute conception est régit par les règles de la rentabilité.
Le système paraît incontestable tant il convient au goût de la clientèle, à l'emploi de langages architecturaux connus, traditionnels : «vernaculaires».

Évacué donc tout soucis de culpabilité.

Sauf qu'ici le vernaculaire s'affranchit de toutes racines locales, se vide de son sens.

Après les cités bétons, les villages Disney ?

Les formes vernaculaires par définition se nourrissent des spécificités intrinsèques du lieu que sont les facteurs géographiques, climatiques, sociaux.

Dans la plupart des villages de montagne la finition d'une façade exprimait le besoin de se différencier du chalet du voisin et, dans une certaine mesure, faire valoir son rang social. La prépondérance de tels ou tels matériaux dans la construction était relative aux spécificités naturelles du lieu.

Mais actuellement, l'habitat alpin s'aseptisent, s'exempte de toute rugosité, se meurt dans l'efflorescence irraisonnée de ce néo régionalisme.
L'offre privilégie l'architecture clichée, plus vendeuse.
Une image d'Epinal, étriquée, globale.

Ne parlons pas non plus de développement durable, relégué aux oubliettes, dans une région où le respect de l'environnement doit être une préoccupation de premier ordre.

Démarche accablante qui voit l'abolition de toute nouveauté formelle et un appauvrissement des formes traditionnelles architecturales.

TRADITION = NOUVEAUTE

Mais l'intérêt et la pérennité de la tradition architecturale résident, entre autres, dans sa faculté de régénération, d'évolution dans le temps et d'adéquation au lieu.

Le travail de Charlotte Rerriand et l'équipe de l'atelier d'architecture en montagne de Chambéry pour la conception de ARC oeuvre en ce sens. Le projet s'inscrit dans une relation bilatérale étonnante ou environnement et architecture évoluent en parfaite synergie.

Similaire est la conception de Laurent Chappis, architecte savoyard, pour l'élaboration de «Courchevel 1850» en Tarentaise, première station de sport d hiver créée en site vierge en 1950.

Chappis et l'atelier d'architecture à Courchevel, composé des architectes Denys Pradelle et Jacques Legrand, fustigent le folklore architectural et réalisent une architecture de montagne nouvelle «au contact direct avec le milieu local, l'architecture locale».
Le lieu, épaulé de la tradition, génère la forme.

Et parce que l'élaboration du concept intègre les facteurs vernaculaires et environnementaux comme éléments essentiels du projet, la modernité affichée des ARCS, les projets de Laurent Chappis réconcilient tradition du passé et savoir faire du présent pour s'ouvrir sur l'avenir.

Actuellement, les expériences menées dans la vallée du Vorarlberg en Autriche viennent en prolongement de ces idées.

À l'inverse des stations comme Flaine, Les Menuires, Tignes... n'ayant pas fait l'objet de tant d'investigation réfléchies souffrent aujourd'hui d'un déficit d'image conséquent que le temps n'épargne pas.

POURTANT QUE LA MONTAGNE EST BELLE

Même si «Le grand public» affectionne la référence au passé pour mieux habiter, un réflexe sécuritaire que les marchands du temple exploitent sans scrupules, les «copier-coller» font défaut à l'évolution de toutes formes, de toutes traditions.
Un miroir aux alouettes où les particularités de nos régions s'estompent peu à peu.

Un reflet consternant sur les faux-semblants d'une architecture en déroute déracinée de sa préoccupation première, celle d'être et non pas de paraître.

Stéphane Cicutto


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