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L'originalité architecturale au service du décloisonnement des «castes»

© Cyberarchi 2020

Le 'pôle optique vision' de St Etienne Métropole, dont la première phase de travaux vient de s'achever, est un concentré de technologie situé en plein centre ville. Au-delà de la seule volonté d'intégration de chercheurs, d'universitaires et d'entreprises, c'est une âme que l'agence Chabanne & partners s'est attachée à offrir à ce nouveau quartier.

 
 
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«En deux mots, le plus difficile n'était pas le projet mais le programme». Jean Chabanne, créateur de l'agence lyonnaise Chabanne & partners, est presque encore étonné de l'ambition dont a fait montre le maître d'ouvrage (St Etienne Métropole) du 'Pôle Optique et Vision', unique en France même s'il s'inscrit dans une tendance lourde du retour des campus en centre ville.

Sur le site de Giat Industrie devenu friche industrielle, c'est en réalité un nouveau quartier qui prend corps puisqu'il accueillera bientôt la future Citée du Design et le premier Zénith de la région Rhône-Alpes, qui devrait être inauguré en 2007. Le plan masse reflète donc cette volonté urbaine, «chaque volume étant cependant lié aux autres afin de rentrer dans une composition générale», selon les termes de Paul Saraidarian, responsable de la communication de l'agence. Ainsi, explique-t-il, la "Cour des Matières", dont les façades classiques viennent d'être rénovées, rassemble les unités d'enseignement, la "Cour de l'Alliance", avec son image technologique et contemporaine, réunit, face à face, des laboratoires et plates-formes universitaires de recherche et la pépinière et hôtel d'entreprises. Le pôle associatif enfin situé au centre du campus a pour rôle de servir de catalyseur et de trait d'union entre l'enseignement, la recherche et l'entreprise.

Le grand auvent qui abrite les façades assure la cohérence de l'ensemble. «On peut passer d'un bâtiment à l'autre, en blouse blanche, sans recevoir une goutte de pluie», se félicite Jean Chabanne. Mais, plus qu'une protection aux intempéries pour le piéton ou une protection solaire grâce à ses brise-soleil, «cet auvent est peut être et surtout emblématique d'une image technologique», assure Paul Saraidarian. Image rendue possible par une fine structure métallique apparente couverte par du danpalon, un matériau translucide. Image d'autant plus nécessaire que ce 'campus' abrite des laboratoires de très haute technologie (classés P2 et P3) et, qu'au-delà de l'architecture, c'est l'image même d'une ville entière qui était en jeu autour de ce projet d'envergure consacré à l'optique. «J'aime à penser que là même où l'on construisait des armes, on travaillera sur l'optique et la lumière, des sciences d'avenir», explique Jean Chabanne.

La technologie n'est pas que de façade puisque les contraintes drastiques imposées par les laboratoires (confinement, aucune vibration, hors poussière, etc.), si elles ne se voient pas au premier coup d'oeil, n'en furent pas moins un élément constitutif du programme. De fait, les volumes peuvent fonctionner de façon individuelle ; ainsi, symboliquement, les laboratoires de sciences différentes auront leur lieu propre (des mini-pôles). Mais de multiples entrées, des petits patios centraux et les rues internes permettent de conjuguer les échelles urbaines et privées afin de favoriser la juxtaposition d'usages différents dans une seule logique d'intégration, laquelle est favorisée par un souci de transparence.

Seul regret, ce campus ne sera pas ouvert au public. «Tout le monde souhaitait qu'il devienne un vrai lieu de promenade - il n'est qu'à 150 mètres de la principale rue de St Etienne - mais c'est la mort dans l'âme qu'il fut décidé au final d'en faire un lieu clos, les laboratoires de haute technologie ou un microscope électronique par exemple ne pouvant accepter la moindre dégradation», se désole Jean Chabanne.

«Pour être chercheur, il faut faire travailler son intuition autant que sa logique», affirme-t-il. Du coup l'aspect émotionnel et intuitif a également été inscrit dans le projet, notamment au travers d'une mise en lumière soignée (cela s'impose quand on est architecte lyonnais) et l'intervention de l'artiste Marie-Noëlle Décoret.

Concernant la première, «la mise en lumière s'appuie sur les matières des bâtiments et semble en extraire des faisceaux à la façon des lasers des laboratoires», explique Paul Saraidarian. Par exemple, «toutes les façades sur la Cour de l'Alliance jouent avec la transparence et l'opacité : transparence des halls, auvent translucide, résille métallique, etc. Et lorsqu'on avait besoin de pleins, on a utilisé un matériau réfléchissant, l'emalit».

Quant à Marie-Noëlle Décoret, elle a développé un projet conçu avec et pour l'espace qui doit l'accueillir, en lien avec l'optique et la vision. Paul Saraidarian de nouveau : «il s'agit de photographies monumentales de personnes qui ont une déficience visuelle, prises au travers d'une lentille correspondant à leur correction optique». A chacun donc de percevoir l'autre exactement dans le contexte à partir duquel l'autre nous perçoit, pas la moindre des bonnes idées de ce projet. «On ne prie pas dans un garage ; pour mener à bien son travail, il faut un esprit et une âme», conclut Jean Chabanne. Où quand l'architecte décide de mettre le sacré au service de la recherche fondamentale. Une oeuvre ambitieuse en effet.

Christophe Leray

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