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L'Oeil du Cyclone à Séoul 2005

© Cyberarchi 2020

Un concours d'idée pour la conception du Séoul Performing Arts Centre - un opéra de 1.500 places, une salle de concert de 1.500 également et une vaste salle (6.000 places) en extérieur - fut l'occasion pour Vincent Callebaut de faire montre de sa maîtrise et de la force de ses idées. Découverte.

 
 
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Le texte ci-dessous est de Vincent Callebaut

31 décembre 2010, nous sommes venu depuis Paris assister à un majestueux festival coréen sur la Nodeul Island, une petite île artificielle située le long de la Hangang River, pour l'inauguration du nouveau Centre des Arts du Spectacle de Séoul. Nous empruntons les nouveaux larges trottoirs en bois du Hangang Bridge, l'un des plus vieux ponts connectant le nord et le sud de la rivière. Ce pont, véritable artère piétonne, automobile et ferroviaire, sectionne le site et le divise en deux parties approximativement égales à l'ouest et à l'est.

L'anneau de Moebius orangé franchi, nous nous retrouvons au centre d'une large rotonde vitrée dont les parois diffracte séquentiellement chacun de nos pas. Derrière ces "parois miroirs", on devine les formes sensuelles et épurées de l'Opéra House et du Concert Hall. Cette rotonde cristalline distribue tous les accès de part et d'autre de la route. En effet, de larges rampes invitent les automobilistes à accéder aux niveaux de parking et logistique, tandis que quatre escaliers monumentaux mènent au toit du bâtiment, véritable cinquième façade, d'où la salle de concert en plein air enfonce son galbe inférieur en apesanteur au dessus de la route.

Tandis que l'orchestre est en pleine répétition, nous continuons notre promenade vers les foyers aiguillés par le son du soprano et des violons. Les deux salles de spectacle, de 1.500 places chacune, sont des mégalithes émergeant du sol. Elles sont implantées aux extrémités de l'Ile et chacune isolée de la route par deux îlots regroupant des fonctions annexes aux spectacles comme les salles de workshop et de répétitions, les sanitaires publics, les bureaux, et les locaux techniques. Leur double-peau en béton protège les spectacles des redoutés sons basses fréquences provenant du trafic autoroutier. Elles sont d'une blancheur féerique et diffuse une lumière extraordinaire ! La rondeur de ces coques font penser aux plus beaux des navires et jouent avec les ombres des coutures de la toile venant se projeter à leur surface.

Axé sur le développement durable, cet entre-deux "intérieur/extérieur" forme une longue galerie ellipsoïde permettant de réguler la température interne du Centre en fonction du climat des saisons. Cette galerie est vitrée sur toute sa périphérie et offre aux spectateurs des vues panoramiques imprenables sur toute la ville de Séoul. C'est un grand déambulatoire bioclimatique planté d'érables aux couleurs sanguines qui renouvellent par photosynthèse l'air vicié de CO2 provenant du renouvellement de l'oxygène dans les salles.

Aux deux pointes de l'Île ceinturées par des plans d'eau miroitant se trouvent les foyers principaux lovés sous le galbe des gradins des deux salles respectives. On y parvient depuis les cheminements extérieurs en spirales qui les relient aux parcours piétons du pont. Une galerie supérieure en porte-à-faux à 8 mètres de hauteur offre un espace muséal périphérique complémentaire aux salles de spectacles selon un plan elliptique décalé.

C'est tout le Centre des Arts du Spectacle qui semble en rotation sur lui-même. C'est comme si les corps anonymes de chaque spectateur ressemblaient de plus en plus au sein de leur propre déambulation à un véritable ballet de danseurs! En effet, la structure courbe en acier de la galerie périphérique est en torsion maximale et ressemble à un véritable cyclone tournoyant vers le ciel ! Les arcs cintrés s'inclinent de façon harmonique et viennent 'tangenter' l'horizon. Ils se connectent tous à une poutre de rive située au dessus du toit et sont contreventés entre-eux par des poteaux verticaux et des ellipses intermédiaires. L'architecte nous explique que cette structure a la double fonction d'agir comme composant structurel et comme partie intégrante du système d'accrochage de la toile de polycarbonate transparente.

Changeons d'horizon et dirigeons nous maintenant vers le toit ! Arrivés en haut des gradins de la salle extérieure, un nouveau paysage s'ouvre à nous. Le toit des deux salles de spectacle en béton blanc s'ouvrent comme des couvercles de boîtes magiques pour accueillir des bars et des restaurants. Le point culminant est la cage scénique de l'opéra sur laquelle, le soir venu, on projette en plein air les grands classiques du cinéma coréen. Comme un oeil de cyclone, la grande salle en plein air de 6.000 places fait penser au Colysée romain. C'est un lieu magique pour les grands spectacles populaires ! De plus, cette véritable esplanade est protégée du vent grâce à la toile orangée dont le profil général suit les corniches des deux salles intérieures.

L'Opéra House et le Concert Hall sont tous deux conçus sur des plans ovoïdes inscrits dans l'ellipse du rez-de-chaussée. Ils sont étudiés pour un temps de réverbération du son compris entre 1,6 et 1,9 seconde. De plus, ils possèdent tous deux une morphologie de panneaux acoustiques ajustables qui permet de modifier les paramètres de corrections et d'obtenir une qualité d'écoute adaptée aux différents répertoires. Les mélomanes s'imaginent déjà en train d'écouter l'Orchestre National de Corée !

Les deux salles sont aussi dessinées pour leur assurer une flexibilité spatiale optimale leur offrant ainsi différentes possibilités de configurations. Pendant le concert philharmonique dans le Concert Hall, tous les spectateurs sont en totale osmose avec la scène. C'est le plan en arène asymétrique qui nous rassemble harmonieusement à 360 degré autour des musiciens. L'ambiance est chaleureuse, quasi intime et permet à certain un rapport à l'orchestre différent en ayant la possibilité de changer son point de vue et son angle d'écoute. Dans l'opéra House, les acteurs sont en position plus frontale devant un parterre continu de spectateurs. Les contours de la salle en fer-à-cheval viennent porter tous les regards vers la scène principale. Deux scènes latérales et deux scènes arrières rendent le système encore plus flexible pour les profondeurs de champs, les changements de décors ou encore les répétitions.

Futuriste, écologique, structurellement innovateur, à la pointe du progrès en matière scénique et acoustique, le nouveau Centre des Arts du Spectacle est un concentré de performances et une nouvelle icône architecturale dynamique qui contribue dès aujourd'hui à projeter une haute image culturelle de la ville de Séoul à travers le monde.

Fiche technique :
Programme : International Ideas Competition for the Design of The Seoul Performing Arts Centre, Opera House of 1.500 seats, Concert Hall of 1.500 seats and Outdoor Concert Area of 6000 seats
Localisation : The Nodeul Island in the middle of the Hangang River
Surface area : 60.000 m²
Client : The Seoul Municipality Government
Perspectives : Philippe Steels

A lire également notre article 'Vincent Callebaut : pour une architecture décodifiée et irrespectueuse' et consulter l'album photo de son travail 'Les nouveaux mondes de Vincent Callebaut'

L'Oeil du Cyclone à Séoul 2005
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