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L'océan, nouvelle frontière de l'urbanisme

Digues flottantes, îles artificielles, aéroports posés sur la mer,... Créer des quartiers urbains sur l'eau ne relève plus de la science-fiction. Le Japon, Monaco et Dubaï, entre autres, se sont déjà jetés à l'eau tandis qu'une multinationale française de la construction anticipe l'avenir.

 
 
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Venise, cité lacustre la plus célèbre au monde, s'enfonce lentement dans le sol. La ville projette donc de construire des digues immergées qui permettraient, en cas de grosses marées ou d'élévation du niveau de la mer, de fermer les trois ouvertures de la lagune vers la mer. Venise est le symbole de la volonté des hommes, de tous temps, à gagner des terres sur la mer, qu'il s'agisse des cités flottantes répandues en Asie ou des Polders en Hollande.

Effectivement, une multitude de projets et d'objets de recherche en cours semble valider l'idée, qu'en la matière, les mers et océans sont les nouvelles frontières de l'urbanisme.

Plan d'Occupation de la Mer (P.O.M.)

Le dernier projet en date est en train de prendre corps dans la principauté de Monaco. L'installation d'une digue flottante apte à recevoir les bateaux de croisière vient d'être amarrée sur le port. Cette digue ne fait qu'anticiper de futurs aménagements ambitieux. En effet, après avoir déjà construit un nouveau quartier, Fontvieille, sur des remblais, les autorités monégasques ont établi un Plan d'Occupation de la Mer (P.O.M.) qui en dit long sur leur volonté d'extension. Or, les profondeurs, environ 90m, interdisent désormais la technique du remblai. Les nouveaux aménagements, Fontvieille II, seront donc flottants.

Les Monégasques sont loin d'être les seuls à imaginer leur futur développement urbain sur l'eau. Dans la baie d'Osaka, au Japon, l'aéroport a été construit sur l'eau et un projet, primé en 1995, imaginait de le relier par TGV à la terre via différentes plates-formes d'habitations. Le Japon est d'ailleurs devenu le spécialiste de l'île artificielle. L'armée britannique étudie actuellement un projet d'aéroport militaire flottant. Les Seychelles construisent également des îles artificielles, sans compter une zone de 300 hectares, gagnée sur l'océan déjà en cours d'aménagement.

Le manque de place et son corollaire, un prix de foncier exorbitant, comme à Monaco, au Japon ou à Hong Kong, ne sont pas les seules raisons incitant des pays ou des villes à se développer sur l'eau. Il est aussi question de prestige comme à Dubaï, dans les Emirats Arabes Unis, qui construit de gigantesques marinas et planchent sur plusieurs projets d'habitat lacustre (dont un centre de villégiature sur une île artificielle ou encore, au même endroit, Palm Island, une île artificielle en forme de palmier de cinq kilomètres de diamètre). Aux Canada et aux Etats-Unis, de véritables quartiers constitués d'habitations flottantes ont vu le jour sur le pacifique. L'urbanisme marin, flottant ou non, est donc bien une réalité d'aujourd'hui.

De fait, on peut imaginer sans peine que le développement d'habitat urbain sur l'eau permettrait de densifier des villes côtières sans qu'elles aient besoin de s'étaler, rendant ainsi l'accès au centre ville plus aisé. Ce type d'habitat, les îles artificielles notamment, permettrait également un développement lié au tourisme, tout en préservant les paysages originels de la côte et l'âme de la ville ou du village, âme qui attire les touristes jusqu'à ce que les promoteurs en aient défiguré le visage. Ainsi, le littoral resterait intact, seule la vue de la plage serait transformée.

Enfin, la construction de telles îles dans les eaux internationales permettraient de donner un accès à la mer aux pays enclavés voire de créer de micro-états indépendants (il suffit qu'ils soient reconnus par la communauté internationale).

Peu de contraintes techniques

Techniquement, construire sur l'eau, en flottant ou non, ne pose pas de challenges particuliers. La technique du remblai est connue depuis la nuit des temps et, depuis le développement des plates-formes pétrolières off shore, on maîtrise très bien les structures flottantes. D'ailleurs, le champs pétrolier Ecofisk en Mer du Nord est une première préfiguration de ce que pourraient à l'avenir être une ville flottante. En effet, les plates-formes d'Ecofisk sont toutes reliées entre elles par des passerelles - des plates-formes d'exploitation et de stockage aux quartiers de vie des hommes qui travaillent dessus - et il ne faudrait que peu d'aménagements architecturaux pour que soient développés sur ces plates-formes de véritables lieux de vie. En fait, la seule véritable contrainte est la résistance aux éléments. Hors endroits protégés, de telles structures doivent résister à des vagues de 15m en Méditerranée, de 20m dans l'océan atlantique, ce qui implique la construction de structure lourdes.

Le principal obstacle en France et en Europe est d'ordre réglementaire, donc politique. En effet, la loi du littoral interdit la construction d'îles artificielles fixes dans les eaux territoriales. C'est ainsi qu'un tel projet fut refusé au large de St Tropez sur la Côte d'Azur et que ce qui est possible à Monaco ne l'est pas à Nice. Or, il devient de plus en plus difficile aujourd'hui de construire de nouveaux ports de plaisance et de plus en plus de villes ne savent plus où mettre les bateaux.

Là encore, il semble pourtant que des îles artificielles ancrées à quelques encablures des côtes résoudrait le problème. Enfin, le prix du foncier n'allant pas baisser, surtout en bord de mer, surtout alors que l'on s'achemine de plus en plus vers une société de loisirs et, nécessité souvent faisant loi, il est permis de penser que des îles artificielles en France pourraient voir le jour dans un avenir proche.

La preuve, une multinationale française de construction est aujourd'hui en pourparler avec Jean-Philippe Zoppini, l'architecte de l'Ile d'AZ, pour un partenariat concernant la construction des immeubles du projet. Une telle société ne se lance pas ainsi dans un tel projet à la légère. C'est sans doute qu'elle a anticipé l'avenir.

LIre également nos articles :
>> 'Le rêve fabuleux de l'architecte Zoppini' ;
>> 'L'habitat flottant est déjà une réalité'.

Christophe Leray

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