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L'histoire peu commune des maisons-bulles

©JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP : Copyright 2019

 

Les maisons-bulles de l'architecte Pascal Häusermann ont été vendues aux enchères, à un prix bien en-deçà de l'investissement injecté par ses anciens propriétaires, selon eux. Revenons sur l'histoire de ces constructions atypiques et patrimoniales, qui ont atterri sur un terrain des Vosges dans les années 60.

 

 
 
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En 1967, l'architecte suisse Pascal Häusermann a construit onze bulles sur un lopin de terre entouré d'eau. C'est un hôtelier qui avait commandé ces maisonnettes blanches, composées d'une structure métallique et de voile de béton projeté. Neuf de ces maisons-bulles étaient dédiées à la location touristique. Venaient s'y ajouter la réception, un bâtiment principal de 150 m2 avec deux grandes pièces à l'étage, et un local technique, soit 405 m2 de surface habitable au total.

On accède aux onze maisonnettes en forme de bulles, séparées du reste de la commune par un cours d'eau, la Plaine, au bout d'un chemin en gravillons qui part du centre de Raon-l'Etape (Vosges). Les bulles, situées sur un terrain de 4.100 m2, « sont des constructions modulaires imaginées pour être déplacées et habitées sans contrainte », résume un connaisseur de l'architecte utopiste.

Depuis leur création, les bulles ont connu cinq propriétaires et ont été laissées à l'abandon pendant une décennie, dans les années 1990. En 2006, cinq amis, « des anciens punks, anciens rockeurs » en quête d'une nouvelle vie à l'aube de leur quarante ans, achètent "l'île Häusermann" pour 180.000 euros, raconte Laurence Euvrard, l'une d'entre eux.

 

Il faut sauver les bulles !

 

« Nous voulions sauvegarder cet endroit qui n'était pas en si bon état que cela » et qui était en train de perdre son esprit des années 1950 à 1970, si chères au coeur de « la joyeuse bande de copains », explique Bruno Tourmen, l'un des propriétaires. « On a eu une grosse année de travaux, tout était encore d'époque. Il a fallu tout refaire pour être aux normes » et le transformer en gîte, se souvient Mme Euvrard.

Le précurseur de la "blob architecture", privilégiant les formes organiques, n'aimait pas les angles droits, leur préférant les lignes courbes et les arrondis. Boiseries, rideaux et mobilier sont donc sur-mesure, à l'instar du mobilier commandé par Pierre Cardin pour le Palais Bulles, construit par l'architecte Antti Lovag à Théoule sur Mer (06).

À Raon-l'Etape, les neuf bulles, de 25 à 40 m2, ont été décorées par couleur (vert, violet, bleu...) et par thème (Pop-art, psychédélique, chlorophylle, love) dans l'esprit des années 1950 à 1970. Au sol, on retrouve des mosaïques noires et blanches ou des petit carreaux bruns. De grandes fenêtres inclinées, pas tout à fait octogonales, ouvrent sur la nature et la rivière.

 

Une enchère décevante

 

A la réouverture des bulles comme structure hôtelière en août 2007, rebaptisées Museumotel, les clients affluaient du monde entier. Mais entre la crise économique, le poids des prêts bancaires et l'éloignement de Raon-l'Etape des pistes de ski vosgiennes, le gîte a été placé en redressement judiciaire en 2015, puis fermé. La même année, l'île Häusermann était classée aux monuments historiques.

« Comment mettre un prix sur quelque chose de quasiment unique ? » note le connaisseur. Le 3 mai dernier, les onze maisons ont été vendues aux enchères à Epinal (88) avec une mise à prix à 100 000 euros. L'ensemble a été adjugé à 120 000 euros, un montant qui a déçu un des propriétaires du lieu, Joël Morel, qui l'estime très en-deçà de l'investissement mis dans la préservation de ces constructions atypiques et patrimoniales.

 

Laurent Perrin (avec AFP)

 

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