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L'habitat flottant est déjà une réalité

Jean-Philippe Zoppini est architecte et président de l'association 'Cités Marines'. Depuis plus de vingt ans, il s'intéresse au développement de l'habitat flottant et aux îles artificielles. Entretien avec un visionnaire inspiré.

 
 
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Le remblai est-il encore la première technique de construction d'îles artificielles?

Le remblai est la première des techniques utilisées quand on a peu de profondeur. C'est aussi la moins onéreuse quand on a moins de 10 mètres de fond. Un flotteur quel qu'il soit a un tirant d'eau, il faut l'ancrer et ce n'est pas si facile que ça, même si aujourd'hui cette technique est parfaitement maîtrisée.

En Europe, la protection littorale interdit la construction d'îles flottantes destinées à rester ancrées au même endroit. On commence à en voir partout, sauf en France. Les japonais ne se posent pas de question : ils ont trois îles, ils créent un périmètre et remblaient à l'intérieur. Il n'y a pas une technique plus facile que l'autre, ce sont les contraintes économiques qui guident la technique utilisée.

En fait, il n'y a rien d'extraordinaire à construire une île ou une habitation flottante. Un flotteur est un bidon en métal, des caissons en bois, des troncs d'arbres. Si on veut développer des villages de vacances sur l'eau dans des pays chauds et des espaces protégés de la houle, on peut imaginer des habitats très légers construits sur des rondins de bois, ce qui ne revient pas cher. C'est d'ailleurs ce que l'on voit beaucoup en Asie. C'est la solution la plus simple. Quatre bidons, une barre dessus et on construit une maison.

Quand on s'attaque à des projets beaucoup plus importants avec un enjeu économique différent, il faut alors s'interroger sur la technique à utiliser. Celle du flottant est largement au point et existe depuis les années 70 puisque les premiers à l'utiliser sont les pétroliers du off shore qui travaillent dans des conditions de mer très difficiles, voire extrême. Dans le cas de la digue de Monaco, elle fut construite à Algésiras en Espagne, ensuite remorquée sur le site, ensuite accrochée par le biais d'une rotule et ancrée. Les techniques sont donc au point, tout dépend dans quel site on travaille.

Quelles applications peut-on imaginer au développement d'îles flottantes ?

Habiter dans des immeubles flottants en serait une autre ?

Pourquoi pas, encore faut-il que ce soit justifié. Pourquoi construire sur l'eau tant qu'on a des solutions terrestres ? D'un autre côté, l'homme vit au bord des littoraux et c'est toujours à qui aura accès à la mer, aura la meilleure vue. Le problème de construire sur l'eau n'est pas de réaliser une structure flottante et de relier toutes les canalisations. On sait évacuer de l'eau propre en mer, ce qui ne coûterait pas plus cher que sur terre et on peut imaginer un simple raccordement au réseau et des bateaux qui viennent chercher des poubelles. Dans ce cas, effectivement, construire deviendrait bien moins onéreux.

Ce qui coûte cher est la protection par rapport à l'environnement marin. Si on construit un petit projet sur un lac tout le temps étale, on n'a pas de soucis majeurs et on doit parvenir à des prix sensiblement les mêmes que sur terre, voire moins puisqu'il n'y a pas de foncier. Par contre, si on doit se protéger par rapport à la haute mer, au moins 15m en Méditerranée et 20m dans l'Atlantique, il faut alors concevoir des ouvrages très très lourds.

Construire sur l'eau n'est pas cher à condition de trouver des endroits abrités. C'est la principale contrainte. Dans des endroits très protégés aux eaux relativement calmes, vous pouvez mettre des petites maisons qui n'ont pratiquement aucune protection par rapport à la mer. Un terrain bien placé en bord de mer est onéreux, pas la maison qu'on met dessus.

A-t-on déjà des exemples de quartiers sur l'eau ?

On a déjà mentionné les quartiers flottants d'Asie. On peut imaginer le développement de quartiers modernes sur l'eau. Encore faut-il trouver la raison. Le premier quartier de Fontvieille (Monaco) a été construit sur remblais. J'ai travaillé sur la deuxième phase, soit un espace flottant de 400m sur 400m destiné à devenir un quartier de ville avec des commerces, des habitations, des écoles, etc.. Cela a du sens à Monaco à cause du prix du terrain. Monaco a besoin de s'agrandir et les Monégasques ne peuvent pas faire autrement.

D'ailleurs, ils sont en train de mettre en place un P.O.M., un Plan d'Occupation de la Mer, car ils se sont aperçus que les architectes et urbanistes faisaient des projets en essayant de les insérer dans le site mais sans savoir où. Or, le fait de mettre en place un POM est extraordinaire, cela veut dire que la mer va être occupée.

Je suis convaincu que si on a aujourd'hui un POM à Monaco, il y en aura bientôt partout. La construction flottante sur l'eau devient une réalité. Au Canada et au Etats-Unis, il y a des quartiers entiers de maisons flottantes. C'est déjà de l'urbanisme parce que vous avez des appontements, des services, des évacuations des eaux. Ce n'est donc même plus de la prospective puisque de tels plans d'urbanisme existent déjà.

Et du quartier à la ville ?

Des îles artificielles près des centres permettraient de densifier une ville tout en évitant l'étalement géographique. Pour moi, ce n'est pas du tout imaginaire. En 20 ans, j'ai vu les choses évoluer. Il y a 20 ans, à Monaco, on disait "le flottant, ce n'est pas sérieux". Au final, ils ont fait du flottant. En France, la loi littorale est très bien mais il faudrait peut-être l'aménager car il y a des choses qui se font à Barcelone qu'on ne peut pas faire en France.

On pourrait créer une petite ville artificielle qui irait en grossissant, comme une ville du far west. Vous commencez par le centre ville où vous mettez une église et les commerces et il n'y a plus qu'à ajouter les éléments au fur et à mesure. Au Japon, un projet très ambitieux avait été nominé dans la baie d'Osaka. Il s'agissait de commencer par faire une ville, mi flottante mi gravitaire, puis une autre et une troisième etc., toutes reliées par un train à très grande vitesse.

On peut voir des prémices d'un tel projet dans le développement des champs pétroliers où des dizaines de plates-formes sont reliées entre elles par des systèmes de passerelles. Ce sont certes des endroits pour travailler, comme nos usines en France étaient des endroits pour travailler, qu'elles soient belles ou pas. Or, aujourd'hui, une qualité architecturale s'est mise en place et les usines sont dessinées avec le souci de cette qualité architecturale. Il suffirait d'un tout petit plus pour que les gens qui travaillent sur ces plates-formes puissent faire venir leurs familles.

Les hôtels flottant existent depuis longtemps dans l'off shore. Toutes ces plates-formes reliées ensemble forment une petite ville, il suffit d'y créer un lieu de vie. Ne l'oublions pas, c'est souvent l'industrie qui fut à l'origine du développement urbain, on peut penser que le même phénomène s'appliquerait ici.

Lire également nos articles :
>> 'Le rêve fabuleux de l'architecte Zoppini' ;
>> 'L'océan, nouvelle frontière de l'urbanisme'.

Propos recueillis par Christophe Leray

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