• Accueil
  •  > 
  • L'ensemble des Français et les habitants des ZUS partagent les mêmes aspirations et idées reçues
Rejoignez Cyberarchi : 

L'ensemble des Français et les habitants des ZUS partagent les mêmes aspirations et idées reçues

L'IFOP a mené pour le compte du CNOA, une vaste enquête sur le logement et l'habitat en France. Celle-ci révèle quelques lignes de fracture majeures entre les Français dans leur ensemble et les habitants des Zones Urbaines Sensibles ainsi que les aspirations des uns et des autres en matière de logement. Extraits.

 
 
A+
 
a-
 

Si les priorités personnelles et le sentiment d'appartenance varient peu entre les deux populations (bien que l'on puisse observer un attachement quasi identitaire au quartier dans les ZUS), on constate des situations et des perceptions spécifiques aux Zones Urbaines Sensibles par rapport à l'ensemble du territoire. Les conditions d'habitation et de logement des deux populations s'avérant, sans surprise, fortement différenciées, les critères de choix d'un logement et les attentes vis-à-vis de l'habitat révèlent également un décalage entre l'ensemble des Français et les habitants des ZUS. Alors que les interviewés 'France entière' déclarent vivre majoritairement dans une maison (61%, dont 58% avec jardin), les habitants des ZUS sont quant à eux 78% à résider en immeuble (39% pour la France entière).

Quelle que soit la zone concernée, le choix d'un logement ou sa construction sont dominés par des soucis pratiques et une volonté d'économie qui traduisent l'attachement des Français à un habitat avant tout utilitaire, sûr et d'un bon rapport qualité-prix. L'esthétique du logement et ce qui relève davantage du confort et de l'agrément, même s'ils ne sont pas ignorés, ne figurent pas en tête des priorités des Français. On observe en revanche que la dimension environnementale apparaît particulièrement prégnante dans leurs considérations. Ainsi, avec des taux de citations largement majoritaires aussi bien pour le grand public que pour les habitants des ZUS, l'état du logement (93% et 91%), la préservation de l'intimité (86% et 84%), le montant du loyer ou le prix (85% et 80%), le bruit, les nuisances sonores (82% et 77%) et enfin l'environnement et le cadre de vie (81% et 76%) s'avèrent des éléments indispensables à prendre en considération lors du choix de son logement. L'IFOP note que la hiérarchie de ces cinq 'fondamentaux' est la même que l'on se situe en ZUS ou sur l'ensemble du territoire.

Il convient par ailleurs de noter que le modèle de la maison avec jardin continue d'exercer un fort potentiel d'attraction auprès des Français. Cette préférence à un mode de vie proche de la ruralité doit être nuancé par l'importance accordée à la proximité des commerces et services et l'attachement à la ville.

S'agissant des grands ensembles, malgré le jugement sévère porté par les Français sur le logement en France, cet élément n'apparaît pas pour autant parmi les premières raisons identifiées (aussi bien par l'ensemble des Français que les habitants des zones urbaines sensibles) comme étant à l'origine des violences qui se sont produites dans les banlieues à l'automne 2005. La déscolarisation (31% pour le grand public et 34% pour les habitants des Zones Urbaines Sensibles), le manque de liens avec l'extérieur (27% pour les deux populations) et enfin l'urbanisme des quartiers (20% et 19%) s'avèrent davantage mentionnés. Sont beaucoup moins considérés comme étant les causes premières de ces violences, la conception des logement (10% et 7%) et le manque de services publics (8% et 11%).

En outre, l'ensemble des interviewés établit globalement la même évaluation détaillée de la situation du logement en France. Parmi les six critères leur étant soumis, trois d'entre eux sont majoritairement considérés de façon plutôt positive. Ces trois critères sont : la qualité de l'architecture (74% pour le grand public et 70% pour les habitants des ZUS), la superficie des logements (59% et 61%), ou encore l'état des logements : salubrité, propreté, etc. (59% et 58%). A l'inverse, les trois autres critères, davantage orientés sur l'aspect économique et financier à proprement parler sont évalués beaucoup plus négativement. Autrement dit, le niveau d'imposition local (taxe d'habitation, taxe foncière), le montant des loyers et le prix des logement constituent des critères préjudiciables pour l'image globale du logement français (avec respectivement 26%, 21%, 17% de jugements positifs de la part du grand public et 31%, 27% et 22% pour les habitants des Zones Urbaines Sensibles).

Cela confirme les propos de Cristina Conrad, présidente du CROA-IDF, dans un entretien au quotidien gratuit 20 minutes du 07 décembre 2005 dans laquelle elle indiquait que la forme architecturale des banlieues n'est pas en tant que telle une des causes des récentes violences urbaines. "Une tour en soi n'offre pas forcément un mauvais cadre de vie, cela devient problématique quand les gens y sont enfermés", expliquait-elle.

Selon l'enquête, au premier rang des acteurs les mieux placés pour oeuvrer à l'amélioration du logement, c'est l'Etat qui, en recueillant un tiers des citations, semble avoir le plus de crédit auprès des enquêtés pour y parvenir (33% par le grand public, 35% par les habitants ZUS). Deuxième acteur cité avec près d'un quart des citations, (27% et 23%) les collectivités locales. Toujours au sein de la sphère publique ou para-publique, on trouve, plus en retrait, les organismes HLM (11% et 14%). Viennent ensuite les architectes (7% et 9%), les associations d'habitants (6% et 7%), les promoteurs immobiliers (6% et 4%), les urbanistes (6% et 4%), et enfin le secteur privé (4% pour les deux cibles). Outre les a priori, le rôle de l'architecte est ici minoré.

Concernant l'appréciation détaillée des grands ensembles, il apparaît que la population globale comme les habitants des Zones Urbaines Sensibles partagent la même vision. Ainsi, les deux idées avancées selon lesquelles, dans ces ensembles, la proportion d'inactifs est trop importante (88% dans le grand public et 90% dans les Zones Urbaines Sensibles dont 63% de 'tout à fait d'accord') et la densité de population est également trop forte (88% et 85%) font l'unanimité. Pourtant, si l'on en croît la présidente du CROAIDF dans l'entretien précité, "contrairement aux idées reçues, les grands ensembles sont peu denses. C'est l'échelle des espaces et des bâtiments qui conduit à une impression de densité. Le fait d'avoir beaucoup de logements du même type au même endroit donne aussi le sentiment d'un paysage urbain très dense, ce qui est faux. L'îlot haussmannien est sept fois plus dense que les quartiers de banlieue. Et l'habitat individuel ou collectif est aussi dense que le grand ensemble. Il est donc possible de reconstruire le même nombre de logements, sans reproduire cette sensation d'écrasement".

Cristina Conrad n'est pas, par exemple, pour l'idée de la maison à 100.000 euros. "Les lotissements, tous construits sur le même modèle, rendent le paysage tout aussi monotone que les tours et les barres. De plus, le pavillon isole. Il est construit au milieu d'une parcelle et ne permet pas de créer du lien social. La maison de ville est beaucoup plus adaptée. Elle est accolée et forme une continuité urbaine. Elle permet aux gens de communiquer entre eux". De fait, selon l'enquête, une courte majorité seulement des personnes interrogées (54% du grand public et 53% des habitants des Zones Urbaines Sensibles) considère que 'la maison à 100.000 euros' constitue un moyen efficace pour améliorer la situation du logement en France. Ce dispositif trouve un écho plus favorable auprès des retraités (61% pour le grand public et 65% pour les Zones Urbaines Sensibles) et des sympathisants de droite (60% dont 66% pour les sympathisants UMP grand public et 62% dans les ZUS). Il apparaît qu'une proportion non négligeable des interviewés se déclare prête à acquérir une maison 100.000 euros si la possibilité leur en était donnée (51% sur les deux cibles). Qu'ils soient habitants ou non de Zones Urbaines Sensibles, les segments de population les plus intéressés par ce dispositif se trouvent parmi les personnes âgées de 50 à 64 ans (56% et 53%), parmi les interviewés exprimant le désir d'accéder à la propriété (59% et 61%) ou encore parmi ceux ayant un revenu mensuel compris entre 1.000 et 1.500 euros (57% et 65%).

Et Cristina Conrad de répondre à la question 'Existe-t-il, alors, un modèle de réhabilitation des quartiers ?' "Non, il n'y a pas un projet unique. Il faut avant tout éviter de reproduire les mêmes erreurs. Mais on ne peut pas multiplier un seul modèle d'habitat dans les différents quartiers. On a tendance, à propos des banlieues, à tout mettre sous le même vocable. Or, chaque grand ensemble a son histoire, son vécu, son réseau social. Il faut créer les projets à partir de ce qui existe et non pas industrialiser le bâtiment". L'architecte Roland Castro ne la démentira pas : "plutôt que démolir et reconstruire, nous avons montré que le remodelage coûte deux fois moins cher, sauf que ce n'est pas financé. Même l'ANRU (Agence nationale de Rénovation Urbaine) commence à comprendre que le remodelage est une option", expliquait-il dans nos colonnes.

Christophe Leray

Pour lire l'enquête dans son intégralité, téléchargez le fichier PDF.

Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER