• Accueil
  •  > 
  • L'énergie solaire thermique, cette inconnue en France! Que faire pour en développer l'usage dans le pays?
Rejoignez Cyberarchi : 

L'énergie solaire thermique, cette inconnue en France! Que faire pour en développer l'usage dans le pays?

Bernard Reynier, 51 ans, est ingénieur de l'Institut National Polytechnique de Grenoble. Dans cette tribune, il propose un plaidoyer très argumenté pour le développement de l'énergie solaire thermique (1) en France.

 
 
A+
 
a-
 

Or, tous les experts sont catégoriques, malgré l'important potentiel de ses zones ensoleillées et capacités industrielles, la France est en retard dans le développement de l'énergie solaire thermique (chauffage et climatisation; la production d'électricité photovoltaïque ne faisant pas l'objet de cette expression). Le débat n'est plus d'opposer les énergies dites renouvelables aux énergies de masse fournies par le nucléaire ou les énergies fossiles. Pour de nombreuses décennies, chacun a bien perçu que nous aurons besoin de ces productions de masse nécessaires ne serait ce qu'au maintien de l'équilibre des réseaux électriques les jours sans vent et sans soleil...

Il est donc entendu que la France doit rapidement construire le réacteur nucléaire dit EPR. En effet, malgré toutes les qualités des critiques formulées, nos civilisations n'ont pas d'autres alternatives crédibles à l'horizon de cette fin de siècle, ce qui représente trois à quatre générations de chercheurs qui sauront découvrir de nouvelles sources d'énergies, soyons en assurés.

Mais, ce constat ne peut demeurer suffisant; le pays doit s'engager dans la mise en oeuvre d'une démarche active de développement d'un mix énergétique pragmatique de par son réalisme économique... L'énergie solaire thermique présente de véritables atouts; nous devons et pouvons la domestiquer. Ce sera un travail de longue haleine, un chantier de plusieurs années dans le contexte énergétique tendu actuel. Encore faut il s'y engager et nous donner les moyens de nos ambitions. Cette expression apporte un éclairage sur la situation française...

Le sujet de l'énergie solaire thermique mérite d'être clarifié, avec pédagogie. En effet, pour le citoyen " lambda ", l'énergie solaire thermique est trop souvent associée d'une part à la production d'électricité dans des conditions techniques complexes et d'autre part à l'idée de coûts de revient toujours onéreux. Pour le grand public, de nombreux élus, l'association - SOLEIL - EAU CHAUDE - CHAUFFAGE D'EAU SANITAIRE - CHAUFFAGE PARTIEL DE LOCAUX - CLIMATISATION - n'est pas immédiate. Il suffit de lire les articles de presse suite au débat à l'assemblée nationale pour mesurer combien le déficit de communication - compréhension est important.

Les différents articles récents parus dans les médias de grande diffusion évoquent rarement l'énergie solaire THERMIQUE! Peu d'écrits évoquent le gisement énergétique moyen attaché à un habitat de 100 m². On évoque des m² de capteurs, des coûts, mais quasiment jamais le potentiel énergétique en unités légales lisibles et compréhensibles par le plus grand nombre.

Pour un habitat individuel de 100 m², équipé de 8 m² de capteurs, le gisement annuel moyen s'élève à 7500 KWh environ pour le chauffage partiel de l'eau sanitaire et celui de la maison. Pour un bâtiment type salle des fêtes d'un village, hôtel, le potentiel annuel moyen est proportionnel à la surface de capteurs, qui, dans ce type d'ouvrages, peut être très importante. Les industries utilisant des fluides chauds sont très concernées par cette énergie; disposant d'importantes surfaces de toitures, des potentiels de 50.000 - 100.000 KWh sont courants... A ces gisements pourra s'ajouter, ultérieurement, le bénéfice de la climatisation solaire, tout aussi important...

Il est nécessaire d'éclairer les acteurs - décideurs politico-économiques quant au sujet et son potentiel latent pour le pays. Les décideurs politiques et industriels doivent apprécier à leur juste place, de façon pragmatique, l'ensemble des facteurs générateurs soit de freins soit de dynamisme du sujet complexe débattu.

C'est dans ce cadre que se situe la présente réflexion qui explicite les conditions du développement rapide d'une filière solaire thermique Française et ses conséquences dans :
- la réduction des consommations d'énergies traditionnelles et des émissions de gaz à effet de serre,
- la réduction des dépenses financières des collectivités et des citoyens,
- le développement de l'emploi dans des métiers nobles, porteurs de plus values sociales,
- la mise en oeuvre d'une pédagogie active auprès des citoyens ayant besoin d'être guidés dans la maîtrise de l'énergie,
- le rayonnement de la France qui apporterait une contribution efficace et exemplaire aux pays les moins riches.

Depuis des années, le marché et les offres des matériels solaires thermiques sont comme la poule et l'oeuf. Le marché attend les offres qui attendent le marché... Dans le marché de la construction neuve, 30% du flux annuel, soit environ 60 000 pavillons, sont susceptibles d'utiliser des équipements solaires thermiques. A ce flux s'ajoutent les immeubles collectifs, les bâtiments tertiaires de l'hébergement (hôtels, maisons de retraites, etc.) et certains bâtiments industriels. Quant au secteur de la rénovation de l'habitat et du remplacement des appareils et modes de chauffage devenus obsolètes (chauffe eau électrique, installations de chauffage ou climatisation, etc.) leur volume annuel est quatre à huit fois plus important...

Le potentiel est communément évalué à 250.000 m² d'installations annuelles, comparées aux 9.000 ventes de 2003... La fourchette basse du gisement énergétique moyen annuel s'élève à 1.250 GWh, soit, sur 20 ans, l'équivalent de la production de 5 tranches nucléaires... La réalité est probablement bien plus importante.

Quels sont les freins au développement de l'utilisation de l'énergie solaire thermique? Comment vendre des produits qui ne sont pas connus?

La communication média, réduite à la portion congrue, est trop peu lisible du grand public. Les consommateurs, habitués à «voir et toucher», ne connaissent pas les appareils, lesquels ne sont pas présentés par les grandes surfaces du bricolage. La distribution est confiée à quelques milliers d'artisans labellisés «ADEME» dont les produits solaires thermiques sont rarement prépondérants dans leurs revenus. Alors que l'on installe soi même qui un chauffe eau électrique, un radiateur, une cheminée, voire des matériels plus complexes, il est impossible d'acquérir les matériels solaires thermiques en kit, interdisant ainsi leur auto-installation! Enfin, faute de structures établies, le SAV est jugé comme perfectible, n'incitant pas les investisseurs potentiels à concrétiser l'acte d'achat.

Dans les communes, dans le secteur Industriel, lors d'appels d'offres pour la construction d'hôtels, maisons de retraite, peu d'entreprises proposent des installations combinées avec l'énergie solaire thermique. Quand les devis existent, au regard des technologies développées, les tarifs sont élevés. Pourquoi, à service rendu comparable, les matériels solaires sont ils trois à six fois plus onéreux que des appareils classiques?

L'analyse de la valeur n'explique pas le différentiel de prix entre un chauffe eau électrique et un ballon solaire thermique, finalement peu innovant et vendu parfois dix fois plus cher... Les appareils étant sujets au versement de primes (ADEME, Conseil Régional, etc.) et dégrèvements fiscaux, un processus administratif complexe a été instauré. Ces primes substantielles à «l'achat + pose» freinent l'émulation et la concurrence, limitent les offres de nouveaux fabricants souvent découragés face aux contraintes de l'obtention des labels ad hoc. En outre, la faible dynamique du marché n'incite pas les industriels à rejoindre cette activité. La poule et l'oeuf. Au delà de quelques années, faut il vraiment poursuivre la politique de versement de primes?

Afin d'atteindre rapidement des «tarifs marché» par le jeu de la saine concurrence, les industriels et acteurs énergétiques doivent maintenant développer des actions industrielles et commerciales conjuguées, inversant ce cycle inhibiteur et sclérosant. Cette mise en mouvement à un autre octave, nécessitant certes des étapes étalées sur quelques années, est réaliste.

Quelles sont les démarches à engager?

Dans un premier temps, COMMUNIQUER DIFFEREMMENT ET SIMPLIFIER LES PROCEDURES. En amendement des organisations en place sous tutelle de l'ADEME, l'obtention des aides et les relations commerciales avec les entreprises doivent être simplifiées. Dans le contexte de la loi à venir, associée à la concurrence énergétique ouverte depuis juillet, les commercialisateurs d'énergies ne peuvent qu'être incités à développer des offres technico-commerciales attrayantes. Avec leurs partenaires artisans, ils privilégieront des offres intégrant financements et SAV, voire garantie de résultats, fidélisant leurs clients. Ils aideront les collectivités territoriales à mettre en oeuvre des installations solaires thermiques élaborées, énergétiquement performantes, octroyant des certificats d'énergie conformes à la nouvelle loi.

La communication média doit être améliorée, en mettant en oeuvre des campagnes télévisuelles et dans la Presse Régionale. Pour ces deux items de fond, la volonté de l'état et la mise en concurrence des grands groupes énergétiques, seront des moteurs pour fédérer les acteurs (ADEME, bureaux d'études, constructeurs, commercialisateurs d'énergies, électricité, gaz, pétrole, distributeurs de matériels, artisans, etc.) autour d'un projet industriel, écologique, aux intérêts à long terme. Des structures type GIE pourraient assurer ces prestations en 'boostant' ainsi ce marché, toujours atone après une décennie de subventions.

Dans un second temps, DÉVELOPPER ET INDUSTRIALISER LES INNOVATIONS. Les enjeux imposent de réduire au plus tôt les temps de retour sur investissement à 6 - 8 ans comparativement aux énergies classiques. Ce challenge réaliste trouvera solution d'une part dans la croissance des ventes, d'autre part dans des innovations allégeant les coûts de fabrication qui disposent d'un potentiel de baisse important et enfin dans la mise en concurrence saine et ouverte des fabricants comme dans les autres domaines.

Les primes sont d'ores et déjà et paradoxalement, des freins à la croissance, aussi faut il envisager de les supprimer à moyen terme, 3 à 5 ans au plus. En sus, en l'état, elles sont consommatrices de ressources de l'Etat, in fine peu productives. Par contre les dégrèvements fiscaux (2), doivent être maintenus voire accrus. Les services de recherche des commercialisateurs d'énergies peuvent faire changer d'époque les technologies désuètes soulignées. Les nouveaux matériaux notamment ceux à changement de phase, l'électronique de régulation, les interfaces informatiques, peuvent être insufflés avec un fort intérêt dans les technologies des matériels solaires. Grâce aux artisans des métiers de l'habitat, proches des prospects, le marché s'organisera concurrentiellement et accélèrera la croissance de l'utilisation combinée des énergies solaires et traditionnelles.

La filière solaire thermique européenne représente aujourd'hui moins de 10.000 emplois, dont 2 - 3% à peine concernent la France. Les recherche, fabrication, pose et entretien de ces appareils présentent un gisement de milliers d'emplois à forte valeur ajoutée, attrayants pour notre jeunesse. Le potentiel d'un million d'emplois en Europe est souvent évoqué.

D'autre part, nous ne pouvons évidemment délaisser la fabrication des matériels. Si nous ne voulons pas qu'il advienne ce qui est survenu à l'un des ex fleurons de notre industrie, le chauffe eau électrique dont la fabrication a quasiment déserté l'hexagone, nous devons aider les créateurs - Start up de productions innovantes. Dans les régions où des industries de la métallurgie, de la plasturgie, de l'électronique, de la micromécanique, disparaissent, des compétences pourraient être recyclées dans ces voies en permettant l'éclosion de l'intelligence de ces créateurs.

Enfin, la climatisation solaire doit rapidement faire l'objet de promotions et de recherches pour des usages dans les locaux tertiaires, notamment les locaux d'hébergements et autres maisons de retraites (qui, suite à la canicule 2003, pourraient faire l'objet d'actions test), etc. Les collectivités locales sont les premiers clients intéressés par ces moyens de confort devenus nécessaires dans une large parie de leurs parcs immobiliers.

Cette technologie ancienne, industriellement délaissée (qui n'a pas connu en camping les réfrigérateurs à gaz où avec «du chaud on fait du froid»?), présente pourtant de véritables enjeux sous plusieurs aspects :
- Les étés caniculaires à venir, largement prédits par les experts, dynamiseront l'installation de climatiseurs aux conséquences fâcheuses sur les consommations électriques (3) d'été alors que les conditions de fonctionnement des centrales électriques seront loin de leur optimum. La climatisation solaire contribuera à solder ces difficultés.
- Plus il fait chaud, meilleurs sont les rendements des installations solaires...

Suite à la canicule de 2003, l'explosion des ventes de climatiseurs aux performances médiocres doit être impérativement contenue faute de générer de futures graves difficultés tant dans la production - distribution d'énergie électrique en été que dans l'élévation des températures de l'atmosphère et l'aggravation des effets de serre liés aux différents effluents...

Dans un troisième temps, FORMONS LES FUTURS PROFESSIONNELS DU DOMAINE
Les conséquences de la loi sur l'énergie et la nécessaire maîtrise de nos consommations énergétiques, vont naturellement accroître durablement les besoins en compétences dans le domaine de la thermodynamique. Ce sont celles du génie climatique, de la géothermie, de la régulation électronique, associés à la nouvelle domotique envahissant déjà nos habitats (dont celles émergeant des innovations des technologies du «sans fil» ou des Courants Porteurs
Lignes).

Pour tout projet de construction ou de rénovation de locaux, renseignez-vous afin d'obtenir un devis d'installation de matériels solaires thermiques couplés avec vos appareils.

Notes :
1- De façon générale, le procédé est le suivant : le soleil chauffe un fluide, lequel véhicule les calories au sein des habitats ou locaux industriels. Le cycle thermodynamique peut être inversé et produire du froid, le soleil est ainsi utilisé pour CLIMATISER des locaux.
2 - Qu'il sera pertinent de conserver durant un "certain temps", à des fins d'aide et de communication pédagogique...
3 - A fin avril 2004, le chiffre d'affaires «climatisation, ventilation» des grandes surfaces françaises dépasse déjà celui réalisé sur tout l'exercice 2003, avec les effets pressentis sur les consommations électriques d'été. Des promotions forcées sont en cours dans la grande distribution...

Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER