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«L'avenir des lieux» : une conférence de Philippe Madec

Cyber Archi présente un extrait de la conférence «L'avenir des lieux» donnée par Philippe Madec le 23 septembre 2003 à Strasbourg dans le cycle Gutenberg des «Dernières Nouvelles d'Alsace».

 
 
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Insérer une architecture en un lieu relève d'une complexe procédure. Dans les textes et sur le terrain, l'insertion rend compte du délicat assemblage des dimensions urbaines, paysagères, techniques et spatiales communes à tout projet d'architecture. S'y ajoutent -- car l'idée d'insertion est le reflet de la société dont elle émane -- les aspects sociétaux, politiques, historiques et culturels, nécessaires à la fabrique de l'établissement humain. Mais pas seulement. L'insertion d'une architecture, c'est-à-dire l'apparition dans le domaine public de l'expression d'une volonté singulière, possède la féroce capacité à mobiliser le goût et donc le dégoût, voire le mauvais goût, et à engager les réactions les plus idéologiques et impressionnistes. En ce sens, elle condense les contradictions et les errements de notre société qui, à peine sortie du Modernisme, juste douchée de Postmodernisme, fait face à une situation historique sans précédent, née de la prise de conscience de la crise de l'environnement.

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Ainsi il revient au bâtiment à construire en un lieu à prendre les données issues du lieu. On n'évoque jamais la réciproque : pourquoi ignore-t-on la capacité d'un lieu à faire siennes des données émergeant du temps présent ? Autrement dit pourquoi n'évoque-t-on pas la capacité des expressions du passé à accepter le venue d'événements du présent, siège même de l'avenir ? Sans doute parce qu'aujourd'hui opérer un changement provoque une peur directement liée à ce que l'avenir n'est pas proposé comme radieux, mais comme difficile...
Notre monde n'est plus moderne, ni post-moderne. Nous sommes entrés dans une ère nouvelle que nous ne savons pas encore nommer, nous sommes face à la crise de notre planète.

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Longtemps, on pensa que le monde des hommes était pris dans une expansion infinie. Progrès infini de la science et des techniques, théorie de l'expansion, développement économique, certitude d'une exploitation sans fin des ressources naturelles, etc. toute l'idéologie menait à cet enthousiasme ; délire, diagnostiquera-t-on. L'histoire récente a délivré une autre vérité. Nous savons --depuis Hiroshima -- que nous vivons dans un monde fini. Le monde terrestre se déploie à l'intérieur d'une totalité, et nous donc. Nous ne sommes pas en expansion, même si notre nombre augmente, même si l'inflation de l'économie existe ; nous sommes en insertion, à l'intérieur d'un monde connu, au coeur d'une histoire dont le dessein se donne.

Chaque venue au monde n'élargit pas le monde, mais lui confère plus de densité, et -- nous le savons -- plus de gravité. C'est un peu plus d'humanité chaque fois ajoutée à la sphère de notre existence. Ainsi l'insertion d'une architecture ne se pose plus principalement vis-à-vis du lieu mais vis-à-vis de l'environnement. Non plus seulement dans les lieux mais sur la terre. Nous sommes face à une oeuvre difficile : agir pour sauvegarder la possibilité d'un établissement humain sur terre, tout en gardant un devoir de mémoire. Il nous faut désormais insérer demain dans aujourd'hui, insérer l'avenir, inscrire l'avenir au programme des lieux.

Note : Cette conférence sera présentée en intégralité à Brest dans le cadre du colloque international « Architecture. Contextes et identités. Les défis du nouveau siècle » (16-18 octobre 2003). Un livre «L'avenir des lieux» sera publié aux éditions SUJET/OBJET, fin 2003.

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