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L'architecture par la racine ou le lycée Elisa Lemonnier par Léonard & Weissmann

© Cyberarchi 2019

Un programme exigeant la création de surfaces supplémentaires, un site rendant impossible toute extension majeure. Dilemme. La surprenante problématique est posée en 2004, alors que le projet de restructuration du lycée Elisa Lemonnier dans le XIIe arrondissement de Paris est lancé. Jean Léonard et Martine Weissmann ont, depuis, trouvé la solution. Visite.

 
 
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Accueilli par le brouhaha des 1.200 élèves affamés, le visiteur découvre l'univers chaleureux du nouveau hall du lycée Elisa Lemonnier. Il est midi pétante, les jeunes estomacs se bousculent, c'est le rush vers la cantine. L'animation joyeuse est relayée par la gaîté ambiante d'un parti architectural coloré : l'adéquation est parfaite.

La visite est méthodique : direction l'extérieur. Preuves à l'appui, photos anciennes et photomontages à la main, Jean Léonard et Martine Weissmann présentent l'étendue des transformations apportées à un bâtiment hérité des années 70. La structure, construite sur les anciens jardins du Palais de la Porte Dorée, accueillait, depuis sa construction, un lycée général ainsi qu'un lycée professionnel, en totale rupture avec son environnement. Martine Weissmann n'hésite pas à évoquer un bâti "introverti" et "autiste".

Au moment du concours en 2003-2004, alors que les trois autres propositions s'évertuaient à déstructurer la façade, sinon à la végétaliser au point de la faire disparaître, la stratégie de l'agence Léonard & Weissmann est alors de révéler l'existant et de souligner ses véritables potentialités.

"Il y avait des qualités, notamment la rationalité du bâtiment, que nous souhaitions souligner et l'ambiance du lycée à conserver. Il y avait un véritable investissement des étudiants !", rapporte Jean Léonard, pour qui le bâtiment présentait un incontestable réservoir de ressources pour une restructuration réussie. Sans dessein de figer ces caractéristiques, le projet ancre les deux architectes dans un rôle de création, en consentant à l'évolution d'une structure. "Nous nous sommes racontés notre histoire", précise Martine Weissmann. Une histoire qu'elle intitule : "Colors in, black & white out". Le jury est convaincu.

"Out", dehors, noire et blanche, la façade s'est vue modifiée. N'étant plus "surgissante", en conflit avec le contexte, elle entretient dorénavant, sombre et réfléchissante, un dialogue avec l'abondante végétation alentour. Sur le verre aux teintes obscures, se détache le rythme des colonnes dont la blancheur est éclatante. A cette régularité s'oppose l'aléatoire de panneaux métalliques qui, suspendus, animent la façade par des reflets inattendus les jours de soleil. Mais l'élégance donnée à l'ensemble revient surtout aux proportions retravaillées de la colonnade. Jean Léonard et Martine Weissmann entrent alors dans le vif du programme exigé.

Un besoin : créer 2.800m² supplémentaires. Un problème : des carrières en sous-sol. Jean Léonard résume : "comment agrandir un bâtiment existant qui ne semble accepter aucune greffe ?". La solution : en exploitant le vide, pardi ! Le rez-de-chaussée, jusqu'alors clos et inexploité, est repensé ; le sol, creusé. L'édifice gagne ainsi un étage... par le bas. Cette stratégie a orienté la nouvelle organisation du lycée qui se présente désormais comme un cheminement coloré et poétique.


"In", à l'intérieur, rouge, jaune, orange, le hall se présente comme le haut lieu du lycée. Un espace de rencontres polychrome et chaleureux sur deux niveaux. L'un des murs attire l'attention, plus particulièrement l'immense toile qu'il supporte. Signée Olivier Debré, l'oeuvre doit sa sauvegarde à la Semaest et aux architectes. Héritée du '1% artistique', cette imposante composition a été restaurée "et ce n'était pas gagné d'avance !".

La visite s'engage alors dans la logique du projet. Sans révéler leurs intentions, Jean Léonard et Martine Weissmann exposent un premier patio "automne". L'édifice, dans sa structure originale, était composé de cinq cours qui, repensées et fusionnées, en ont donné trois plus vastes et aérées. Véritable jardin imaginé par le paysagiste Philippe Hilaire, qui a opéré sur l'ensemble du lycée, le patio "automne" s'annonce comme une première respiration.

Puis intervient l'étonnante promesse de Jean Léonard : "Patio 'hiver', il neige déjà !". Personne ne pouvait le croire mais, à l'étage, la découverte d'une terrasse couverte de quartz blanc offre la véritable sensation qu'une froide tempête, le temps de rejoindre le niveau supérieur, s'était abattue sur l'édifice. L'architecte révèle alors le sens secret de ces allusions saisonnières : "C'est un clin d'oeil à la vie cyclique scolaire, un cheminement qui conduit vers la cour, la liberté".

Effectivement, en plan, à l'automne succèdent l'hiver, puis le printemps et enfin l'été, matérialisé par l'important espace récréatif derrière le bâtiment. Cette poésie souligne l'évidence d'un parcours hérité de l'observation du comportement des élèves. C'est à partir de celui-ci que toutes les distributions intérieures ont été réorganisées.

"... Quand on se rappelle combien cet endroit était glauque", lâche Martine Weissmann, d'aucun comprend l'important effort apporté à la création d'une atmosphère lumineuse et gaie. Pour ce faire, le blanc fut privilégié et son usage unanimement accepté. Il en a été autrement des couleurs. L'introduction d'une polychromie, y compris par touches discrètes, s'est avérée compliquée, pour ne pas dire conflictuelle. Martine Weissmann évoque, désabusée, des débuts difficiles où le projet se trouvait confronté aux interdits arbitraires de l'administration. Ce n'est que par le dialogue et l'essai que des "tapis de couleur", matérialisant l'entrée des salles de classes ainsi que, de temps à autres, des murs teintés, ont été acceptés.

Cette difficulté n'a sans doute rien été comparée à la complexité du chantier. Pour assurer la continuité du fonctionnement de l'établissement, un phasage a été mis en place mais "il y a un moment donné où tu ne parles plus de phases", confie Martine Weissmann. "Cela a été dur pour le chantier mais dur pour les élèves aussi. Cela dit, les gosses ont adhéré au projet. Ils ont été amusés de voir la métamorphose colorée de leur lycée", dit-elle.

Partis d'une structure de prime abord ingrate, Jean Léonard et Martine Weissmann illustrent ainsi l'art et la manière de recycler l'architecture. Ce lycée "est très drôle, très original, une fois retravaillé". Midi est passé, les estomacs sont désormais pleins... Et le visiteur comblé.

Jean-Philippe Hugron

Consulter également notre album-photos 'Esthétique sans prothétique, les quatre saisons de Léonard & Weissmann'.

Fiche technique

Architectes : Léonard&Weissmann
Chefs de projet : Annie Beriat, Anne-Isabelle Morieux, Mathieu Farman.
Maître d'ouvrage : Région Ile de France.
Maître d'ouvrage délégué : Semaest
Programme : Lycée, restructuration d'ensemble et extension de 2.098m².
Lieu : rue Armand Rousseau - 75012 Paris.
Date du concours : 2004.
Date de réalisation : 2009.
Surface : Shob existante 19.870m² / démolie 1.351m² / créée 2.098m² soit un total de 20.617m²
Coût : 20.323.000€ HT soit 1.300€ du m² Shon.
Consultants : Bet Fluide BETHAC ; Economiste Tohier ; Philippe Hilaire Paysagiste ; BET Structure IBAT ; Cuisiniste Cabinet Mathieu

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