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« L'architecte doit s'impliquer avant et après le chantier », Bruno Rollet

© Cyberarchi 2019

Si les normes et les labels ne lui dictent pas sa façon de travailler, l'architecte Bruno Rollet, rencontré sur le salon Batilux 2011, croit à un logement à la fois performant et confortable pour ses occupants. Lauréate du concours Bas Carbone EDF 2010, son agence conçoit les bâtiments comme des "extraits de nature". Son projet "Le Candide" dans le quartier Balzac à Vitry-sur-Seine, comme la nature, se transformera avec le temps.

 
 
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Vous avez récemment remporté le concours Bas Carbone EDF dans la catégorie Bâtiment neuf. Quelle était votre projet présenté ? Et quelle est votre vision d'un bâtiment écologique ?

Le projet que nous avons présenté est un ensemble de 29 logements, "Le Candide", dans le quartier Balzac à Vitry-sur-Seine. C'est un quartier dur, où une fille a été brûlée dans une cave... Ce concours d'architecture a été lancé en décembre 2009 et nous avons été désignés lauréats en septembre 2010. Le thème de cette édition était le logement social, avec des projets réels ou imaginaires et des concours perdus. Il fallait réfléchir à des solutions pour relâcher moins de CO2 dans l'atmosphère. La réflexion sur le logement social que nous avons à l'agence s'accompagne aussi d'une réflexion sur la basse consommation et le rejet de CO2. Au stade actuel de cette réflexion nous en sommes à concevoir les bâtiments comme des "extraits de nature". Ici, sur le projet du quartier Balzac, c'est une nature composée de briques, de bois et de végétation.

Au delà des matériaux, et du concept de nature dans le bâtiment, quelles solutions avez-vous retenues pour parvenir à des logements économes en énergie et peu émetteurs de CO2 ?

Les logements sont bien orientés et bénéficient tous d'une double ou d'une triple exposition, d'un balcon et d'une terrasse plantée. Les séjours sont situés en angle et sont parfois prolongés par des loggias. Le jardin est planté autour de l'immeuble. Il y a de l'espace entre les bâtiments, et un atelier partagé permet aux habitants de se rencontrer, aux plus vieux de transmettre leur savoir aux plus jeunes par exemple. Le développement durable a en effet cette dimension sociale. Il y a également un jardin en toiture avec une partie potager. Cet immeuble est dessiné pour le quartier Balzac : comme la nature, avec le temps, il se transformera. Nous avons opté pour différentes solutions propres : une pompe à chaleur branchée sur la nappe phréatique, un récupérateur d'eaux de pluies pour se chauffer et une ventilation naturelle assistée : la différence de masse volumique entre l'air qui sort et l'air extérieur produit une charge électrique par une tourelle équipée d'une turbine...

Dans ce genre de projets, les normes sont-elles pour vous un handicap important ? Comment réussissez-vous à les appliquer, les respecter, voire les détourner ?

Les normes doivent selon moi être interprétées. Il ne faut pas oublier que dans ces logements ce sont des familles que l'on fait habiter. Comment peut-on parler de logement social, et le dessiner, lorsque l'on sait qu'il y a en France 3,5 millions de personnes mal logées, et quatre milliards dans le monde entier ! Nous essayons de réaliser des opérations à tailles justes. Nous n'avons par exemple pas encore réalisé de grandes tours. Nous faisons aussi de la pédagogie avec les habitants, en leur expliquant par exemple que l'eau qu'on récupère d'une douche a un coût. Nous essayons de leur faire prendre conscience de certaines choses, comme la qualité de l'air.

Selon vous, quel rôle l'architecte peut-il jouer dans l'élaboration des normes ? Doit-il se positionner en amont au lieu de simplement les subir et les appliquer sur ses projets ?

L'architecte a un rôle d'implication à jouer. Il doit s'intéresser aussi à ce qui se passe avant et après le chantier pour élargir le cadre de la commande. Il peut s'impliquer notamment en étant fort avec le maître d'ouvrage. En ce qui me concerne, les normes ne me dictent pas ma façon de travailler. Nous entretenons des discussions, notamment avec les bureaux d'études qui interviennent. Au sein même de l'agence, il y a un partage, un échange qui se fait : les plus expérimentés aident les autres à s'y retrouver dans le méandre des réglementations. L'avis des autres importe, quel que soit leur niveau d'expérience, de même que celui des utilisateurs. Le sens des projets m'importe.

Dans le rapport avec le commanditaire, il a été évoqué pendant les débats d'architectes sur le salon Batilux l'éventualité d'une labellisation du maître d'ouvrage. Qu'en pensez-vous ?

Une labellisation du maître d'ouvrage, pourquoi pas... Il est vrai que certains sont mauvais, il faut le reconnaître. Les labels comme le BBC (Bâtiment basse consommation) imposent par exemple une performance énergétique de 50 kW/h/m2/an. Mais on ne part du résultat, on y arrive. Faire par exemple de plus petites fenêtre pour atteindre les objectifs, cela me semble impensable. De par mon expérience, mes positions, je peux convaincre. Il doit y avoir un réel dialogue. On ne me convaincra pas de faire des "logements thermos". Le métier d'architecte implique de vraies prises de positions, au niveau politique et au niveau social.

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Propos recueillis par Laurent Perrin

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