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L'archipel du haut plateau (Agence Castro-Denissof)

© Cyberarchi 2019

C'est une vision poétique autant que technique qui a permis à l'agence Castro-Denissof d'emporter le concours d'urbanisme du Plateau des Capucins, un site de 300 hectares à quelques encablures du centre-ville d'Angers. Une réponse sous forme d'archipel à un défi exemplaire.

 
 
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«On peut parler de nouveau défi ; c'est une grande responsabilité et un grand risque». Gilles Mercier, chef du projet du Plateau des Capucins à Angers au sein de l'agence Castro-Denissof, mesure parfaitement la portée historique du projet de développement de ce vaste plateau de 300 hectares qui surplombe la Maine à l'est de la ville.

L'ambition est clairement exprimée. «Nous souhaitons que ce projet ait valeur d'exemple et nous nous positionnons dans le contexte suivant : comment faire vivre les gens dans un nouveau quartier avec une philosophie de développement durable dans le cadre de vie d'une ville de demain ?», explique Daniel Roussel. Le parti pris de refuser le lotissement - «ce serait pourtant plus facile car en deux ans, ce serait fini», dit-il - a été la base du concours d'urbanisme. Et c'est en partie parce que l'agence Castro-Denissof s'est emparée de cette «complexité possible» (Sophie Denissof), qu'elle a remporté ce concours en mai 2003.

Cette complexité est en réalité de deux ordres : technique disons, et sensorielle. En effet, comment faire «autre chose» tout en répondant au désir des gens de pavillon, de bout de jardin et de piste cyclable ? Comment éviter de calquer simplement une logique urbaine dans un endroit vierge ? Comment construire de la «vraie ville» sans tomber dans le piège de la ville nouvelle ? Comment relier une cité-ghetto, un collège et un CHU d'importance qui bordent le plateau tout en maintenant une cohérence d'échelle ? Autant de questions auxquelles Gilles Mercier a tenté de répondre.

Mais une complexité sensorielle également. «Ce plateau qui ondule légèrement nous a donné le sentiment qu'il y avait de grands éléments de ciel : comment créer une compacité et une densité qui offrent le sentiment d'être de quelque part tout en créant une présence de jardins avec des horizons ouverts ?», s'interrogeait pour sa part Sophie Denissof, convaincue qu'une ville est d'abord un «univers sensoriel». «Ce sont des nuances de lumière, de couleur, de matière qui forment l'identité», dit-elle.

De ces complexités est née la notion d'archipel composé «d'îles très franchement délimitées en s'appuyant sur ce sol qui se plie légèrement», explique Sophie Denissof. Des intuitions abstraites qui sont devenues des concepts qui ont finalement permis de garder des traces de ce plateau - les prés dans leurs dimensions, le tracé des chemins bocageux - d'imaginer des îles de petites emprises (1,5ha) avec des accès aux grands espaces «tressés» entre elles (lanières de jardins publics, familiaux ou de cultures maraîchères), de créer «une intimité de la solution proposée avec la réalité physique du lieu». Ou quand «l'esprit du projet prend le pas sur l'esthétique».

«Une ville n'est pas une collection de beaux objets ; le défaut des architectures récentes est qu'elles sont hors esprit des lieux», explique Sophie Denissof. «C'est l'archipel qui fait la cohérence, qui permet une respiration à l'échelle des petites places comme celles que l'on a trouvé dans La Doutre, qui offre un élément d'identité de la ville dans ses matières, dans ses échelles». Du coup ces îles seront autant de scénarii possibles qui devront ressembler à la ville qui existe, chacune pourtant avec son contexte particulier, sans jamais la même configuration, la même hauteur, la même densité. «Nous espérons créer une grande diversité des manières d'habiter, qu'à chaque fois ce soit un nouveau récit», explique Sophie Denissof. Créer en vingt ans une évolution, au sens darwinien du terme, qui prend habituellement deux siècles. «Une mutation douce», propose Gilles Mercier.

Les points d'ancrage du plateau ont été déterminés. Un «Château», vitrine technologique, en surplomb du collège Jean Moulin, déjà installé dans la pente, sera le pendant du château en amont ; les transports seront organisées autour d'une ligne de tramway, d'un 'ring' (boulevard circulaire) destiné à délimiter sans séparer et d'accès au contournement nord de la ville prévu ; enfin la Place des Capucins, centre de gravité de l'ensemble est un peu excentrée vers l'ouest, vers la cité Verneau de triste réputation, ostracisée dès sa création hors de la ville, pour l'intégrer comme partie pleine et entière du projet.

Le projet n'en est qu'à ses premiers balbutiements mais d'ores et déjà le concept d'archipel et la démarche qui l'accompagne sont la preuve d'une inspiration à la hauteur du projet. «Nous avions visité Angers, la Doutre, un quartier ancien, et le Lac de Maine, un quartier récent. Nous avions été touchés par le sentiment fort d'être dans une ville», se souvient Sophie Denissof. Son voeu est justement que les futurs habitants des 4.000 logements prévus partagent aussi ce sentiment, «être dans un endroit neuf comme s'il avait toujours été là».

Photos courtoisie de Castro-Denissof

L'archipel du haut plateau (Agence Castro-Denissof)
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