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L'appétit du Groupe Banque Populaire ouvert à la création contemporaine

© Cyberarchi 2019

Pour la conception des salles à manger privées de la banque fédérale des banques populaires, Elizabeth de Portzamparc s'est attachée à démontrer que la création contemporaine, surtout quand elle est "élégante et chaleureuse", n'est rien d'autre qu'une profession de foi en l'avenir. Le Groupe Banque Populaire, de prime abord déconcerté, en accepte finalement l'augure.

 
 
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"Bonté, chaleur humaine, intégrité, harmonie, honneur : on a peur aujourd'hui de ces mots dévalorisés". Elizabeth de Portzamparc appuie ses créations contemporaines sur des valeurs classiques et, forte de sa conviction que si l'agressivité peut être suscitée par un aménagement, la convivialité peut l'être également, elle affirme que l'art contemporain peut véhiculer le beau. Lauréate d'un concours d'idées lancé en 2004, elle a mis en oeuvre (encore qu'en l'occurrence ce mot ne convienne guère) ses idées dans le cadre du réaménagement de l'espace des salles à manger de la Présidence du Groupe et de la direction générale de la Banque Populaire, installée dans l'immeuble Le Ponant dans le XVème arrondissement à Paris.

De fait, après avoir pris de la rue l'escalator vers le hall 'mussolinien' de la banque, l'arrivée au cinquième étage dans les salles à manger est une surprise. Le maître d'ouvrage souhaitait y offrir à ses visiteurs et clients des "espaces de réception de qualité", et faire de ce nouvel aménagement "un outil de communication, porteur de l'image du Groupe".

Quelle est l'image d'une banque ? Pas l'agence de province, le siège d'un groupe international... Voyons ! Les dorures, l'opulence, les profonds fauteuils en cuir, le cynisme de financiers incarnés par un Sherman McCoy (Le Bûcher des Vanités) que l'humanisme n'étouffe guère, le kitch et l'ornement surchargé dont le but n'est pas d'être beau mais d'inspirer la confiance, le secret, l'ivresse du pouvoir, les clubs exclusifs, une bonne dose de machisme, une autre d'arrogance, etc. Clichés obsolètes sans doute... si l'on en juge par les nouvelles salles à manger de la Banque populaire qui offre ainsi l'image d'un havre de douceur dans un monde de brutes.

Elizabeth de Portzamparc, brésilienne de naissance, sans réfuter 'douceur', préfère les notions de subtilité, d'élégance, de calme. "Je suis marquée par les espaces baroques brésiliens des XVII et XVIIIe siècles ; ceux des institutions publiques et religieuses étaient chargés quand les intérieurs des demeures étaient extrêmement calmes, avec des murs blancs et des planchers en bois exotiques, un peu sombre et chaleureux. J'ai du être sensible au calme de ces espaces, au dialogue intéressant entre art et espace", dit-elle.

Dans la lignée de son travail à l'ambassade de France de Berlin, Elizabeth de Portzamparc a donc rendu l'espace modulable, ouvert ou fermé à loisirs, avec un jeu de parois acoustiques mobiles lisses, peintes en blanc, sans aucun joint, actionnées électriquement, coulissant sur des rails invisibles au plafond. Rien ne différencie ces parois d'une vraie cloison en plâtre peint. "La faible hauteur sous plafond de cet étage a conduit à concevoir quatre espaces différenciés et susceptibles de s'assembler plutôt qu'un seul espace divisible qui aurait accentué la sensation d'écrasement", dit-elle. Le hall d'entrée, éclairé naturellement, conduit vers un grand espace central, le salon d'environ 140 m² qui distribue les quatre salles à manger.

Le mobilier contemporain, dans des tons gris et bleus, le jeu des teintes avec la lumière, un grand tapis de laine bleu dégradé tufté main, des tables en bois, des circulations non contraintes contribuent à une convivialité choisie et non imposée. "Il était important de prouver que le mobilier contemporain peut être beau et élégant, qu'il peut être osé, dynamique et confortable ; c'est l'équilibre délicat que j'essaye d'atteindre", dit-elle. L'opulence se traduit sans ostentation dans le choix des matériaux, dans la résille en or mat qui masque le dispositif acoustique dans les faux-plafond par exemple. Parquet en chêne massif à larges lattes (salles à manger), pierre de Villebois (terrasse / sol + allèges), marbre blanc "Sivex" et marbre "ciel d'azur d'Argentine" (sanitaires), enduit décoratif Armorcoat (ponctuellement dans les salles à manger), cuir blanc en laies de 2,10 m de haut (salle à manger privée du président), etc. Le luxe sécurisant est bien là mais sans référence aux "valeurs régressives" des siècles passés. Elizabeth de Portzamparc considère que la création contemporaine, même dans ce cadre, possède en soi une dimension sociale en ce sens qu'elle exprime "un refus de l'inquiétude de l'avenir".

De fait, dans ce contexte a priori empesé, Elizabeth de Portzamparc n'a pas hésité à pousser le bouchon de la sensualité. Une petite salle à manger pour le président a été ajoutée aux quatre salles prévues initialement. Traitée comme un écrin secret et magique, elle est toute blanche et d'aucun serait bien en peine d'y trouver un quelconque attribut du pouvoir. Idem avec les mosaïques "sensuelles" des toilettes. "On peut associer hygiène et bien-être", sourit-elle.

Le maître d'ouvrage fut "un peu étonné" et ses premiers invités "déconcertés". "Ils ont posé beaucoup de questions", se souvient-elle. Le mur courbe incliné de la grande salle fut beaucoup commenté. Elle a expliqué qu'il servait à dilater l'espace. "Ils étaient contents de comprendre", dit-elle. Elle n'a eu depuis que de bons échos. "La création tournée vers l'avenir peut être chaleureuse", dit-elle encore. L'image de la banque et des banquiers en est, d'un coup, dépoussiérée.

Christophe Leray

L'appétit du Groupe Banque Populaire ouvert à la création contemporaine
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