• Accueil
  •  > 
  • Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Rejoignez Cyberarchi : 

Jean Nouvel est le Pritzker 2008

© Cyberarchi 2019

L'architecte français Jean Nouvel, 62 ans, a été désigné fin mars lauréat de l'édition 2008 du prix Pritzker, la plus prestigieuse récompense mondiale dédiée à l'architecture, pour l'ensemble de son oeuvre. Celui que des critiques ont défini comme "un architecte conceptuel qui travaille plus avec les mots qu'avec les dessins" offre à ses pairs une image contrastée.

 
 
A+
 
a-
 

L'oeuvre de cet architecte est marquée par "la poursuite courageuse de nouvelles idées et sa remise en cause des normes acceptées, afin de repousser les limites de son champ d'activité", a expliqué Thomas Pritzker, président de la fondation Hyatt qui décerne le prix du même nom depuis 1979. Le jury de sept membres, parmi lesquels des architectes de renommée internationale, des historiens et des universitaires, a de plus noté "la cohérence, l'imagination et surtout un besoin insatiable d'expérimentations créatives" de l'oeuvre de Jean Nouvel.

Jean Nouvel, entré aux Beaux-Arts à 20 ans, fut assistant de Claude Parent et de Paul Virilio (1967-1970) et a ouvert sa première agence, avec François Seigneur en 1972, avant même d'être diplômé. Il sera associé à divers architectes de 1984 à 1994, année de l'ouverture de son agence actuelle Ateliers Jean Nouvel. Parmi plus de 200 ouvrages, le jury a mis en exergue notamment L'Institut du Monde Arabe (1981-87), le Guthrie Theater de Minneapolis, Minnesota (1999-2006), la Tour de Verre, New York (2007- en cours), la Fondation Cartier pour l'art contemporain (1991-94), le Musée du Quai Branly (1999-2006), la Tour Agbar (1999-2005) et le Centre culturel et de conférence de Lucerne (1993-2000)

Les architectes eux-mêmes ne font pas preuve d'une telle unanimité et ce Pritzker est l'occasion pour les pros et antis Nouvel de se tacler sévèrement. Les pros estiment que ce prix est "mérité". "Il a offert à l'architecture le droit de re-exister à une époque où l'architecte n'avait plus de statut réel", dit l'un. "Il a ouvert le débat", dit un autre. "Il a donné à l'architecte le droit d'être mégalomane", assure un troisième. "Jean Nouvel est une Formule 1. En faisant des recherches pointues, il permet à tous les architectes de progresser", confie un autre.

Les antis retiennent plutôt de ces études les moteurs cassés et les sorties de piste - des locataires de Nemausus dubitatifs, l'intérieur presque sinistre du Palais de justice de Nantes, les factures "astronomiques" des logements de la Cité-manifeste de Mulhouse, les dysfonctionnement de l'Opéra de Lyon - et les budgets qui explosent - on se souvient notamment que le Musée Carnegie de Pittsburgh avait annoncé, sans élégance, en mai 2003 que le contrat qui le liait à Jean Nouvel était révoqué "à cause d'une dramatique différence entre le budget prévu et les coûts estimés".

Le jury du Pritzker évoque d'ailleurs à demi-mot ces arguments. "Depuis 30 ans, Jean Nouvel a poussé le discours et la pratique de l'architecture vers de nouvelles limites. Son esprit agile et curieux l'a conduit à prendre des risques dans chacun de ses projets qui, quels qu'en soient les différents degrés de réussite, ont permis d'élargir le vocabulaire de l'architecture contemporaine". C'est donc autant une démarche qu'une oeuvre qui a été récompensée.

De fait, Jean Nouvel explique en substance "qu'il ne veut pas trop dessiner pour ne pas figer le projet". Au risque de l'impasse. Lors du concours de la Philharmonie de Paris par exemple, dont il est lauréat en avril 2007, il a expliqué que son projet n'en était encore qu'au "stade conceptuel". "Nous avons défini les grandes options. Mais beaucoup de points restent à fixer, comme la structure, en béton ou en acier. On peut dire que la salle sera en bois clair, avec une lumière enveloppante qui viendra de l'arrière et un fond de salle blanc appelé à recevoir des jeux de couleur ou des projections vidéo". Un peu court pour les huit architectes du jury, dont aucun n'a voté pour lui mais qui furent unanimes à souligner que son projet ne rentrerait pas dans le budget prévu. "Nouvel croit qu'il est encore à Abu-Dhabi", ironise un architecte parisien.

Son activisme médiatique a également conduit d'aucun à estimer que son succès doit autant à son entregent auprès des princes - de Mitterrand à Sarkozy - qu'à sa créativité. Du coup, ils sont quelques-uns à se féliciter qu'un architecte français soit récompensé - Jean Nouvel n'est que le second lauréat du Pritzker depuis Christian de Portzamparc en 1994 - tout en estimant que ce prix arrive trop tard, son "attitude des dernières années" ayant visiblement terni l'admiration qui lui était portée.

Nouvel, relève le communiqué de presse du Pritzker, a souvent comparé son rôle d'architecte à celui d'un metteur en scène. "Tout est théâtral. J'ai longtemps travaillé comme scénographe, même pour des logements sociaux. La scénographie est la relation entre les objets et la matière que l'on veut montrer à quelqu'un qui regarde. L'usage du mot scénographe ne me gêne pas aussi longtemps qu'il est bien utilisé", expliquait-il en 2002.

Le mérite de Jean Nouvel ne fait au fond pas débat et, de fait, le Pritzker est la seule médaille qui manquait à son palmarès. Mais l'une de ses grandes réussites est sans doute au final d'être parvenu à être en même temps scénographe autant qu'acteur, sur autant que devant la scène, côté cour et côté jardin, et que, quel que soit l'angle duquel le spectateur regarde, nul ne reste indifférent.

Christophe Leray

Consulter également notre album-photo 'Jean Nouvel a brisé le plafond de la tour de verre'.

Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Jean Nouvel est le Pritzker 2008
Mot clefs
Catégories
Article précédent  
Article suivant  
< Une  
CYBER