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Jean-Michel Landecy, archi gémeaux, ascendant photo

© Cyberarchi 2019

Maîtriser le temps court de la photographie et le temps long de l'architecture. C'est dans cet univers paradoxal que le talent de Jean-Michel Landecy, photographe et architecte, a trouvé à s'employer. Homme gourmand et rigoureux, il offre aux architectes l'occasion de nouvelles rencontres avec leurs propres oeuvres.

 
 
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«On devient aveugle avec trop d'images». Venant d'un photographe, la remarque doit être prise au sérieux. La privation de sens, à l'entendre, est pourtant banale. Aussi, pour Jean-Michel Landecy, la rencontre avec l'architecture est placée sous le signe de la sensualité, inaltérée par le temps. Les mots 'plaisir', 'ressentir', 'sentir', 'perception' reviennent constamment dans sa bouche. Surtout 'plaisir'. «Rencontrer un bâtiment est comme faire le portrait de quelqu'un, quand on rencontre une personne pour la seconde fois, on ne ressent pas la même chose», dit-il. Le plaisir n'en est pas moindre. Quand il n'y a pas eu de plaisir lors de cette première rencontre, quand il «sent que la démarche est fausse, qu'il n'y a pas de cohérence entre la demande et le projet», il n'y a pas de second rendez-vous. De fait, à force de se faire plaisir, ce que lui autorise la liberté qu'il s'est depuis longtemps accordée, il en est devenu exigeant, très exigeant, quelle que soit la facette de son art : couleur et négatif, photographe et architecte.

Reprenons. A 17 ans, il rejoint une mission à Ispahan, en Iran où l'Unesco à mis en oeuvre la rénovation de la ville. Armé d'un vieux kodak à soufflet 16/9, il se découvre une vocation, «un plaisir perso». Il étudie donc la photo et, pendant ces études «artistiques», il découvre l'architecture. Ce sera l'école de Marseille Luminy puis Paris-Belleville, tout en poursuivant et développant ses projets d'auteur photographe en vue d'exposer. En 1994, diplômé, il gagne un concours à Genève pour la construction d'une fondation privée de médecine et la conception de son nouvel auditorium et d'un jardin contemporain. «Un projet intéressant car ayant plus à voir avec la définition du lieu que de l'objet».

Effectivement. Pour le photographe, toute image est un choix de cadrage, toujours orienté, jamais neutre. Il n'était pas question de toucher à un édifice déjà en place sinon pour le rénover «au détail près». Le jardin contemporain sera donc construit en creux, en «négatif». Son agence s'appelle Domino. Jardin minéral, béton brut, avec des cerisiers et des bandes étroites de verdure. Une création issue d'expériences assumées, sans allégeance et sans fantasme, de l'Asie. Le jour de l'inauguration, il a neigé pendant la nuit. Un jardinier a balayé les dalles minérales et les maîtres d'ouvrage découvrent l'ouvrage en... noir et blanc.

Photographe donc, et non «reprographe». Une nuance de taille. Généreux et passionné, il doit se montrer pédagogue, souvent, résister à la «tentation de l'icône» propre à ses interlocuteurs qui ne voient souvent leur bâtiment fini que comme «une maquette idéale».De nouveau entre deux mondes, celui des architectes et celui de l'édition, entre deux visions, la sienne et celle de l'architecte qui le contracte. Il trouve choquant que l'on exige «qu'il se dépêche de prendre les photos avant l'arrivée des usagers» ou qu'on lui demande de revenir quand le ciel sera bleu, «comme si la pluie n'existait pas». Il est heureux quand cet architecte bâlois lui demande de ne surtout pas toucher aux poussettes et aux vélos qui «font partie du projet» ou quand cet autre comprend enfin que son bâtiment, noyé dans la brume en région parisienne, peut aussi exister dans cette lumière ou que celui-là, anxieux, l'exhorte (ce n'est pas nécessaire) à ne pas faire un reportage de 30 photos puisque son souhait est de «ressentir ses idées dans les photos».

Les architectes lui envoient des images. Quand il découvre le bâtiment, sans son matériel la première fois, il est toujours «surpris». La photographie, tel qu'il conçoit son métier, «est une expérience nouvelle, une relecture complète du projet». Il découvre alors les «petits accidents», ces évènements non prévus que le bâtiment est capable de «supporter», ou non. C'est là que naît l'émotion. Il travaille seul, entre chien et loup avec le mélange des lumières naturelle et artificielle, quand un bâtiment change rapidement. Concentré à l'extrême et disponible, «presque en transe», il ne finit jamais un reportage car il sait, d'expérience, «qu'il se passe toujours quelque chose», que la dernière image, inattendue, peut devenir l'image fondamentale du projet.

Parfois, une «espèce d'opacité» fait que le bâtiment «refuse de parler». Parfois les architectes sont déçus. Son travail est daté, précisément, puisqu'une nouvelle rencontre est forcément une nouvelle lecture. Son travail n'est pas intemporel. Il dit : j'étais là tel jour, à telle heure. Désarroi de ses clients. Il aime photographier des paysages, à condition qu'ils aient été construits par l'homme, car alors la notion du temps, celui qu'il fait et celui qui passe, accentue ce pouvoir émotionnel de la relation avec le lieu ; un seul point de vue mais une représentation dans le temps. Sucre rapide, sucre lent.

Il continue à construire cependant, «pour le plaisir» ce qui lui permet de choisir. Travail autour de la lumière et de l'obscurité dans une maison, déconstruction d'un lieu, dans le cadre d'une rénovation, pour l'inclure au jardin.

Resté en Suisse à l'issue du premier concours gagné, il est devenu enseignant à l'Ecole polytechnique de Lausanne. Il lui fut demandé d'insérer dans l'architecture la photographie dans l'enseignement comme un médium, une interface. Il enseigne aussi désormais à la nouvelle faculté d'architecture d'Alghero, en Sardaigne. A ce titre, le voilà désormais commissaire et invité à trouver une méthodologie pour une exposition sur l'identité du territoire sarde. C'est à lui désormais de coordonner 14 photographes italiens. «La boucle est bouclée», dit-il.

Pas sûr même s'il dit encore devoir «choisir, ordonner les choses», conscient que le temps va finir par manquer pour «tout faire». Un comble puisque tant le photographe que l'architecte doit donner du temps au temps. Un choix reporté sans cesse donc. Il y a huit ans, il était allé, dans le cadre d'une exposition du Pavillon de l'Arsenal, à Chandigar, la capitale du Punjab, ville nouvelle créée dans les années 50 et dessinée par Le Corbusier. L'idéal de la modernité, imposé en l'occurrence, confronté à la culture indienne l'avait ému. Il avait promis de revenir et portait comme une dette cette promesse non tenue. L'occasion s'est présentée. «On part en février», dit-il.

Depuis deux ans, toutes ces études, ce besoin de revoir les villes et les bâtiments dans le temps, sont classés et archivés au sein de l'Observatoire du territoire ; un outil de travail et de réflexion destiné à tous les acteurs du territoire. Une façon élégante d'envisager que des rencontres ponctuelles deviennent pérennes et multiples, ce qui ne gâche pas le plaisir.

Christophe Leray

Pour découvrir l'album photo de Jean-Michel Landecy, cliquez ici.

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