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"Je ne suis pas tombée dans l'architecture quand j'étais petite, l'architecture m'est tombée dessus quand j'étais grande"

"Pour venir consulter nos rayons, rien de plus facile : vous venez à Marseille, à la Cité Radieuse, unité d'habitation de Le Corbusier dite la "maison du fada", vous prenez l'ascenseur pour la 3ème rue et vous vous dirigez vers Le jardin d'hiver". Voici une adresse qui, depuis plus de cinquante ans, ne lasse pas d'intriguer les architectes. Et ceux qui les rencontrent.

 
 
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C'est en tous cas l'avis de Katia Imbernon qui, pour en avoir rencontré un, se retrouve aujourd'hui 'logée' à la Cité radieuse, à la tête d'une librairie spécialisée en architecture et éditeur de livres qui y sont consacrés. Une aventure - dans les deux sens du terme - étonnante. "Je suis dans l'espace du jardin d'hiver, juste devant la Méditerranée, c'est merveilleux", explique-t-elle.

Sociologue et urbaniste de formation, Katia Imbernon, 44 ans, s'est toujours intéressée à l'environnement urbain mais, à la vérité, son histoire d'amour avec Jean-Lucien Bonillo, architecte, historien de l'architecture et enseignant à l'école d'architecture de Marseille et, par voie de conséquence avec l'architecture, lui est "tombée dessus quand [elle] était grande". La foi des convertis a fait le reste, même si le reste ne s'est pas fait tout seul. "Mon mari était sceptique, je suis beaucoup plus entreprenante ; il m'a délégué toute la partie commerciale", dit-elle en riant. De fait, quand il décroche le téléphone et que c'est un journaliste au bout du fil, il passe le combiné à madame.

En mars 96 à Marseille, un colloque international sur Fernand Pouillon, à l'initiative de Christian Oppetit et Jean-Lucien Bonillo, réunit plus de 400 personnes. La réhabilitation de l'homme et de l'oeuvre est en marche. Ce travail débouche en 2000 sur une exposition remarquée, dont Jean-Lucien Bonillo est commissaire, et qui voyagera dans toute la France. Katia Imbernon, qui a déboulé dans cette histoire en 1997, s'engage à ses côtés. "Un vrai coup de foudre", dit-elle, parlant de... Fernand Pouillon, un sujet sur lequel elle est désormais intarissable. 'Fernand Pouillon', c'est le titre, deviendra en avril 2001, le premier ouvrage des Editions Imbernon. Un ouvrage dense, complet, savant qui obtiendra (ex aequo) le Prix du livre d'architecture. Une bonne presse, une publication qui tombe à point nommé et l'aventure, contre toute attente, n'est pas un gouffre financier puisque plus de 3.000 exemplaires ont à ce jour été vendus malgré le prix du livre (59 euros). Le seul regret de Katia, n'avoir pas pu traiter du travail de l'architecte en Iran. "Cela reste à faire", souffle-t-elle.

Et pourtant, c'est bien ce qu'est devenu "un module" de 35 m². Un fond de livres anciens, des tableaux, des dessins d'architecte, une libraire passionnée secondée par un architecte érudit, l'affaire est entendue. "Nous ne sommes pas comme Le Moniteur à Odéon", précise Katia Imbernon. On n'y trouve pas non plus les derniers ouvrages vendus par la FNAC ou Amazon. Mais pour une édition japonaise, allemande ou autre, pour un sujet de fond, pour un livre rare, la boutique est devenue incontournable. "J'ai parfois l'impression d'être une bibliothèque plutôt qu'une librairie", dit-elle, enchantée qu'artistes et architectes la sollicitent de plus en plus. L'espace de déambulation prévu par Le Corbusier n'est pas de trop pour permettre au lieu de fonctionner sans que quiconque ne s'y sente trop à l'étroit.

"Après le livre de Fernand Pouillon, nous étions attendus au virage", explique l'éditrice. Un virage pas trop mal négocié avec la parution récente de 'Les Riviera de Charles Garnier et Gustave Eiffel". (Lire à ce sujet notre article 'Livres : aller-retour ensoleillé du Paris contemporain à la Riviera de Garnier et Eiffel'). Un troisième ouvrage est d'ores et déjà en préparation. Une réussite qui fait jaser, dans le bon sens. "Les commerces reviennent à la Cité radieuse au fur et à mesure que les espaces se libèrent", dit-elle.

"J'avais un plan d'épargne pour pouvoir m'acheter une maison, je me retrouve avec une maison d'édition", dit-elle joyeusement. Pour la réalisation du premier livre, "nous étions novices, naïfs, inconscients", explique-t-elle. Ce n'est plus tout à fait le cas aujourd'hui. Sa passion nouvelle, forte, entière pour l'architecture semble désormais maîtrisée. L'architecte historien Jean-Lucien Bonillo a du pain sur la planche.

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