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Jacques Ripault, architecte humaniste

© Cyberarchi 2019

Loin de la course à la médiatisation, peu sensible aux effets de mode, le créateur du MACVAL à Vitry-sur-Seine construit depuis 30 ans des bâtiments à l'architecture épurée et rigoureuse. Portrait d'un homme qui appelle à davantage d'authenticité et de citoyenneté dans sa profession.

 
 
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« L'architecture est l'affaire de la société, et non la question du surmoi des architectes. Nous devons apporter des réponses structurelles aux conflits d'espaces. Notre force est de percevoir en trois dimensions. Cela dépasse, et de loin, une collection d'objets. Le progrès en architecture n'a pas d'autre objectif que d'améliorer la qualité de vie des contemporains, ce qui me ramène plutôt aux permanences et aux origines : le temps et l'espace, la lumière et le silence... » Et Jacques Ripault d'évoquer ses maîtres : Henri Ciriani, Ahmet Gulgonen - « un mystique de l'architecture qui avait une approche plus sensible que théorique » -, et Roland Simounet, à qui il doit un séjour de deux ans à la Villa Médicis.

Rigueur et épure

De nombreuses réalisations de Jacques Ripault, avec leurs volumes blancs, soulevés, et leurs assemblages géométriques, ne sont pas sans rappeler le Bauhaus ou Le Corbusier. « Je suis peu sensible à la décoration, aux jeux d'enveloppes. La base d'un bâtiment, c'est son squelette. Je suis pour une architecture brutaliste, entière ! », assène-t-il avant de poursuivre : « ce qui me plaît, c'est effacer le superflu ! ». Force est de constater en effet la grande sobriété du MACVAL, tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, où dominent béton blanc et bois sombre : c'est « un musée en noir et blanc, orthogonal et linéaire ; dans son dépouillement, il marque une présence qui ouvre un champ aux formes, aux courbes, aux couleurs et aux éclats des oeuvres. » Lors du concours du MACVAL en 1992, l'Atelier Jacques Ripault avait déjà été remarqué pour le centre universitaire René Cassin et ses deux amphithéâtres superposés. Bien d'autres bâtiments ont suivi depuis. Quand on lui demande ses préférés, Jacques Ripault aime à citer la petite salle de poésie de Saint-Benoît-du-Sault aménagée dans une ancienne bergerie où se côtoient pierres sèches et béton, Le Centre de Design Peugeot à Vélizy (ADN) dédié à l'automobile, qui se déroule comme un ruban cinétique, l'Ecole d'art de Carcassonne encore en chantier, en forme de conque qui épouse le contexte, la Carène à Brest, qui se fond dans les remparts, et le lycée du cinéma à Saint-Denis, un volume simple aux surprenants espaces intérieurs.

« Il est primordial que l'architecte suive une ligne. Son rôle est d'être assis sur des convictions, et non de suivre la mode ! » Depuis 30 ans, la même esthétique dépouillée préside à la construction des bâtiments de Jacques Ripault, même si une plus grande liberté formelle et la recherche de nouveaux matériaux sont perceptibles depuis 2000. Toutes les réalisations de l'atelier sont conçues avec la même sobriété radieuse, qui laisse la part belle à la lumière. Citons pêle-mêle le siège de Gaz de France à Brest, l'immeuble Soleil Levant à Gentilly, le Centre d'art et de culture de Meudon, ou encore les salles de musiques actuelles de Reims et de Brest.

Pour une architecture militante

Des réalisations riches et variées dans tous les domaines, qui sont autant de « découvertes de mondes qui constituent le monde », les cours donnés en région parisienne (ENSA de Versailles, ESA à Paris) et à Montréal, ainsi que son activité d'architecte-conseil de l'Etat en Charente-Maritime, ont donné à Jacques Ripault une connaissance en profondeur de la réalité architecturale actuelle. « Il faut de bons architectes du quotidien, qui apportent des réponses aux questions de l'époque, et non des architectes qui cultivent leur ego au moindre angle de rue ! » Les priorités ? « Prendre en compte le contexte et les usages, les aspirations des gens, les règlementations contraignantes d'une part, résister aux tendances design et kitch qui transforment l'architecture en objet de consommation d'autre part. Mais le plus révoltant, ce sont les dépassements de budget récurrents pour les grandes commandes publiques. Comment un architecte peut-il alors rester crédible ? »

Ce n'est pas un hasard si la culture est particulièrement chère à l'architecte, qui rappelle combien le MACVAL a changé Vitry-sur-Seine : « Il faudrait beaucoup d'autres lieux de ce type. Là, l'architecte remplit vraiment son rôle ! Mais celui qui a le plus changé la ville, c'est celui qui a eu l'idée de construire un musée, à cet endroit là. L'urbanisme est un acte politique fort ! » Et qui dit politique dit difficultés : il fallut ainsi 15 ans de ténacité pour mener à bien la réalisation de ce musée de banlieue.

A 58 ans, l'architecte pour qui « un bâtiment doit aider à comprendre le monde », même s'il s'interroge face à « l'obsolescence des postures architecturales » et à la « course aux images », reste serein : « Je continue à croire qu'un architecte se bonifie avec le temps... Quant à moi, je suis plus pertinent qu'il y a 30 ans ! »


Marie-Clarté Mougeot

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