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Immeuble Anthos : l'architecture au quotidien

© Cyberarchi 2014

Livré au sein de la ZAC Seguin-Rives de Seine (Boulogne-Billancourt) en mai 2010 par les architectes Elizabeth Naud et Luc Poux, Anthos est un immeuble de bureaux de 10.050m² SHON dont la sobriété n'a d'égal que le soin apporté à ses moindres détails. De fait, les architectes le destinent autant à l'appropriation qu'à la pérennité. Présentation.

 
 
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Récemment livré par les architectes Elizabeth Naud et Luc Poux au sein de la ZAC Seguin-Rives de Seine, l'immeuble de bureaux Anthos fait partie de ces bâtiments dont la sobriété rend presque ostentatoires les réalisations voisines. En effet le nouveau quartier des Rives de Seine offre aujourd'hui un véritable catalogue d'objets architecturaux*, livrés ou en construction, découverts à l'occasion d'une visite de presse. Au sein du macro lot B3, coordonné par l'agence Lipsky et Rollet, des tons gris argent habillent l'imposant volume d'Anthos et lui confèrent un aspect monochrome.

Soin du détail

Ayant hérités du plan masse dessiné par Lipsky & Rollet et chargés d'exploiter autant que possible les volumes autorisés par la réglementation, les architectes ont traité cette problématique plus économique qu'architecturale en s'attachant "à faire quelque chose de soigné et de pérenne, qui ne soit pas le fruit d'une mode ou de la dernière collection 'printemps / été' comme c'est malheureusement trop souvent le cas", souligne Luc Poux.

Le soin apporté au détail n'a pas repoussé les délais : les travaux d'Anthos ont duré 18 mois, un calendrier sans surprise. Sans doute, l'expérience de Naud & Poux y est pour quelque chose ; entre 2004 et 2008, l'agence a livré plus de 80.000m² de bureaux à Paris. Quant au coût de l'opération, qui reste confidentiel, les architectes soulignent que "la justesse du projet a permis de le maîtriser parfaitement en cette période de crise financière".

Premier 'détail' que remarque le visiteur : les 600 cadres en fonderie d'aluminium (3,5/1,25 mètres) servant de supports aux stores qui bordent les balcons des façades est et ouest du bâtiment. L'effet voulu est celui d'une cote de maille géante. "En fait, nous voulions retrouver l'aspect des robes imaginées par Paco Rabanne dans les années 1970 à l'échelle du bâtiment". Pour obtenir cet effet vibrant, Elizabeth Naud et Luc Poux avaient même pensé faire varier les angles des cadres par l'intermédiaire de pattes de fixations. Finalement, la façade restera lisse.

A la référence au milieu de la mode s'adjoint une référence historique, sans oublier l'aspect pratique. En effet, les architectes ont aussi choisi la fonderie d'aluminium comme procédé technique en mémoire des anciennes fonderies fournissant les usines Renault, alors implantées à l'endroit même où se dresse Anthos aujourd'hui. De plus, ce procédé de pièces non composites offre des avantages indéniables en termes de poids et surtout de finition. "Le matériau est conservé brut et subit un simple grenaillage à la sortie du moule", explique Luc Poux.

Composant la façade sud et continuant sa course sur le toit du bâtiment, un mur végétal de 30 mètres de haut pour 18 mètres de large constitue l'autre signe distinctif d'Anthos. "Pour permettre une densité forte sur le site, certains vis-à-vis entre immeubles sont traités grâce à des pignons aveugles et, sur cette parcelle, le cahier des charges imposait qu'ils soient végétalisés", précise Luc Poux. En y associant la 5ème façade, les architectes ont eu l'idée de composer un ruban végétal qui se déploie en façade et en toiture et confère un 'skyline' mouvementé au bâtiment. Par ailleurs, la palette végétale aux tons gris-verts fait partie intégrante d'Anthos. "Nous voulions conserver la monochromie des façades métallisées et éviter tout effet exubérant de la végétation". Lierre et autres essences locales composent un "mur végétal sec" pour un bâtiment HQE.

Sous les façades alu et végétale, les architectes ont choisi de revêtir les murs du rez-de-chaussée d'un béton brut, mais pas n'importe lequel. Il s'agit d'éléments de béton photogravé, préfabriqués en atelier par l'entreprise strasbourgeoise Fehr sur la base d'une matrice de la société Reckli. L'attention qu'Elizabeth Naud et Luc Poux portent au détail ainsi que leur souci de rappeler la mémoire du site se manifestent encore : les contours d'une vue aérienne des anciennes usines Renault se dessinent au gré de la lumière. Précisément, "quand la lumière rase le mur, alors l'image apparaît ; sinon, elle disparaît". Un aspect évanescent qui a rassuré l'investisseur, désireux de ne pas trop marquer l'immeuble et qui fait la joie des architectes. "Intégrer du béton brut dans un programme de bureaux n'était pas gagné car c'est généralement la pierre qui est préférée", explique Luc Poux.

Appropriation

Longue de 29 mètres pour 5 mètres de haut, "la fresque en béton photogravé se déplie sur la totalité du socle de l'immeuble". Certaines parties tapissent les façades extérieures, d'autres les murs intérieurs du hall. Cette répartition illustre une volonté de rendre poreuse la frontière entre intérieur et extérieur, volonté réitérée via trois percées visuelles qui parcourent le rez-de-chaussée. Outre la vue offerte sur le jardin depuis l'entrée du hall grâce à une surface entièrement vitrée, le porche, "inscrit dans le cahier des charges", crée une deuxième "transparence rue-coeur d'îlot". Une troisième percée visuelle est offerte au-dessus de la rampe de parking. Décidément soucieux des moindres détails de leur bâtiment, Elizabeth Naud et Luc Poux ont réussi à éviter "le trou noir qui caractérise d'ordinaire ce type d'espace".

Dans le même esprit, les pavés de granit tapissant une partie du hall d'entrée, typiques des chaussées urbaines, relient intérieur et extérieur. Les pavés gris sont de nouveau présents dans l'ascenseur, preuve de plus s'il en faut du perfectionnisme de Naud & Poux. Direction les étages, à l'organisation classique composée d'un mur porteur en façade et d'un noyau central regroupant circulations et sanitaires, autour duquel se déploient les plateaux de bureaux pour l'instant libres mais qui seront - à terme - cloisonnés. Là encore, les finitions sont soignées même si on peine à trouver la patte des architectes. Ils auront néanmoins réussi à offrir aux futurs utilisateurs des ouvertures vitrées en pied et dépourvues des canoniques allèges de 70 centimètres. "Voir la rue de tous les niveaux est essentiel et confère un réel confort d'usage", commente Luc Poux qui déplore "les montagnes de règlements auxquels sont confrontés les architectes et qui formatent les espaces à vivre".

"L'usage de chaque chose est primordial", poursuit-il. A ce titre, Luc Poux et son associée déplorent que les portes fenêtres, conçues pour être ouvrantes sur les balcons, aient été rendues fixes pour la plupart. "Mais l'avenir est préservé puisqu'il suffira de les remplacer si besoin pour retrouver l'usage des balcons". A l'opposé des architectures objets comme des architectures bling-bling, Elizabeth Naud et Luc Poux construisent une architecture si ce n'est du quotidien en tout cas pour le quotidien. "Toute la force d'un bâtiment est sa capacité à affronter les usages quotidiens sans dommage et de les sublimer en fantaisie et poésie ; vivement que les utilisateurs prennent possession des lieux et que la vie s'installe !".

Bref, tout en bichonnant leurs bébés, Elizabeth Naud et Luc Poux savent aussi les laisser prendre leur envol la majorité venue. Et Anthos est promis à convoler en justes noces, puisque, sitôt livré, le bâtiment a été loué dans la foulée.

Emmanuelle Borne

Consulter notre album-photos 'Anthos, entre ombre et lumière à Boulogne-Billancourt (92)'.

* Lire également notre article 'Pour L'Ile Seguin, les promesses de campagne heurtent son caractère urbain'.

Fiche technique

Localisation : ZAC Ile Seguin-Rives de Seine (architecte coordonnateur : Patrick Chavannes), macro lot B3 (46.000m², architectes coordonnateurs : Florence Lipsky et Pascal Rollet)
Surface : 10.050m² SHON
Calendrier : juillet / août 2006 : études, juin 2008-mars 2010 : travaux
Programme : bureaux
Maîtrise d'ouvrage : Gecina (investisseur), Hines (promoteur).
Maîtrise d'oeuvre : Elizabeth Naud et Luc Poux (chef de projet Guillaume Drege)
Maîtrise d'oeuvre technique : Auris
BET Paysagiste : Technivert consultant
BET Structure : Geciba
BET Fluides : SNC Lavalin
BET cuisines : GSIR
BET façades : Ceef
Bureau de contrôle : Veritas
Coordinateur SPS : Quartet
Acoustique : Acoustique et Conseil
Environnement : SE&ME

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