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Imbroglio à l'IFA, l'affront fait à Jean-Jacques Aillagon

Le 23 décembre dernier, le conseil d'administration de l'IFA a, à la surprise générale, repoussé la candidature de Francis Rambert au poste de directeur. Colère du ministre, rancoeur, polémique, rumeurs... Retour sur un «épiphénomène» qui en dit long sur l'état d'esprit régnant au ministère de la culture en général et à la direction de l'architecture en particulier.

 
 
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Jamais communiqué de presse issu d'un ministère, à fortiori du ministère de la communication, n'aura été aussi laconique. Au point que nous pouvons le citer ici in extenso : «Le conseil d'administration de l'Institut Français d'Architecture (IFA), réuni le 23 décembre 2003 après la démission de Jean-Louis Cohen de chef de projet de la Cité de l'architecture et du patrimoine, n'a pas retenu la candidature de Francis Rambert au poste de directeur». De quoi surprendre, mais pas autant que cette candidature retoquée sur fond de polémique, assortie de menaces à peine voilées.

Phare de l'architecture ou bateau ivre ? La Cité de l'architecture, qui concerne tous les architectes français en ce sens qu'elle est sensée faire rayonner mondialement leur savoir-faire est à ce jour sans président, alors que sa date officielle de naissance est fixée au 1er juillet prochain, et le département de l'IFA, depuis ce fameux conseil d'administration, sans directeur. «Il n'y a pas de flou artistique», assure pourtant le service presse du ministère de la Culture.

Reprenons. A l'automne dernier, Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture, s'est approché de Francis Rambert, chroniqueur à la rubrique architecture du Figaro, commissaire d'expositions et auteur d'ouvrages sur l'architecture, pour lui proposer le poste de directeur de l'IFA. Après avoir renouvelé son attachement au projet de Cité de l'architecture conçu par Jean-Louis Cohen et décidé «d'alléger les charges de ce dernier», selon le service presse du ministère, la nomination de Francis Rambert se précise fin novembre 2003 (lire à ce sujet nos articles J.J. Aillagon. En passant par la Lorraine.... et l'entretien avec Jean-Louis Cohen.

Premier couac, l'Ordre national des architectes, par la voix de son président Jean-François Susini, s'oppose «posément et froidement» (J.F. Susini), voire «violemment» (d'autres acteurs), à cette nomination. En effet, les relations entre l'Ordre et Francis Rambert sont fraîches, pour le moins, depuis le litige qui les oppose concernant la vente de la S.E.A qui éditait le magazine D.A. «Pour les membres de l'Ordre, explique Jean-François Susini en substance, prétendre assumer des fonctions importantes de l'Etat exige un sens élevé de l'éthique», critique en creux non des compétences mais des qualités humaines de F. Rambert.

En conséquence, les relations entre l'Ordre et le ministère se sont alors tendues, c'est un euphémisme, surtout quand l'Ordre eut à connaître par de nombreuses indiscrétions les menaces personnelles que faisaient peser les services du ministère sur J.F. Susini. D'où la colère - «posée et froide» sans doute - de J.F. Susini, qui n'hésite pas à indiquer que «dans cette affaire, le ministère a fait preuve d'un manque de savoir-faire évident, flirtant même avec la grossièreté». Bigre !

Christian Devilliers, vice-président du conseil d'administration, avait également émis des réserves quant à cette candidature et proposé un autre candidat.

Contacté par CyberArchi, Francis Rambert se refuse à tous commentaires sinon pour confirmer qu'il ne fut à aucun moment contacté par quiconque afin de se présenter ou de présenter son projet. «Si j'avais présenté un projet et qu'il eut été refusé, ce serait différent mais, en l'occurrence, je n'ai rien pu dire, rien pu faire et je suis condamné à compter les points».

Ce sentiment que tout se passe en coulisses, désagréable sans doute pour nombre d'acteurs, prête le flanc à la rumeur et à la polémique. Ainsi, François Chaslin, membre du conseil d'administration et par ailleurs critique d'architecture à France Culture, dut-il se défendre dans les colonnes de notre confrère Archi Cool de n'avoir pas informé ses auditeurs de se qui se passait à la Cité de l'architecture (il n'était d'ailleurs pas le seul mis en cause). En réponse à sa précision (oui il avait informé ses auditeurs), la rédaction d'Archi Cool s'interrogeait sans nuance : «Peut on remplacer un universitaire érudit par un journaliste, même brillant, sans remettre en cause le projet lui même ? Qui aurait l'idée de nommer un journaliste de la Vie du Rail à la tête de la SNCF, puisque à terme la cité de l'Architecture doit adopter un statut identique à celui de la SNCF ? Dans les deux cas il s'agit de gérer des entreprises».

Au cabinet du ministre, on estime que cet «épiphénomène» est en partie lié à un malentendu. «Puisque ce n'est pas la volonté du ministre de saborder un projet qu'il avait confirmé en août 2002, une campagne de Francis Rambert ne s'imposait pas puisque le projet n'était pas remis en cause», explique-t-on. CQFD. Ainsi, le rôle de ce directeur est-il, pour simplifier, seulement de «mettre en oeuvre ce projet». (Quid de ce qu'en pense Francis Rambert ?)

Quant à la «brutalité» de la démission de Jean-Louis Cohen, on estime au ministère que depuis août 2002, date de la visite de Jean-Jacques Aillagon à Chaillot, si la volonté de ce dernier avait été de laisser J.L. Cohen mener le projet jusqu'au bout, il l'en aurait depuis longtemps informé. Le conseiller du ministre remarque également, avec une petite pointe de perfidie, que lors des déplacements du ministre, «80% du temps, J.L. Cohen n'était pas disponible et nous avions besoin pour ce poste d'un directeur à temps plein». Fermez le ban.

Pourtant, tout cela n'aurait pas dû, en principe, empêcher la nomination de Francis Rambert, même à supposer que tous les architectes aient voté contre cette nomination (cette dernière assertion étant, en soi, une vue de l'esprit). En effet, de l'aveu même du cabinet, c'est seulement parce que des membres du conseil d'administration nommés par le gouvernement ont voté contre ou se sont abstenu (8 voix pour, 9 contre, 3 abstentions) qu'un tel résultat a été possible.

A mots pesés, on explique au ministère qu'effectivement «tous les représentants de l'Etat présents n'ont pas fait preuve de leur devoir de réserve» et d'émettre l'hypothèse que d'aucun se voit peut-être déjà calife à la place du calife. Encore la déconvenue aurait été plus cruelle si Florence Contenay, présidente pour quelques semaines encore de l'IFA, avait utilisé les quatre délégations de pouvoir qui lui avaient été confiées.

Au final, pour beaucoup d'acteurs de cet «épiphénomène», c'est le sentiment d'impréparation qui domine et qui nourrit désormais de solides rancoeurs. Rue de Valois, on assure que bientôt tout sera oublié. «Le projet prend corps, le décret paraît en juin, les travaux sont en cours et l'établissement public deviendra réalité le premier juillet prochain».

Afin que tout soit clair, le ministère met les points sur les i. «Il n'y a pas de plan B, le ministre ne remet pas en cause son souhait de nommer Francis Rambert». Et s'il venait à l'esprit du conseil d'administration de renouveler l'affront, on précise que ses membres doivent «prendre leur responsabilité». Sinon «on peut imaginer une mise sous administration provisoire, ce qui n'est souhaitable pour personne car alors il s'agirait d'une mise en fin de vie avec blocage du budget. Il ne s'agit pas de menace mais de pragmatisme ; on ne va pas vivre de psychodrame en psychodrame pendant les cinq mois qui viennent. Le ministre veux une logique de gestion pacifiée». Un conseil d'administration qui se transforme en psychodrame est effectivement inusité.

Soupir d'un interlocuteur. «On m'a dit que c'était comme ça, ce sera donc comme ça ; le fait est que je n'ai jamais vu des gens se débrouiller aussi mal». Francis Rambert, selon toute vraisemblance, sera donc bientôt directeur de l'IFA. Il est au moins prévenu d'une chose: avant même sa prise de fonction, il y a déjà des coups à prendre.

Christophe Leray

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