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Huit catwalks pour un flâneur de Tokyo

© Cyberarchi 2020

"Tokyo a la capacité d'absorber n'importe quelle forme", remarque Luis Fernandes. Aussi, pour le concours Arquitectum pour la création d'un musée de la mode à Omotesando, il propose un pari structurel audacieux à même d'engager selon lui le stade 2.0 du gratte-ciel. Un projet remarqué.

 
 
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Catwalks. Le terme anglais désigne un podium ou encore la piste sur laquelle déambulent les mannequins lors des défilés de mode. Traduit littéralement, la marche du chat aurait don d'évoquer les années tokyoïtes, quasi félines, de Luis Fernandes pour qui la ville nippone s'est offerte comme un territoire d'explorations, souvent nocturnes, au-dessus des toits.

En participant au concours Arquitectum 2010 - mention honorable - pour la création d'un musée de la mode dans le vibrant quartier d'Omotesando, le jeune architecte saisit l'opportunité de mobiliser tant sa connaissance du site que son intérêt pour le développement urbain de Tokyo et, plus encore, sa passion des gratte-ciel.

Selon Luis Fernandes, une telle structure n'est pourtant pas justifiée. Il rappelle alors le souhait des organisateurs d'avoir "un phare, une icône, comme toutes les tours peuvent l'être". Nonobstant, "Tokyo peut absorber toutes les formes dans son tissu" explique l'architecte, désormais libéré d'une contrainte oppressante.

Déambulant dans son imaginaire, allant de souvenirs en souvenances, il se remémore ses flâneries urbaines, occasions de quelques observations. Il retient pêle-mêle le soin du détail apporté au moindre bâtiment mais aussi la difformité et le manque de proportion, un mal vraisemblablement attribué à l'inadéquation des programmes à leur parcelle.

A ce titre, le site proposé par Arquitectum appelle des distorsions sommes toutes tokyoïtes. En effet, une fois le noyau réalisé, la tour se révèlerait trop étroite. "La plupart des concurrents ont respecté les limites de la parcelle, un choix qui ne fonctionne pas", estime Luis Fernandes qui se souvient alors de l'une des questions posées aux organisateurs. L'un des participants interrogeait la possibilité d'aller au-delà du site. La réponse était simple : S'il était permis de déborder sur la rue, il était en revanche impossible de le faire au nord, la zone étant résidentielle.

Cette précision apportée, "très naturellement, les porte-à-faux me sont venus à l'esprit", explique l'architecte qui imagine user d'un système inspiré de Chicago où l'espace aérien pourrait faire l'objet de droits à construire.

L'amplitude potentiellement gagnée par ce système réoriente la problématique. Plus que l'espace, Luis Fernandes réfléchit alors à l'espace muséal sur plusieurs étages. Si la rampe du musée Guggenheim lui semble pertinente sur six niveaux, il remet en cause ce parti sur les trente étages d'une tour. "Un musée c'est la possibilité de marcher", explique-t-il en évoquant la galerie comme figure archétypale caractérisée notamment par son horizontalité. Sur le même principe, un musée de la mode offrirait également la possibilité de défiler. Nouveau parallèle où la figure du catwalk est à même de représenter l'univers de la mode.

La tour-musée parait alors paradoxale et il appartient à l'architecte de trouver le difficile équilibre entre verticalité et horizontalité mais c'est ainsi que naît l'expérimentation. Les premières esquisses révèlent une structure complexe. Les piliers se mêlent et supportent une série de galeries plus ou moins inclinées.

D'un bouquet aérien, Luis Fernandes développe un dessin simplifié. Désormais, une seule colonne verticale distribue un ensemble de galeries en porte-à-faux débordant uniquement sur la rue.

Une fois le parti affirmé, l'architecte questionne la matérialité du projet. Nouveau paradoxe : la lumière. La tour appelle essentiellement des espaces lumineux qu'un musée adopterait difficilement. Chaque excroissance est ainsi pensée pour capter la lumière en suffisance. Pour ce faire, un "annuaire de sheds" est imaginé. Les uns en triangle, les autres arrondis ou carrés, chacun amène différemment la lumière.

Enfin, l'identité du projet est marquée par un matériau léger, le corten, "un matériau qui vit avec le temps, passant du rouge à l'orange" selon Luis Fernandes. L'édifice changeant se révèle donc à l'image d'une ville en perpétuel renouvellement. D'autre part, il est permis de penser qu'une aspérité aussi détonante dans un quartier à l'architecture précieuse contribue à l'identité tokyoïte en ce qu'elle contraste avec son environnement. "Le site était bien choisi pour exprimer quelque chose" et l'architecte de rappeler qu'à Tokyo tout est possible.

Ce projet de tour musée est ainsi l'occasion pour son concepteur de donner forme à sa réflexion et à son intention de "faire évoluer la tour, de la faire passer au stade 2.0". "Nous faisons toujours la même chose depuis les années 20. J'aime remettre en question la tour pour la faire respirer et proposer une mise en réseaux", dit-il. La hauteur pour Luis Fernandes n'est donc pas un travail dans la masse mais dans l'espace.

Amorce d'une architecture verticale tentaculaire, le musée de la mode d'Omotesando ouvre un horizon à la verticalité.

Jean-Philippe Hugron

Consulter également notre album-photos 'Tokyo debout, un(e) mode tentaculaire'.

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