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Hervé Tordjman est français. La France le sait-elle ?

© Cyberarchi 2020

Hervé Tordjman n'a jamais été aussi près de voir ses tours jumelles construites à Guangzhou. Sauf qu'en Chine, toute proximité reste aléatoire et soumise aux intérêts politiques supérieurs des autorités. En clair, l'architecte s'inquiète du manque de soutiens institutionnels et industriels pour son projet. Explications.

 
 
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Hervé Tordjman s'en remet à l'ironie. "C'est toujours la même idée, se développer à l'étranger pendant que je bataille pour prendre des marchés ici", dit-il. De fait, si depuis février dernier, sa situation n'a guère évolué en France, ce n'est pas, mais alors pas du tout, le cas en Chine. Les lecteurs de CyberArchi s'en souviennent peut-être, Hervé Tordjman est ce jeune architecte (30 ans aujourd'hui) qui était parvenu à s'immiscer parmi les grandes agences mondiales - dont, entre autres, Philip Johnson/Alan Ritchie Architects, Murphy/Jahn, Eisenman Architects, Richard Rodgers Partnership, Wilkinson Eyre Architects Ltd + Ove Arup & partners - pour proposer son projet de deux tours - les plus hautes du monde - susceptibles d'être construites à Guangzhou en Chine. (Lire à ce sujet notre dossier 'Tours de Guangzhou : Des soeurs jumelles nées sous le signe des gémeaux')

Aujourd'hui, Hervé Tordjman l'assure, "si un projet doit être construit [à Guangzhou], ce sera le mien. Le projet m'étant clairement attribué, nous sommes dans une phase de négociation avec des groupements d'investisseurs chinois", dit-il. Ce n'était pourtant pas gagné. En effet, le projet initialement choisi par les responsables chinois de Guangzhou fut conspué par le public, lequel plébiscitait les 'danseuses' du petit architecte français. Evènement rare en Chine, les autorités ne sont pas passées outre la Vox populi tant l'enjeu d'image, et donc politique pour les mal entendant, de ces tours - qui originellement devaient être inaugurées pour les Jeux asiatiques de 2010 (ce sera juste en fait) - est important. Ce qui conduit Hervé Tordjman, dont on ne retiendra pas la modestie, d'estimer "qu'aujourd'hui, j'ai gagné le projet".

Là où le bât blesse est justement qu'un projet aussi emblématique - il ne s'agit rappelons-le de rien moins que des deux plus hautes tours du monde - est éminemment politique, tant pour la Chine bien sûr que pour le pays de l'architecte lauréat. Il s'agirait en effet, semble-t-il, du plus grand projet d'architecture français à l'export. En effet, les autorités de Guangzhou, conscientes de l'eldorado économique qu'elles représentent, auront d'autant plus envie de s'engager plus avant dans le projet si elles ont le sentiment d'avoir en face non un architecte mais un pays - des institutions politiques, économiques, techniques, etc. - prêt à s'engager dans une politique active de collaboration et de partenariat au travers de ce projet. Le symbole des Tours jumelles, aujourd'hui, n'est en effet pas neutre. Or Hervé Tordjman a le sentiment que la France ne semble guère intéressée. En tout cas, il n'a pas connaissance d'une quelconque manifestation d'enthousiasme. "Aujourd'hui j'y arrive seul...", dit-il, laissant sa phrase en suspend.

Les projets ne manquent pourtant pas à Guangzhou et Hervé Tordjman, au pire ce sera sa consolation, y est désormais associé. D'une part, il fut convié à écrire un article (cosigné par Jean-Marc Jaeger, de Setec) pour la Revue politique d'aménagement de la province de Canton afin d'exposer le concept de son projet. Quatre autres architectes ont reçu la même invitation : Zaha Hadid qui doit réaliser l'opéra, CoopHimmelb(l)au pour le musée, Rem Koolhass pour la maison de l'enfance et un architecte japonais qui doit construire une bibliothèque, autant de projets destinés à être bâtis dans les environs immédiats des tours. Une démarche qui, pour les Chinois, dans un pays où l'information est rigoureusement encadrée, n'est pas purement intellectuelle. Un bon signe donc. L'architecte français y voit d'ailleurs la preuve de l'attachement des Chinois à son projet mais...

Il trouvera une autre preuve du respect de ses interlocuteurs puisque le voilà désormais convié par les autorités locales à participer à l'élaboration d'un vaste schéma de développement de la ville de Guangzhou. Canton est une ville monumentale mais n'occupe pas plus d'un tiers de sa surface, avec une densité plutôt faible (à l'échelle de la Chine) et sans urbanisme véritablement cohérent. Or la ville ambitionne de développer ces vastes espaces afin de se métamorphoser en plate-forme économique ET écologique. C'est-à-dire qu'un tiers de l'espace serait réservé pour la création d'un immense parc - une forêt serait un mot plus juste sans doute - quand le dernier tiers serait lui développé selon un axe spécifique lié aux sciences et à l'écologie. Au sud de la ville, dans un bras de la Pearl river à l'opposé des tours, Hervé Tordjman s'est donc vu confier la réflexion pour le développement d'une île (de la même forme que l'île Seguin à Paris mais quatre fois plus grande) autour de la recherche scientifique et de la bio-éthique. Une dizaine d'architectes internationaux sont donc, comme lui, en train de plancher sur divers secteurs de ce projet monumental.

Bref, l'Eldorado existe, encore faut-il creuser la mine. De fait, dans cette nouvelle zone d'aménagement, Hervé Tordjman travaille également sur un projet d'hôtel cinq étoiles. Ce qui tombe bien puisque le groupe Accor semble souhaiter dans le cadre des jeux de 2010, également construire un grand hôtel à Guangzhou. Sauf que, dit-il, "le groupe Accor ne me connaît pas". Voilà pourtant le genre de soutien qui lui permettrait de "boucler la boucle", plus précisément de montrer aux Chinois qu'il dispose du soutien et/ou de la confiance d'un grand groupe industriel. D'où sa volonté renouvelée de lancer de pressants appels du pied via les media français.

Au final, une question taraude l'observateur. Hervé Tordjman aurait-il les yeux plus grands que le ventre ? L'architecte n'élude pas la question. "L'agence a une capacité d'organisation importante", répond-il. "Surtout, ces projets sont sectorisés et fragmentés dans le temps". En clair, il en a encore sous la pédale et aimerait dans l'attente, enfin, construire en France. Mais, surtout, face aux armadas étrangères qui, sur la Pearl river, le guettent et attendent son moindre faux pas, il ne serait pas malheureux d'ajouter quelques canons de longue portée à sa "machine de guerre" pour les repousser, définitivement cette fois, au large en mer de Chine.

Hervé Tordjman est français. La France le sait-elle ?
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