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« Hélios », un manifeste de Michel Rémon et Frédéric Nicolas

©Mathieu_Ducros : Copyright 2019

Atrium climatique, capteurs solaires, façades différenciées en fonction des points cardinaux, … : les fondamentaux du développement durable sont presque tous là. A Chambéry, Michel Rémon et Frédéric Nicolas ont érigé pour l’institut national de l’énergie solaire un véritable bâtiment école. Sans perdre de vue leur savoir-faire sur la conception de l’espace…

 

 
 
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Fondé en 2005, sous l’impulsion de la Savoie et de la région Rhône-Alpes, L’institut national de l’énergie solaire (INES) est un centre de recherche et de formation qui a pour but de promouvoir le développement des énergies solaires et de soutenir la filière industrielle française. Il réunit des établissements comme le CEA, le CNRS et l’Université de Savoie sur le site de Technolac, un technopôle campé entre le lac du Bourget et la ville de Chambéry. C’est dans ce cadre alpin, au creux de la vallée, entre le massif des Bauges et la Dent du chat, que Michel Rémon et Frédéric Nicolas ont projeté « Hélios », le douzième bâtiment d’INES. Un édifice qui regroupe les bureaux de la direction, de l’administration, mais aussi des laboratoires et des services de formation sur 7 500 m2 de SHON.

 

Au regard de la destination des locaux, les exigences énergétiques imposées lors du concours international de 2007 ont été prises comme moteur de développement du projet : « Il s’agit d’un bâtiment "manifeste" », souligne Michel Rémon qui a évité le piège de la littéralité – l’un des concurrents avait imaginé un projet représentant une cellule photovoltaïque géante.

 

Hélios n’est qu’une boite. Mais cette boite innovante et très compacte – qui limite au maximum les développés de façade et les déperditions énergétiques - dispose d’enveloppes filtrantes et réactives. Au centre de la boite, un superbe atrium recouvert de contreplaqué de pin, dont le climat spécifique fait office de tampon avec l’extérieur, favorise la proximité des usagers et des chercheurs. « Nous l’avons imaginé comme le lieu de la sérendipité, déclare Michel Rémon. Traité comme un paysage intérieur, l’atrium est le cœur du projet, son foyer, à la fois son lieu de vie et sa "machine énergétique". »

 

Urbain et « héliotrope »

 

« Le bâtiment s’adresse au ciel et au cosmos, mais aussi à la rue », ajoute l’architecte qui a souhaité réconcilier les géométries urbaines et "héliotropes" : « Dans les bâtiments haussmanniens, on ne sait pas où est le sud. Au couvent de la Tourette de Le Corbusier, on ne sait pas où se trouve la rue. A Chambéry, les deux orientations s’accordent. »

 

Hélios est en effet aligné le long de l’avenue du Lac Léman, prenant à contre-pied la majorité des constructions du Technolac qui s’implantent au centre de leurs parcelles. Mais cet alignement le long de la voie implique un rattrapage géométrique pour donner une exacte orientation nord-sud à la verrière de l’atrium. Un peu à l’image de la basilique Sainte-sophie de Constantinople qui, devenue mosquée au XVe siècle, présente un mihrab et un minbar désaxés par rapport au plan de l’édifice chrétien, la verrière d’Hélios est décalé de 17° par rapport au reste du bâtiment.

 

Dans cet univers si bien réglé en fonction de la course du soleil et des vents dominants - qui coïncident avec l’orientation nord-sud -, chaque façade a sa spécificité. Au nord, la façade d’accès à l’édifice est composée de locaux techniques que recouvre le plus grand cadran solaire à réflexion du monde. Pour le réaliser, Michel Rémon et Frédéric Nicolas se sont attachés les services de Denis Savoie, astronome, directeur du planétarium et du département d’astronomie du Palais de la découverte à Paris. Deux petits miroirs réfléchissent les rayons solaires du sud et produisent une ou deux tâches lumineuses qui donnent l’heure sur l’immense mur curviligne en béton.

 

Réactive

 

A l’ouest, la façade réagit selon l’heure de la journée. Une peau constituée de lames de verre sérigraphié de 4 mètres de haut joue le rôle de brise-soleil. Ce dispositif de protection est motorisé et relié à une horloge pour que les lames soient toujours orientées face au soleil. Afin de préserver la vue des usagers sur l’extérieur quelle que soit la position des brise-soleil, le verre est sérigraphié de points blancs selon une densité allant de 100% à 0%, du haut vers le bas.

 

La façade sud, « la plus facile à traiter », selon les architectes, présente un grand débord de toiture. Quant à la façade orientée à l’est, elle est pourvue d’un ingénieux système « d’étagères à lumière ». Dans un style néo-moderne, les baies sont coupées en deux parties par un large bandeau qui casse les rayons solaires directs et les réfléchit sur les plafonds pour mieux les éclairer. Chaque baie est en outre pourvue de stores, manoeuvrables à souhait, et est associée à une prise d’air camouflée derrière des cassettes ajourées qui scandent verticalement les lignes horizontales de l’ensemble.

 

Triple zéro

 

Véritable 5ème façade du projet, la toiture – dont une partie sert de jardin d’essai - est principalement occupée par la verrière de l’atrium qui est doublé par l’intérieur d’un vélum blanc. L’ensemble - velum et ouvrants de la verrière - est motorisé et réactif au climat extérieur. Les jours d’été, par exemple, les ouvrants sont ouverts et le velum est fermé. Le rafraîchissement du bâtiment s’opère grâce à une ventilation transversale avec une prise d’air frais en façades et une évacuation de l’air chaud par la verrière.

 

Les dispositions techniques et architecturales mises en œuvre dans la conception d’Hélios permettent de réduire ses besoins énergétiques à 27 kwh/m2/an pour le chauffage. Ceux-ci sont assurés exclusivement par des énergies renouvelables. 280 m2 de capteurs thermiques sont ainsi posés sur l’aile d’avion qui couronne l’édifice en écho aux crêtes alpines et à l’aéroport voisin. Ces capteurs, qui assurent au moins 40% des besoins en chauffage, sont complétés par une chaudière bois à granulés. Un dispositif qui, combiné au rafraîchissement naturel des locaux, permet d’afficher un bilan environnemental global des plus flatteurs : zéro énergie fossile, zéro émission de CO2 et zéro fluide frigorigène.

 

Tristan Cuisinier

 

 

Fiche technique :

 

Maître d’ouvrage : Conseil général de Savoie

Maîtrise d’œuvre : Michel Rémon (architecte mandataire), Frédéric Nicolas (architecte associé), Marian Ballet (chef de projet chantier), Technip TPS (économiste, BET structure, fluides et thermique), Tecsol (BET solaire), Betrec IG / Solener (BET HQE), Jacques Coulon (paysagiste)

Conception cadran solaire : Denis Savoie département astronomie-astrophysique, Palais de la découverte)

Chef de projet : Marie Claude Richard

Surface SHON : 7 500 m2

Coût :15,4 M€

Calendrier : mars 2007 (concours) / 2008-2010 (études) / février 2011–mai 2013 (chantier)

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