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Haussmann, un modèle durable ?

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À Paris, une belle exposition du Pavillon de l’Arsenal, signée par Franck Boutté et les architectes de LAN, entend démontrer les vertus du Paris d’Haussmann. A découvrir jusqu’au 7 mai…

 
 
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Les études sur les travaux et la pensée de Georges Eugène Haussmann ne manquent pas ! Pour une analyse globale, historique et architecturale, on pourra se tourner vers l’un des ouvrages de référence, « Paris, XIXe siècle », de François Loyer.(1) Pour une mise en perspective de l’héritage morphologique légué par le préfet de la Seine de 1853 à 1870, relire l’excellent « De l’îlot à la barre », de Panerai, Castex et Depaule.(2) Mais, rares sont les « décryptages » qui procèdent d’une étude comparative systématiquement – et presque obsessionnellement - étayée par des données chiffrées. Et c’est bien là la force de l’entreprise de Umberto Napolitano, Benoît Jallon et Franck Boutté, commissaires scientifiques de l’exposition du Pavillon de l’Arsenal : mesurer « l’efficience » du Paris haussmannien en la comparant à celle d’autres tissus urbains, sans s’encombrer de considérations historiques et politiques.

« 60% des bâtiments de la capitale ont été construits entre 1850 et 1914. Paris est un projet voulu et planifié. Aujourd’hui, on demande aux architectes de penser des villes ou des quartiers. Nous avons voulu examiner un modèle qui a marché... Densité, attractivité, connectivité, résilience, accessibilité, sont des mots que nous entendons tous les jours dans notre pratique professionnelle. Mais comment la ville d’Haussmann se comporte-elle à l’épreuve de ces indicateurs ? » interroge en préambule l’architecte Umberto Napolitano, de l’agence LAN.À la manière de Serge Salat dans son pavé de 546 pages, « Les villes et les formes » (3), les commissaires scientifiques se sont tournés vers l’objectivité mathématique, là où la littérature se contente fréquemment d’une approche sensible et conceptuelle. Ce travail clinique a été mené à toutes les échelles, des tracés urbains jusqu’au « langage » des bâtiments.

 

Isolation par mitoyenneté

 

Bien documentée, l’analyse du réseau viaire réserve assez peu de surprise. Les Parisiens seront tout de même confortés d’apprendre que, gage de connectivité et d’abondance en services de proximité, leur cité comporte un maillage plus serré que presque toutes les autres villes du monde (208 intersections au km2 pour le quartier Opéra, contre 83 à Barcelone et 201 à Amsterdam). Peu étoffée, la zone d’exposition consacrée au « langage » s’intéresse surtout à « l’identité » de l’architecture du Second Empire, qui, « avec sa logique de catalogue et son vocabulaire bien établi, questionne l’hétérogénéité et les modes de fabrication de l’urbanisme contemporain. »

Les deux volets les plus intéressants de la présentation concernent l’îlot et l’immeuble. « Le système haussmannien a produit une grande diversité d’îlots en taille et en morphologie. Leur classement montre une densité constante, quelle que soit leur volumétrie. Cela révèle le caractère fractal du tissu parisien dont la densité générale équivaut à chacune de ses composantes. Chaque partie de l’îlot peut ainsi évoluer sans affecter le modèle global », dit Umberto Napolitano.

Autre exemple : Le rapport entre la surface des enveloppes et le volume occupé montre une « compacité plus importante que dans les autres villes, bien qu’elle ne soit pas perçue comme oppressante », constate le Napolitain, parisien d’adoption. Et Franck Boutté, architecte-ingénieur et fondateur du bureau d’étude environnemental qui porte son nom, de poursuivre : « Les immeubles haussmanniens ne font que 10 à 13 m d’épaisseur. Les cours et courettes permettent de multiplier les orientations des appartements, les possibilités d’éclairage et la ventilation naturelle. Pourtant, le coefficient de transmission thermique surfacique des parois opaques de ces bâtiments est plus performant que celui des HBM et des tours d’habitation, par exemple [Uparoi= 2,01 W/m2°C contre 2,09 et 2,8] », analyse-t-il avant d’expliquer : « 45% des murs des immeubles haussmanniens sont en mitoyenneté ! » De quoi remettre en cause l’éclatement bâti de la plupart des ZAC actuelles ?

 

Grille générique

 

« Il ne s’agit pas de reproduire un modèle, mais de l’étudier et de mieux s’interroger sur les critères de durabilité... Le néo-haussmannien est de l’anti-haussmannien par excellence ! » prévient Umberto Napolitano, rarement à court d’arguments (et de données) quand il s’agit de recenser les qualités des constructions de la seconde moitié du XIXe siècle : « Les hauteurs sous plafond des bâtiments haussmanniens sont importantes et variables. Elles offrent une résilience impossible avec les 2,50 m conventionnels d’aujourd’hui.  Les façades, conçues comme des grilles génériques avec une part équivalente de pleins et de vides, sont également très flexibles. Un séjour utilise deux fenêtres, alors qu’une chambre n’en possède qu’une… », détaille-t-il en rappelant la simplicité des principes de composition et la réversibilité des usages des immeubles de rapport (logements transformés en bureaux).

Coédité par le Pavillon de l’Arsenal et Park Books, un livre de 256 pages complète l’exposition qui se limite à la surface de la mezzanine. Cette petite bible du parfait amoureux de la capitale contient peu de tableaux statistiques, mais elle est richement illustrée par plus de 200 dessins, coupes, plans et axonométries. Exactement ce qu’il faut pour rêver encore Paris et susciter l’imagination. Gageons que, comme le souhaitent ses auteurs - les mêmes que ceux de l’exposition -, cet ouvrage puisse ouvrir le débat sur de nouvelles manières d’inventer la ville de demain…

 

Tristan Cuisinier

 

(1) François Loyer, « Paris XIXe siècle, l’immeuble et la rue », 484 pages, éditions Fernand Hazan, Paris, 1987.
(2) Philippe Panerai, Jean Castex et Jean-Charles Depaule, « Formes urbaines, de l’îlot à la barre », 203 pages, éditions Parenthèses, Marseille, 1997.
(3) Serge Salat, « Les villes et les formes, sur l’urbanisme durable », 546 pages, éditions Hermann, 2011.

 

Infos pratiques :

« Paris Haussmann, modèle de ville », exposition jusqu’au 7 mai 2017 avec le soutien de Schneider Electric, au Pavillon de l’Arsenal, 21 boulevard Morland, Paris 4e - Entrée gratuite, du mardi au dimanche, de 11h00 à 19H00.

Gustave Caillebotte - Jour de pluie à Paris
« Paris Haussmann, modèle de ville »
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