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Gring gring green : l'or vert de Suède dans les caves de l'hôtel de ville

© Cyberarchi 2020

Lundi 30 novembre 2009, la Ville de Paris et l'Ambassade de Suède ont organisé le séminaire 'Paris-Stockholm, la ville durable'. Au-delà d'une démonstration de force, il s'agit pour ce pays scandinave, leader en la matière, de vendre son or vert. Mélodie en sous-sol. Une chronique de Jean-Philippe Hugron.

 
 
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Green green. La Mairie de Paris annonce l'événement associant la capitale française à son homologue suédoise comme un temps de partage d'expériences afin de passer "de l'initiative à l'action" (sic). Bling bling. Pour attirer les foules, une princesse... qui ne viendra qu'à 13h30 prononcer son discours avant d'inaugurer les deux sapins de Noël offerts par la Suède à la ville.

L'auditorium, au niveau -1, est clairsemé à l'heure du café matinal. Les mots de bienvenue se succèdent quand Denis Baupin, adjoint (Verts) au maire de Paris, tire la sonnette d'alarme : La catastrophe est proche. Une impression de déjà vu, peut-être, la veille, au cinéma, 2012 et la fin apocalyptique du monde version Hollywood. Joakim Larsson, maire-adjoint pour le logement et le développement urbain de la ville de Stockholm et Gunnar Lung, ambassadeur de Suède, tiennent bientôt, quant à eux, un tout autre discours, économiquement pragmatique.

La Suède ne présente plus ses réalisations, ni ses résultats. Ils sont acquis. Une phase nouvelle s'ouvre désormais pour un pays leader en matière d'architecture et d'urbanisme durables qu'un récent label européen vient couronner : Stockholm sera consacrée en 2010 'european green capital'.

Le capitalisme vert est désormais de rigueur. De fait, la mairie de Paris et l'ambassade de Suède ne sont pas les seules organisatrices du colloque. Export Radet, la chambre suédoise de commerce et son annexe française sont présentes et affichent leurs logos respectifs en tête du programme. Anders Hallesjö, directeur de l'institution, présente 'l'approche suédoise de l'urbanisme durable' : SymbioCity. Un concept ? Non. Une marque.

Sur fond de diapositive illustrant un poisson agonisant aux côtés d'un gant Mapa, Anders Hallesjö dénonce "l'urbanisme, les infrastructures, l'épuisement des ressources naturelles, la réduction du monde vivant comme un problème pour la survie de notre espèce et aussi une menace pour le fonctionnement de notre économie".

Vidéo à l'appui, le slogan de cette journée s'affirme : 'Sustainability by Sweden'. L'argumentaire est simple : "Ce sont les liens et les interconnexions qui importent. Le développement durable est rentable. Nous offrons les idées et les solutions". Offrir n'est qu'élégance rhétorique.

"Nous gérons les choses encore isolément. Nous devons trouver des synergies car nous obtenons plus avec moins", explique Anders Hallesjö. "Par exemple, de nombreuses villes comprennent désormais que les déchets sont une source d'énergies inutilisées". Un appel à plus de technologies hybrides comme à plus d'efforts institutionnels est ainsi lancé. Dans la valise du prestigieux VRP, sigle qu'une diphtongue occasionnelle transformerait en 'vert-p', le quartier d'Hammarby dont "l'approche intègre constitue un investissement qui paye".

Réalisation urbaine ex-nihilo, Hammarby expérimente la "symbiocité" à partir d'une tabula rasa. L'enjeu est toutefois ailleurs. Les centres anciens comme l'ensemble du bâti doivent s'adapter aux exigences de l'urbanisme durable. La pertinence exigeait alors une thématique tournée vers la rénovation de l'existant. Gunnar Söderholm, directeur de l'environnement à la mairie de Stockholm prend alors la parole et présente 'Vision Järva 2030', un vaste projet urbain ambitionnant la restructuration d'un grand ensemble réalisé au détour des années 60 dans le cadre du programme 'un million de logements'. Il s'agit aujourd'hui de "donner un aspect plus moderne, d'appliquer une politique verte, de recourir à une efficacité énergétique, d'améliorer les transports et de mener une politique d'inclusion sociale et de dialogue avec les habitants", rappelle Gunnar Söderholm qui poursuit son propos par un chiffre éloquent : "Passer de 180kWh/m² à 88kWh/m²". La conclusion reste toutefois la même : "La valeur des bâtiments en sera accrue".

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Must be funny
In a greenest world

Avant de présenter les échantillons d'une technologie suédoise de pointe, la caution française intervient pour montrer les timides efforts que la municipalité consent à réaliser via des contrats de performances énergétiques dans les écoles. Parenthèse parisienne fermée, la Suède peut reprendre ses affaires. Swegon et Aura Light, firmes suédoises, présentent respectivement systèmes de traitement d'air et sources lumineuses durables.

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Always sunny
In a greenest world

Cocktail déjeunatoire dans les salons de l'Hôtel de Ville avant l'arrivée de la Princesse héritière Victoria de Suède. 13h30. Tout le monde se lève en l'honneur d'une royale présence.

S'en suit un discours sur les tribulations de son Altesse à travers le monde. Son voyage en Arctique, la fonte des glaces, les conséquences de la sècheresse. Pendant ce temps, la traductrice traduit "... Les gaz à effets de guerr... de serre". Cruel lapsus.

'Aménagement urbain - nouveaux quartiers' et 'Energies renouvelables, gestion de valorisation de déchets et réseaux de chaleur' sont les deux axes d'un après-midi chargé. Alors que Denis Baupin évoque les projets parisiens, Gunnar Söderholm présente les réalisations stockholmoises. Serions-nous en retard ?!

Statistiques et pourcentages se succèdent en une interminable litanie ridiculisant toujours un peu plus la situation parisienne. La Suède poursuit son offensive commerciale : Envac et son système de collecte pneumatique des déchets, Logstor, fournisseur d'énergie, Alfa Laval, spécialiste en échange thermique, séparation et transfert de fluides...

Le green business est à l'oeuvre. Green gring, la caisse enregistreuse tourne à plein régime. Toutefois, des éléments éloignés de préoccupations financières et commerciales laissent entendre les raisons d'un tel écart entre les situations françaises et suédoises.

Le climat social suédois, le dialogue, la collaboration, la flexibilité, l'absence de prestige et plus encore, la présence de techniciens en amont du projet sont à l'origine d'une situation idéale. Diagnostic d'Yves Chantereau, architecte français président du réseau Equator Architects basé à Stockholm. Gunnar Söderholm invite, de son côté, à "sortir du politique" quand l'ancienne ministre de l'environnement, Lena Sommestad évoque l'importance de l'action locale dans la politique nationale. Les conditions ont été ainsi créées pour mener à bien une ambition politique affirmée : devenir leader. Réussite indéniable à l'heure où la Suède montre désormais que le développement durable se bâtit à l'aune de la croissance économique. Green Gring.

Bref, à la poursuite de l'Eldorado vert, les Français à la rue plutôt qu'en forêt.

Jean-Philippe Hugron

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