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Georges et Marie Adilon, une oeuvre au long cours

© Cyberarchi 2019

D'octobre 2010 à janvier 2011, le CAUE du Rhône et le MAC de Lyon ont rendu hommage à l'artiste et architecte lyonnais Georges Adilon, mort en 2009. Parallèlement à son activité de peintre, il s'est consacré à une oeuvre architecturale atypique. Rencontre avec Marie Adilon, sa fille et collaboratrice, qui a pris la relève en 2010...

 
 
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Le pédagogue et l'architecte

Après des études à l'Ecole des beaux-arts de Lyon, Georges Adilon « entre en architecture » par hasard... en construisant une résidence familiale remarquée, qui entraîne la commande d'une vingtaine de maisons individuelles. En 1964, la rencontre avec Marc Perrot, alors à la tête de l'Externat Sainte-Marie à Lyon, change le cours de sa carrière. Dès lors, les deux hommes ne se quittent plus : « Mon père et Marc Perrot sont devenus très proches. Celui-ci n'arrivait pas avec un projet en poche, les choses se mettaient en place au fil des discussions. Ils avaient la même vision de la pédagogie », raconte Marie Adilon. Le regard d'artiste de Georges Adilon et son écoute attentive séduisent immédiatement le directeur, qui confie à l'architecte le devenir de son établissement. Ainsi, à partir des années 60, les interventions se multiplient sur les sites voisins de Saint-Paul (lycée et classes préparatoires) et de La Solitude (primaire et collège). En 1977, l'établissement acquiert en outre La Verpillère, à 20 km de Lyon, où il construit un internat en pleine nature.

À Saint-Paul et à La Solitude, sur les flancs de la colline de Fourvière, les difficultés ne manquent pas : une forte pente, un bâti ancien, un budget limité empêchant tout projet global, une réglementation contraignante dans un quartier classé... Par ailleurs, les formes organiques et quelque peu corbuséennes des bâtiments ne sont pas au goût de tous !


« Un bâtiment est une oeuvre d'art »

Des grappes de petits bâtiments disséminées ça et là dans la verdure, des volumes très irréguliers, aux lignes courbes ou anguleuses, des fenêtres et des balustrades en inox comme autant de « tableaux »... d'extérieur, rien ne laisse deviner qu'on est dans une école ! « Chez mon père, l'architecture et la peinture se nourrissaient l'une l'autre », confie Marie Adilon. Les bâtiments regroupés par niveaux (6e, 5e, 4e...) abritent des salles uniques dévolues à une seule classe, traduisant un principe pédagogique fort : éviter une trop grande concentration et permettre aux élèves de s'approprier pleinement « leur espace ». La lumière est traitée avec recherche : puits de lumière, ouvertures agencées comme autant de partitions musicales, néons disposés avec une harmonieuse asymétrie...

Quant au mobilier, Georges Adilon le conçoit pour « durer », à une époque où ce n'est pas une préoccupation, en privilégiant des matériaux pérennes, comme le bois ou l'inox. Sans pour autant négliger l'esthétisme : les bureaux au plateau en chêne massif (poncés et vernis chaque année), les fenêtres découpées comme autant de vitraux contemporains, les tableaux noirs qui épousent la courbe d'un mur, les poignées de porte en forme de galet... rien n'est laissé au hasard pour répondre à la demande de Marc Perrot : « Faire en sorte que les élèves ne se sentent pas enfermés et créer les meilleures conditions pour éveiller leur esprit ». Beauté, solidité, simplicité sont les maîtres mots de cette entreprise de longue haleine.

Une oeuvre « vivante »

Comment une oeuvre aussi riche et prolifique a-t-elle pu être réalisée dans les limites d'un budget scolaire ? « Marc Perrot était un très bon gestionnaire. Plutôt qu'une construction à la va-vite, il préférait prendre son temps, quitte à patienter d'abord avec des préfabriqués. Ce qu'on faisait, on le faisait bien », raconte Marie Adilon, ancienne élève de Paul Virilio à l'Ecole Spéciale d'Architecture et collaboratrice de son père... depuis l'âge de 15 ans. L'établissement s'est donc construit peu à peu par adjonctions et remaniements successifs, au fur et à mesure des nouveaux besoins. Pour faire baisser les coûts, les bâtiments anciens ont été réhabilités et, fait rare, un menuisier et un maçon se sont même installés à demeure dans l'école ! Aujourd'hui, Marie Adilon a repris tout naturellement les chantiers en cours dans un même esprit, mais avec son propre style : « J'ai le même vocabulaire que mon père, mais j'ai digéré ses influences et je les ai retravaillées. » Après les classes de 6e à La Verpillère, elle dirige actuellement la transformation d'un bâtiment destiné aux classes post-bac sur le site de La Solitude.

L'Externat Sainte-Marie force l'admiration par son originalité, son intégration dans son environnement, la poésie et l'harmonie qui s'en dégagent... et l'économie de moyens mis en oeuvre. De nombreuses générations d'élèves s'y sont succédé, et s'y succèdent encore. Parions que leur regard citoyen sur les enjeux de l'urbanisme et de l'architecture en sera plus avisé !

Pour en savoir plus : http://www.marie-adilon.com/

Marie-Clarté Mougeot

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