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Forza Odile Decq

© Cyberarchi 2019

A Florence, en Italie, Odile Decq a pu s'exprimer en toute liberté pour la conception d'un immeuble de logements contemporain. Les conservateurs d'une Italie muséifiée n'y trouveront pas leur compte à l'inverse des tenants d'une ville tournée vers l'avenir. Découverte.

 
 
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En juin dernier, s'est tenu à Salerne, en Italie, une exposition intitulée "Conflitti. Architettura contemporanea in Italia" (Conflits. Architecture contemporaine en Italie) dont l'objectif était d'analyser "les antagonismes qui ressortent de certains épisodes conceptuels réalisés dans des lieux 'difficiles', pleins de contradictions et objets de transformations urbaines liées au passage de l'ère de la société industrielle à celle de l'information, de la mobilité et de la géographie globale". Le quartier Novoli à Florence faisait, dans le cadre de cette exposition, partie de ces lieux 'difficiles'.

Pour sa part, pas d'antagonisme non plus mais une lecture subtile des contraintes de la parcelle et, surtout, de la réglementation. "Le terrain et la situation de l'immeuble de logements est singulière à plusieurs titres : en bordure du parc, entre deux autres immeubles avec lesquels il joue un rôle 'à trois' ! De plus, le terrain à l'origine comportait un arbre d'une certaine envergure. Ces trois points ont créés les conditions de la conception de l'immeuble", explique-t-elle. Les contraintes réglementaires imposaient par ailleurs des arcades aux rez-de-chaussée et interdisaient terrasses et balcons. "J'ai interprété la commande comme une volonté de faire bouger le règlement", indique Odile Decq. "Au dessus des locaux commerciaux, de volume élevés, au rez-de-chaussée et sur la rue piétonne, le déboîtement du volume des logements assure l'effet d'arcade demandé dans le règlement d'urbanisme", dit-elle tandis que les balcons interdits sont cachés par un filet de végétation. Le permis de construire est passé sans difficulté.

"L'option du volume non clos, enserrant un petit jardin planté d'arbres, ouvert sur le parc permet de créer les logements autour des arbres. L'orientation sur le parc nous a fait ouvrir largement les façades qui étaient orientées sur le parc et au soleil tout en les protégeant d'un trop fort ensoleillement par le décalage progressif des loggias et balcons", explique Odile Decq. L'ironie de histoire est que "l'arbre d'envergure", fondateur du projet (il apparaît encore sur la coupe du projet) a été tronçonné sans que l'architecte n'en fut prévenue. Il sera donc replanté.

Par contre les façades orientées au nord, sur lesquelles sont implantées majoritairement des chambres et des salles de bain, sont ouvertes différemment afin de préserver l'intimité des habitants. Les volumes jouent de chaque singularité pour se différencier et offrir un large éventail d'appartements de diverses configurations prenant en compte la localisation dans l'immeuble, l'orientation des façades et l'étage d'implantation

"Les façades sont également composées en tenant compte de leur orientation : grand pan de mur rideau, percement horizontaux dans une surface métallique calepinée horizontalement, alternance de parties vitrées et parties pleines, en proportion relative à l'usage et la localisation".

A noter enfin le traitement des circulations, propre à illustrer de nouveau son concept d'"hypertension" (relations entre l'intérieur et l'extérieur, entre les volumes et l'espace), auquel l'Ecole Nationale Supérieure d'Architecture de Bretagne a d'ailleurs rendu hommage en mai dernier avec une exposition baptisée "Sensual HyperTension", présentation du projet d'Odile Decq pour le nouveau bâtiment du Fonds régional d'art contemporain Bretagne.

Au final, ce projet à Florence a "fasciné" le maître d'ouvrage au point que ce qui n'était au départ qu'un contrat pour APS s'est transformé en contrat pour l'APD puis en carte blanche dans le cadre du dossier d'exécution.

Si la ville de Florence s'émeut, au bon sens du terme, d'une "expérience totalement innovante dans le domaine de l'architecture", c'est qu'il ne s'agit en rien d'une lubie mais bien de la prise de conscience que l'architecture en elle-même fait vendre. D'ailleurs le projet d'Odile Decq de signer, pour les clients qui le souhaitent, les cuisines et/ou les salles de bains de ces appartements inhabituels a rencontré l'adhésion de Epifanio Furnari. (On se souviendra opportunément que Odile Decq faisait partie des 12 designers invités en avril 2005 - aux côtés de, entre autres, Jacob & MacFarlane, India Mahdavi, Naço (Marcelo Joulia), Paco Rabanne et William Sawaya - à présenter leurs créations dans le cadre de "Collection privée", rendez-vous international au croisement de l'industrie et de la recherche design appliquée au revêtement de sol).

De fait, nombreux sont les projets en Italie, notamment à Rome, qui font désormais la part belle à l'architecture contemporaine. "La Ville Eternelle s'est réveillée", note Odile Decq qui soutient que les gens - ça vaut pour les Français - sont plus ouverts que ne semblent le penser les maîtres d'ouvrage, en France particulièrement, à s'approprier des espaces différents des produits standards habituellement proposés. L'immeuble de Florence en fait la démonstration.

Christophe Leray

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