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Formation continue obligatoire : du voeu pieu à l'engagement 'obligatoire'

© Cyberarchi 2019

Les présidents des CR et du CNOA ont décidé à l'unanimité, le 23 mars dernier, de s'engager en faveur de la formation continue obligatoire. Il s'agit, comme en témoigne Laurence Croslard*, "d'un choix essentiel" pour le développement de la profession, devant permettre de faire face aux exigences nouvelles du grand public et des maîtres d'ouvrages. Explications.

 
 
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Laurence Croslard est vice-présidente du Conseil national de l'Ordre des architectes et responsable de la formation. "Cette initiative vise à rendre effectif l'objectif d'obligation de formation déjà spécifié dans le Code des devoirs professionnels depuis 1980, en promouvant et en développant l'offre de formation existante et en incitant les architectes à y recourir dans le cadre d'un libre parcours", explique-t-elle. "A l'instar des autres professions libérales, les architectes s'approprient ainsi aujourd'hui les dispositions de la loi du 4 mai 2004 relative à la formation professionnelle tout au long de la vie, selon laquelle cette formation constitue une obligation nationale". Entretien

Laurence Croslard : Il y a deux aspects à prendre en compte : la formation du responsable de l'agence et celle de ses collaborateurs qui sont partie prenante de la compétence des agences. De fait, les responsables d'agence nous expliquent souvent n'avoir pas le temps de se former mais veiller en revanche à celle de leurs collaborateurs. Et, en effet, les fonds destinés à la formation des salariés sont relativement bien utilisés. D'autant que ces formations sont bien remboursées... quand on parvient à se les faire rembourser (rires).

Dans quels domaines les salariés se forment-ils ?

A l'outil informatique souvent, mais ils restent en ce cas à l'écart de formations fondamentales et au développement de nouveaux marchés, notamment celui du développement durable. Dans ce dernier domaine, la première réponse des architectes est souvent "mais on sait faire", puis ils y réfléchissent différemment et, au final, ces formations tournent très bien.

Au-delà de ces considérations, il nous est apparu que les Bureaux d'Etudes (B.E.) savent mieux 'vendre du vent' que les architectes, ne serait-ce que parce que l'architecture fonctionne sur le doute, alors que les B.E. promeuvent l'innovation. Les ingénieurs ne doutent pas : "nous sommes les meilleurs", disent-ils, pour simplifier, tandis que le doute est la faiblesse et la chance de l'architecture. L'ingénieur développe une culture du savoir-faire, qui consiste à résoudre des questions sans se demander si ces dernières sont bien posées. Quant à nous, nous n'avons pas de doute sur le nombre de personnes qui ont intérêt à faire montre de notre incompétence (rires). En réalité, les ingénieurs arrivent après la bataille (je caricature !) : ils disent "ça coûte tant" mais c'est l'architecte qui bien souvent a dû définir ce que l'ingénieur a interrogé. Ainsi, lorsque nous parlons de travail de composition urbaine, on fait du "coloriage", et quand un ingénieur arrive avec ses tuyaux qui coûtent très cher, il dit "il faut ces tuyaux". De fait, cette formation continue devrait être obligatoire pour les maîtres d'ouvrage mais elle est surtout un moyen de re-qualification de l'architecte vis-à-vis des maîtres d'ouvrage lui permettant de peser vis-à-vis des B.E.

Cela dit, cette formation doit d'abord être considérée comme un lieu de rencontre, de rendez-vous entre architectes et l'occasion de rencontrer d'autres partenaires (maîtres d'ouvrage, B.E., etc.) en DEHORS d'une affaire, en dehors de sujets qui fâchent. A ce titre, nous envisageons cette formation allant en direction de l'architecte et de l'architecte vers d'autres interlocuteurs, une façon aussi de lui permettre de sortir de son isolement.

Quelle est la justification de l'aspect d'obligation de la formation ?

La formation est, selon nous, une nécessité. En effet, si l'on regarde les analyses sociales et économiques actuelles, on apprend que chacun fera trois métiers en une vie. Nous sommes dans une société qui bouge, où l'on ne peut plus imaginer passer une vie entière sur ses seuls acquis et, en conséquence, se satisfaire d'une formation initiale où, en sortant de l'école, on a encore tout à apprendre. A cela ajoutons que l'architecte est par définition en relation avec un grand nombre de corps de métier et que la notion de travail jusqu'à l'âge 70 ans ne lui est pas étrangère. Enfin, il nous semble indispensable de maintenir son niveau de compétence dans des domaines clés - nous pensons aux évolutions juridiques par exemple - et de s'ouvrir à de nouveaux champs d'activité, de la maîtrise d'oeuvre à la maîtrise d'ouvrage, du conseil et de l'expertise au... journalisme.

En caricaturant, nous dirions qu'il y a un conflit de génération entre les jeunes qui ne savent pas et les vieux qui ne savent plus. Notre objectif est donc d'accompagner tout le monde et de renvoyer ainsi une image moderne de la profession.

L'aspect d'obligation de la formation implique-t-il que tous les architectes y soient soumis ?

Il ne faut pas que cette formation "obligatoire" soit envisagée comme une contrainte. Il nous faudra imaginer un moyen de vérifier et comptabiliser en tant que telle la formation continue des architectes qui se forment d'ores et déjà, ou s'impliquent hors de l'agence. On peut par exemple imaginer que l'inscription dans un syndicat ou une association, la participation à des voyages d'études, à des colloques, des séminaires, soient comptée en temps de formation, l'essentiel étant de participer à autre chose et de se remettre en cause.

Cela dit, il nous paraît indispensable pour les 27.000 architectes français de s'engager dans cette direction, ce qui nous semble réalisable d'ici trois, quatre ou cinq ans. J'en veux pour preuve qu'en Bretagne, où nous avons organisé un cycle de dix jours de formation pour les jeunes inscrits à l'Ordre, lors de leurs première année, ceux-ci ont d'eux-mêmes pris l'habitude de participer à des formations régulièrement.

Plus immédiatement, et concrètement, l'appel de cotisation cette année sera accompagné d'une feuille "de voeux et d'engagement" qui nous permettra, à l'issue de cette démarche volontaire, vers mars 2008, de situer et préciser la demande. En tout état de cause, l'obligation ne deviendra effective qu'après une longue séance de pédagogie.

Propos recueillis par Christophe Leray

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