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Form follows ornament : les expériences singulières de Farshid Moussavi

© Cyberarchi 2019

Provocation ? Farshid Moussavi, enseignante à Harvard, architecte co-fondatrice de Foreign Office Architects, associe ornement et fonction et revisite l'opposition historique née du moderniste. Au-delà, en poursuivant sa réflexion sur la forme et le style, elle propose la ré-interprétation d'un vocabulaire. Entretien.

 
 
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CyberArchi : Vous avez travaillé sur l'ornement et la forme, pourquoi ?

Farshid Moussavi : La forme n'est en soi qu'un ornement. J'ai tout d'abord écrit sur l'ornement* avant d'élargir mon champ d'investigation à la forme**. Cela dit, l'ornement m'intéresse car il est un moyen de conceptualiser la contribution artistique de l'architecte. Il concerne l'ensemble des projets d'architecture et les distingue par ses différents aspects, eux-mêmes liés à la technique, à l'économie voire à la politique.

Je propose aujourd'hui de revisiter le mot ornement. Historiquement, il s'oppose à la fonction, elle-même liée à la notion d'utilité. Schématiquement, l'ornement serait inutile ; or, il est ce qui distingue une architecture d'une autre. L'ornement est conçu comme un élément fonctionnel d'architecture. En d'autres termes, outre la dimension artistique qu'il donne au projet, il lui confère sa fonction.

L'ornement n'est pas un détail, il n'est pas superficiel non plus. La tour capsule de Kurokawa est elle-même, dans sa globalité, un ornement. Les motifs de l'Institut de Monde Arabe concernent tant l'extérieur que l'intérieur et affectent la perception de l'édifice.

L'ornement n'est en aucune façon imprévu ; il est constitutif d'une culture et n'a de fonction que sa capacité à émouvoir. Notre activité, à nous, architectes, est de créer et de générer de l'ornement.


Vous avez intitulé l'un de vos derniers ouvrages The function of ornament. Vous venez de préciser votre volonté de rapprocher des termes, l'ornement et la fonction, a priori antinomiques. Pouvez-vous nous préciser votre définition de la fonction?

En mathématique ou en biologie, la fonction est un processus abstrait qui met en relation différents éléments. La fonction n'existe pas avant la forme. Un exemple simple : un logiciel relie des informations entre elles, sa fonction est donc de les connecter pour créer un nouveau dispositif, une nouvelle application. La fonction se révèle ainsi créative. Fonction et création sont indissociables.

L'ornement n'est-il pourtant pas un 'crime' ?

L'ornement n'est pas un crime, non ! (rires). J'ai enseigné à Harvard au GSD (Graduate School of Design) et, à cette occasion, je me suis penchée sur l'histoire de l'ornement et surtout sur la manière dont il a été défini au fil du temps. La phrase de Loos revient souvent comme un slogan décontextualisé. Pour lui, il n'était avant tout question que de créer une singularité. Son immeuble de la Michaelerplatz à Vienne n'est qu'une réponse au contexte somptueux et extravagant des abords du palais impérial. La blancheur immaculée est avant tout une réponse à l'opulence des façades alentour.

Le modernisme et la modernité, en tant que rupture, sont-ils compatibles avec l'ornement ?

Ces dernières décennies ont célébré la complexité dans un contexte moderniste. L'architecture appelle aujourd'hui à l'usage de motifs. Chaque architecte peut jouer avec et prendre conscience des possibilités qu'ils offrent, notamment pour singulariser un édifice.

Quant au modernisme, il faut relativiser sa position. Mies van der Rohe avait une obsession de l'ornement : les matériaux, leur aspérité, la forme des éléments structurels...

De nos jours, l'architecture est toujours plus singulière mais peut-elle être encore provocante ?

Il est certain qu'il très difficile d'être provocant aujourd'hui. A la suite de The function of ornament, et de The function of form, j'initie une nouvelle recherche, 'the function of style' car il est somme toute difficile d'appréhender aujourd'hui le style tant la production architecturale est variée.

Si la production est variée, la plupart des architectes partagent une manière de penser le projet architectural et s'en retourne souvent au contexte. Le style ne serait-il pas aujourd'hui dans le processus créatif plus que dans la forme elle-même ?

Il n'y a pas actuellement de manifeste. Nous avons tous notre approche de la réalité et nos contributions sont critiques. Nous pensons localement et nous envisageons les conséquences d'un projet sur son environnement. Aussi, nous partageons aujourd'hui un "style de processus", je pense que c'est vrai.

Quel rôle envisagez-vous pour l'architecte ?

Je suis, quelque part, ingénieur mais avant tout je suis architecte. Ce qui nous différencie des ingénieurs est assez simple. Alors qu'ils conçoivent après maints calculs des espaces adaptés aux usages, l'architecte propose quant à lui - et c'est ce que nous faisons - d'élargir l'espace. La RATP nous a confié une étude et notre projet propose l'ouverture et l'élargissement des circulations par exemple.

Les architectes jouent donc un rôle clé. En plus de concevoir les dimensions d'un projet, ils travaillent une matière symbolique. Chaque édifice se présente comme une somme d'expertises et, dans ce cadre, il revient à l'architecte d'être créatif. Chaque construction est un assemblage unique qui se singularise. Pour ce faire, l'ornement est un moyen (medium).

D'autre part, il nous revient, à nous architectes, d'émouvoir. L'émotion naît de l'expérience de l'espace et cette expérience reste inhérente à la culture de chacun. L'architecte ne doit pas, seul, imposer sa propre émotion ; de toute façon, il en serait incapable.

Propos recueillis par Jean-Philippe Hugron

Consulter également notre album-photos 'D'expériences en émotions, FOA officie à travers le monde'.

*The Function of Ornament de Farshid Moussavi (2006) ; éditeur : Actar ; Format : 17x22cm ; 192 pages.
**The Function of Form de Farshid Moussavi (2009); éditeur : Actar ; Format : 17x22cm ; 384 pages.

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