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Favela d'architectes à la Condition publique

© Cyberarchi 2017

De jeunes architectes et étudiants en architecture se sont confrontés concrètement, dans le cadre de l'EASA 2004, aux problématiques qui surgissent lorsqu'il s'agit de loger 450 personnes dans un espace restreint, une friche industrielle de 3.000m². Où chacun doit développer sa stratégie de confort dans un 'bidon-village' avec des échafaudages comme matériau de base...

 
 
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A l'occasion de l'EASA 2004 (European Architecture Students Assembly), 400 étudiants en architecture venant de 40 pays européens (voire de plus loin puisque cette année des étudiants du Nicaragua ont répondu à l'appel) se sont retrouvés du 26 juillet au 8 août à Roubaix à la Condition Publique, ancien lieu de conditionnement de la laine tout juste réhabilité en manufacture artistique par Patrick Bouchain. Au programme : ateliers, conférences et visites de sites qui permettent d'expérimenter les problématiques soulevées par la thématique choisie cette année, soit 'Métropolitain - Micropolitain'.

L'idée de base est simple. A leur arrivée, les étudiants disposent d'un kit qui leur permet de construire un cube de 2 X 2 X 2 m qui doit 'loger' 3 personnes. Les participants devaient se munir de carré(s) de tissus, une référence à l'histoire textile de Roubaix, afin de personnaliser leur cube. Ils ont découvert en arrivant leur pile d'échafaudage et une plaquette, du type de celles que l'on trouve dans les avions, en guise de mode d'emploi, réalisée par le collectif de graphistes 'TOMI'.

«Au-delà de l'aspect pratique et immédiat de l'hébergement, il s'agissait pour nous d'envisager 'L'agglomération' au travers de cette micro-organisation d'urbanisme générée avec cet outil là», explique Philippe Rizzotti, membre de 'EXYZT'. Et en premier répondre aux besoins vitaux des habitants de cette agglomération : dormir, manger, se laver. Pas si simple donc quand on ne dispose en tout et pour tout que de deux robinets débitant 12 litres d'eau/seconde. La cuisine et les douches, pour des raisons aussi bien de sécurité que de gestion des fluides, ont demandé un travail de conception important en relation avec les organisateurs de l'EASA.

Sylvain Gruson, étudiant et responsable technique au sein de l'organisation, parle aujourd'hui des normes - chaîne alimentaire, chaîne du froid, etc. - comme un vieux routier. Il a réussi à installer le gaz pour la cuisson de la cuisine et deux vaches à eau sur le 'toit' de la structure de douches, de 15.000 litres chacune, qui utilisent la gravité et un simple flotteur de toilettes pour alimenter robinets et douches. Cerise sur le gâteau, les vaches commandées à Aix-en-Provence sont faites d'une toile fabriquée à... Roubaix. Plutôt bon signe. «Et c'est opérationnel», s'exclame Sylvain Gruson, pas peu fier. A juste titre puisque la commission sécurité et les pompiers ont dû, quelques heures avant l'arrivée des premiers habitants, en convenir.

«Dans ces conditions drastiques - trois personnes dans 4m² - chacun doit déterminer son confort par rapport à ses propres envies», explique Philippe Rizzotti. «Au début, le premier jour, chacun a respecté la règle de base et, par groupe de trois, a construit son cube», dit-il. Les prévoyants ont ensuite décoré avec leur propre tissu, les autres ont dû se débrouiller. Premiers soucis. Les plus pauvres ou les plus imprévoyants ont utilisé des bâches plastiques découpées dans des emballages de palette, voire des sacs poubelles, pour se créer un peu d'intimité dans cet espace de 3.000m² où logent 450 personnes, soit 6 rangées de 15 cubes dans une halle, et 7 rangées de 9 cubes dans l'autre. Sauf que le plastique, dans un endroit public, est particulièrement dangereux. L'agglomération a donc dû se doter de règles. Dès le second jour, l'espace a évolué ; les jeunes étudiants, architectes en devenir, se sont d'abord regroupés par «pavillon» national et ont entrepris de redessiner leur espace en combinant un, deux, trois, quatre ou cinq cubes. D'autres ont repensé leur cube en installant le couchage en haut pour disposer d'un espace de vie en dessous. «On assiste au fil des 15 jours de l'EASA a une véritable évolution : on abandonne son cube, on le remonte ailleurs, on le combine avec d'autres cubes ; l'espace doit au final s'auto-organiser, l'ambition étant de créer une émulation par rapport à l'utilisation du matériau», ajoute Philippe Rizzotti.

«Des gens ont apporté des tissus typiques de leur région, très beaux, d'autres optimisent leur situation avec des matériaux de récupération, c'est une favela d'architectes, c'est assez surprenant», se marre Philippe Rizzotti. «Entre hôtel 'cheap' et architecture participative, c'est très proche d'une belle aventure de vacances et de Sangatte (la ville où se situait le camp de transit d'immigrants tentant le passage en Angleterre, près de Calais. NdR)», dit-il encore.

«C'est très 'cosy' et chaleureux mais proche de l'univers concentrationnaire ; il faut éviter l'autoritarisme et les jeux de pouvoir». Comment gérer la densité et le fait que cette ville dispose de peu d'espace public ? Les différences de culture et de revenus ? Les éléments sécuritaires et normatifs ? Quelles règles d'urbanisme adopter ? Comment les mettre en oeuvre ? Autant de questions auxquelles 'EXYZT', qui offre en l'occurrence une adaptation de la théorie du bidon-village (Yona Friedman, architecture de survie), a dû tenter de trouver des réponses adéquates. «Nous sommes dans Micropolis», assure Philippe Rizzotti. Au coeur même de la thématique 2004.

Christophe Leray

Vous pouvez aussi indiquer le site de l'EASA 2004 régulièrement mis à jour : www.easa2004.com


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