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Fabrizio Carola : l'humaniste en rupture avec la brutalité modernisatrice coloniale

© Cyberarchi 2019

Cet architecte de l'Afrique est d'abord un grand européen. Né à Naples, Fabrizio Carola a fait ses études d'architecture et construit ses premières réalisations à Bruxelles. Puis, il a découvert l'architecture et l'urbanisme moderne français... au Maroc, dans les premières années de l'indépendance, avant de revenir à Naples, où il crée sa première agence en 1963.

 
 
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Fabrizio Carola s'intéresse alors aux nouveaux matériaux : le polyester, le béton précontraint, à propos duquel il obtient en 1971 la 'Regolo d'oro' pour l'invention d'un brevet. Fabrizio Carola est dès cette date un constructeur-inventeur.

En 1972, Fabrizio Carola part diriger un grand projet au Mali et la rencontre avec l'Afrique noire va faire basculer son destin. L'architecte découvre un monde et une culture dont il s'éprend ; l'homme de progrès découvre l'ampleur des besoins, le constructeur ne cessera plus de chercher des solutions justes pour développer sans détruire.

En 1976, Fabrizio Carola part au Niger dans le cadre de la Coopération Technique Italienne pour lancer la "recherche de systèmes économiques de construction". Bien qu'un peu étroit, l'intitulé de la mission définit son oeuvre ultérieure. Fabrizio Carola en effet a investi bien plus que son talent de constructeur dans cette vie. L'humaniste européen a voulu rompre avec la brutalité modernisatrice coloniale. A la recherche de méthodes plus attentives aux sociétés, Fabrizio Carola a beaucoup travaillé sur l'urbanisme des villes africaines ; à l'échelle de l'équipement, il modifie les programmes pour qu'ils intègrent les pratiques sociales qui structurent la vie africaine. Constructeur, il a été le pédagogue inlassable d'une modernisation des techniques et de l'auto-développement.

La mission Ecoles menée au Mali en 1985 est typique de sa méthode : après une première phase d'enquête sur les écoles de la région de Gao, l'architecte met au point un projet de construction scolaire en terre puis encadre la construction de deux prototypes, pour tester la technique avec les maçons. L'expérience menée, il appartiendra aux maliens de développer la méthode - dans un pays, il faut le rappeler, où l'architecture traditionnelle est d'une beauté et d'une puissance qui a fasciné l'Occident depuis le XVIIIe siècle -. Le dialogue ouvert par Carola entre la tradition classique italienne et l'architecture africaine n'est pas un "échange inégal".

L'hôpital de Kaedi en Mauritanie, construit en 1984 et qui lui vaudra le Prix de l'Aga Khan, est peut-être l'exemple le plus accompli de sa démarche. L'architecte a commencé par transformer le programme-type, pour que chaque malade puisse recevoir sa famille. "Je m'étais rendu compte qu'en Afrique, les familles restent toujours près du malade et que cette présence joue un rôle thérapeutique. Alors j'ai travaillé sur un concept d'hôpital adapté à cette familio-thérapie. A Kaedi, nous avons pu agrandir l'hôpital pour que toutes les familles puissent s'installer dans l'enceinte".

Il met en oeuvre une technique qu'il a mise au point avec l'ADAUA*, qui permet de monter les coupoles en briques sans bois d'oeuvre. L'argile est extraite sur place et les briques sont fabriquées sur le site, ce qui permet d'investir les ¾ du budget de l'opération dans l'économie locale. La lumière naturelle entre par des blocs de verre incrustés dans les coupoles, lesquelles sont soulevées pour permettre une ventilation naturelle. Cette histoire ressemblerait au roman de Fernand Pouillon** mais l'architecture de l'hôpital nous rappelle que nous ne sommes pas en Europe. Pour définir ce bâtiment, qui a fait date en Afrique, le critique italien Luigi Alini parle d'architecture organique, voire zoomorphique... Nous préférerons emprunter à Fernand Braudel le concept d''oeuvre-monde' : un projet qui embrasse toute la complexité du développement de l'Afrique et propose en retour une série de réponses appropriées.

Marie-Hélène Contal

Né à Naples en 1931, Fabrizio Napola est architecte diplômé de l'ENSA de La Cambre (1956) à Bruxelles et de la Faculté d'architecture de Naples (1961). Il découvre l'Afrique en 1971 pour une mission au Mali. Il consacre dès lors la majeure partie de son travail à ce continent, en collaboration avec l'Unesco et de nombreuses ONG. Parmi ses oeuvres majeures : l'hôpital de Kaedi en Mauritanie (1984), le Centre de formation et de recherche sur les technologies de construction adaptées au sahel à Mopti au Mali (1995). Il fonde en 1985 l'association Napoli :europa-africa (N :EA) dont il est président. Il reçoit en 1995 le prix de l'Aga Khan. Il est fréquemment invité en Europe à enseigner les technologies de construction de maçonnerie à surfaces courbes, à Barcelone, Gênes, Bruxelles, Grenoble, etc.

* Association pour le Développement d'un Urbanisme et d'une Architecture Africains
** Les pierres sauvages, Fernand Pouillon

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