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Extension de Roland Garros : jeu, set et match pour la FFT ?

© FFT / 2013 - Chaix & Morel, ACD Girardet, D. Vaniche, M. Mimram, M. Goutal, Eq. Corajoud - Perspective : 3dfabrique : Copyright 2017

Démolition du court n°1, réhabilitation du court central, réaménagement de la place des Mousquetaires… Roland-Garros sera entièrement remanié à l’horizon 2020. Les 350 millions d’euros nécessaires à cette modernisation seront supportés à 95% par la FFT. Mais l’extension du stade sur le jardin botanique a toujours du mal à passer auprès des riverains et des associations. Le point sur le projet.

 
 
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Cela fait six ans qu’un match acharné se joue entre la FFT et les associations de défense du jardin des serres d’Auteuil ! Depuis la décision de la Fédération française de tennis de garder Roland-Garros en terre parisienne, les balles flirtent avec le filet et les lignes blanches, chacune des parties tentant des coups médiatiques décisifs.

La FFT le répète : les serres historiques de Jean-Camille Formigé ne seront pas démolies, malgré les rumeurs persistantes. Les opposants insistent : neuf serres chaudes modernisées d’origine, « contenant une collection de quelque dix mille plantes tropicales et subtropicales de valeur mondiale », ont été rasées. Mais, pour l’architecte Marc Mimram, ces bâtiments non classés, faits « d’aluminium et de plastique », ne présentaient pas d’intérêt patrimonial. Et Gilles Jourdan, directeur du projet de modernisation du stade, de rappeler que « les collections tropicales ont simplement été transférées le temps des travaux. »

Pour les opposants, c’est encore une centaine de végétaux extérieurs (arbres et arbustes) qui a été arrachée, alors que M. Jourdan note qu’une « vingtaine d’arbres seulement ont été abattus dans l’allée centrale qui desservait les serres chaudes. » Plutôt que de toucher à l’intégrité du jardin botanique, ne pouvait-on pas choisir d’étendre Roland-Garros en couvrant une portion de l’A13, comme l’avaient proposé les défenseurs du jardin ? Une étude d’Egis de 2015 a balayé d’un revers cette solution alternative qui aurait impliqué 5 ans de travaux supplémentaires et un surcoût (contesté) de 48 millions d’euros.

Aussi déroutants que les argumentaires antithétiques, les décisions juridiques se succèdent et se contredisent, ralentissant l’avancement du chantier. La dernière en date - en février 2017 - confirme la validité du permis de construire de la FFT. Mais les associations de défense du patrimoine et de l’environnement ont fait appel de cette décision du tribunal administratif de Paris…

 

Jouer positif

 

Profitant de l’imminence de l’édition 2017 du tournoi, le comité de soutien des serres d’Auteuil a sonné une nouvelle fois la charge le 26 mai, lorsqu’il a rédigé une tribune dans Le Monde et appelé Nicolas Hulot, tout juste installé au ministère de Transition écologique et solidaire, à « sauver le jardin botanique. » Deux jours plus tard, le dimanche 28 mai, pendant que la joueuse tchèque Petra Kvitova ruinait les espoirs de l’Américaine Julia Boserup sur le court central, la Fédération française de tennis organisait une conférence de presse pour reprendre les coups à la volée.

Bernard Giudicelli, président de la FFT, l’affirme : « En restant à Paris, nous avons fait le choix du courage. Philippe Chatrier nous a laissé un héritage. Nous sommes là pour perpétuer une histoire. Malgré le temps nécessaire, nous sommes allés jusqu’au bout. Tous les grands projets, comme la Fondation Louis Vuitton et le stade Jean Bouin, ont fait l’objet de longues contestations. »

Déclarant respecter les processus démocratiques, M. Giudicelli n’en affiche pas moins sa détermination et une grande confiance. « La modernisation de Roland-Garros est essentielle pour l’obtention des JO de 2024, dit-il. Nous avons le soutien du président de la République. » Enfonçant le clou, Gilles Jourdan indique de son côté que « 40% du gros œuvre du court des serres est déjà réalisé. Le chantier est en route ! » Cet optimisme, dont se prévalait déjà la FFT dans un communiqué de presse au lendemain de la décision de justice de février, signe-t-il pour autant un drame environnemental et l’arrêt de mort du jardin botanique ?

 

Géométrie variable

 

À bien y regarder, les effets de la prise de possession partielle du jardin par la FFT semblent presque indolores. La fédération sportive distingue deux cas de figure. En dehors des périodes de tournoi, le jardin botanique restera entièrement accessible au public. Mieux, les visiteurs jouiront d’une surface étendue sur des zones autrefois réservées.

Les bâtiments en meulière du XIXe siècle, qui étaient occupés par les services techniques de la direction des espaces verts et de l’environnement de la Ville de Paris, seront en effet réhabilités et devraient accueillir des activités pédagogiques et des manifestations culturelles (mais on parle aussi d’un café ou d’un Monoprix). À la place des anciennes serres chaudes « d’aluminium et de plastique » à vocation technique (non visitables), quatre nouvelles serres en accès libre borderont les quatre côtés d’un court de tennis dont les gradins auront une capacité de 5 000 places assises (le fameux « court des serres »).

Neuf semaines par an, pendant une période qui couvre la quinzaine de Roland-Garros, la géométrie du site sera modifiée, comme le prévoit la convention d’occupation du domaine public signée avec la Mairie. Une clôture provisoire sera érigée pour inclure les bâtiments en meulière et le « court des serres » dans l’enceinte du tournoi, en laissant libres d’accès les serres historiques et le reste du jardin. La FFT estime ainsi à 7% l’augmentation de la capacité d’accueil du nouveau stade qui disposera de 40 000 places assises.

À en croire les perspectives du projet, l’architecture du « court des serres » sera parfaitement intégrée au jardin. Marc Mimram a conçu un court semi-enterré (5 m sous le niveau du sol) pour minimiser son impact visuel et ne pas dépasser la hauteur des beaux bâtiments de verre de Jean-Camille Formigé. Le terrain en terre battue et les gradins seront masqués par les plantes des quatre nouvelles serres dont l’architecte souhaite qu’elles présentent la flore de quatre régions tropicales différentes : Amérique, Afrique, Océanie et Asie. Bref, le site du jardin botanique, dont la Fédération française de tennis indique malicieusement qu’il était peu fréquenté, en ressortirait valorisé.

Reste cependant à savoir si la réalité sera aussi séduisante que le projet sur papier et à s’interroger sur le désengagement fréquent des pouvoirs publics qui, au lieu de servir directement leurs intérêts et ceux de leurs administrés, abandonnent leurs prérogatives au privé pour construire ou aménager à moindres frais (la rénovation des bâtiments en meulière du XIXe siècle et la gestion de leurs programmes sont par exemple du ressort de la FFT). Un mélange des genres discutable que, visiblement, les associations de défense du jardin des serres d’Auteuil ont encore du mal admettre…

 

 

Tristan Cuisinier

 

 

Calendrier prévisionnel des travaux de modernisation de Roland-Garros :

Pour le tournoi 2017 : livraison des PC Organisation et Sécurité, des nouveaux accueils de la FFT et des médias.

Pour le tournoi 2018 : livraison du bâtiment de l’organisation et du village, des courts 7 et 9, du court 14 de 2 200 places, de la porte et de l’accueil du Fonds des Princes, des bâtiments en meulière du jardin des serres d’Auteuil.

Pour le tournoi 2019 : livraison du nouveau Chatrier sans le toit, du court des serres, des courts 10, 11, 12, 13, 15 et 16.

Pour le tournoi 2020 : livraison du toit du Chatrier et du nouveau bâtiment animation.

 

 

Avant et après travaux
Court des serres - projet
Court des Serres
 Serres chaudes démolies
Court des Serres
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