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Equerre d'argent 2003 : l'ambassade pleine de tact d'Yves Lion et Claire Piguet

© Cyberarchi 2018

Yves Lion et Claire Piguet ont reçu l'Equerre d'argent 2003 en février dernier pour l'ambassade de France à Beyrouth (Liban) en faisant le «pari de la stabilité», de l'avenir, malgré le poids écrasant de l'histoire.

 
 
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«La question du sens, difficile à traiter en architecture, ne se pose pas dans le cadre d'une ambassade», a déclaré Yves Lion lors de la remise du prix de l'Equerre d'argent 2003 le 10 février dernier à Beaubourg. Le prix d'architecture le plus prestigieux de France a été décerné à Yves Lion et Claire Piguet pour l'ambassade de France à Beyrouth (Liban). Un prix auquel ils ont associé leurs collaborateurs libanais, une oeuvre chargée de sens donc.

Dans sa présentation en effet, Yves Lion rappelle sobrement que «chacun a en mémoire les évènements du Liban et pour notre pays la disparition d'un de nos ambassadeurs». Dominique de Villepin, ministre des Affaires étrangères, invité à s'exprimer à cette occasion a laissé poindre, au détour d'une phrase, à quel point l'histoire avait pesé forcément sur la conception même du bâtiment. «... risques d'incendie, d'attentat : sécurité donc mais dans la générosité, pas dans l'obsession», dit-il. Une dénégation qui en dit long sur les contraintes qui ont pesé sur les épaules des architectes puisqu'une ambassade est «l'image de la France» (Villepin) et donc justement à ce titre une cible privilégiée.

Yves Lion connaît bien Beyrouth pour y avoir réalisé en 1991 le jardin de l'ambassade de France et du Centre Culturel puis, en 1994, pour avoir travaillé lors d'un concours sur la reconstruction des souks en centre-ville. Enfin, la rue de Damas, où s'est élevée la nouvelle ambassade, était pendant la guerre civile au Liban la ligne de démarcation entre quartiers chrétiens et musulmans. «Nous avons connu cette ville dévastée», dit-il.

Un contexte qu'il est important de rappeler car il éclaire singulièrement l'architecture de cette ambassade, décriée par d'aucun comme une forteresse, quand l'ambassadeur Philippe Lecourtier (cité par le quotidien Libération) y voit «le pari de la stabilité du Liban». Il est d'ailleurs remarquable qu'Yves Lion, dans la série de photos de son ouvrage qu'il propose, y ait inclus une vue de la rue de Damas où l'ambassade apparaît en arrière-plan, derrière un immeuble portant encore la trace des combats qui se sont déroulés à cet endroit. Un rappel salutaire qui interdit de considérer le bâtiment hors de son contexte. Yves Lion est aussi urbaniste et ce n'est pas un hasard.

«La sécurité est très stricte, elle définit trois périmètres plus ou moins accessibles, relativement étanches, nécessitant sas d'accès, point de contrôle, etc.», explique Yves Lion. «Au rez-de-chaussée nous avons voulu l'abstraction de ces éléments et des partitions qu'ils imposent, pour affirmer l'accueil à travers un traitement unitaire des espaces». De fait, la correspondante de Libération à Beyrouth, n'hésite pas à affirmer que, nonobstant la destruction, pour raison de sécurité, d'une station-service jouxtant l'ambassade, «le dispositif de sécurité reste discret, contrairement à celui d'autres ambassades au Liban, bunkers hostiles».

Ce n'est pas la seule raison pour laquelle Yves Lion a été primé. Finaliste en 1986, 1987, 1988 et lauréat en 1989 pour le Musée Franco-Américain de Blérancourt, Yves Lion est un habitué de l'Equerre d'argent. Avoir ainsi su répondre à «l'obsession» sécuritaire du maître d'ouvrage sans y perdre son souffle d'architecte n'est pas la moindre des réussites à saluer.

Au cours de la même cérémonie, le Prix de la Première oeuvre a été remis à l'architecte Eric Lapierre et aux responsables du Monde Diplomatique pour la construction de leurs nouveaux locaux à Paris, ainsi qu'aux réalisations mentionnées.

Christophe Leray

Pour consulter les travail des autres lauréats de l'Equerre d'argent 2003, cliquez sur les liens ci-dessous.

Première oeuvre : Le Monde Diplomatique à Paris, par Eric Lapierre
Mention à l'Equerre d'argent : L'Académie Fratellini à Saint-Denis, par Liliana Motta
Mention à l'Equerre d'argent : Stade en bord de Seine à Nanterre de Pierre Barthélémy et Sylvia Grino
Mention à l'Equerre d'argent : Le Gymnase Europôle à Grenoble de Nicolas Michelin
Mention à la première oeuvre : Extension d'une maison à Saint-Cyr-sur-Mer (Var) de Julien Monfort

Equerre d'argent 2003 : l'ambassade pleine de tact d'Yves Lion et Claire Piguet
Equerre d'argent 2003 : l'ambassade pleine de tact d'Yves Lion et Claire Piguet
Equerre d'argent 2003 : l'ambassade pleine de tact d'Yves Lion et Claire Piguet
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