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Entretien : «Les architectes doivent démocratiser la domotique»

© Cyberarchi 2020

Marc-Antoine Micaelli est cofondateur d'Universel Domavenir et aujourd'hui consultant en domotique. Il offre dans cet entretien le point de vue d'un technicien de la domotique quant à ses applications passées, présentes et futures.

 
 
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Cyber Archi : Nous pouvons peut-être commencer par un rappel des définitions des mots Domotique et Immotique et de leurs champs d'applications respectifs.

Marc-Antoine Micaelli : La domotique regroupe l'ensemble des fonctions (et non des produits) utilisées dans l'habitat à des fins de confort, sécurité et économie d'énergie.

simplifier, par le regroupement, l'harmonisation et l'ergonomie améliorée des interfaces homme/maison (télécommande AV, prog. magnétoscope, média, etc)

prolonger la main de l'homme (commande à courte distance, télécommande, interrupteurs)

automatiser par la programmation et/ou par scénario de réactions aux évènements

commander à distance par téléphone, Internet, SMS les applications le justifiant (chauffage, arrosage, simulation de présence, ouverture à des locataires)

sécuriser activement : dissuader, protéger l'accès, avertir, collecter des preuves (intrusion, incidents domestiques)

gérer l'énergie efficacement, fonction anti-oubli, et profiter des énergies gratuites en utilisant les commandes supplémentaires disponibles, détection ensoleillement, commande de volet, etc.

superviser à longue distance l'habitat, depuis un téléphone ou Internet : image, vidéo, températures, humidité, etc.
L'Immotique regroupe l'ensemble des fonctions de supervision et d'action centralisées des fonctions domotiques de plusieurs habitats individuels regroupés dans un ensemble collectif et dans un but collectif.

La domotique existe depuis 20 ans mais son application dans le cadre du logement ou du secteur tertiaire semble particulièrement sous-développée, par rapport à d'autres supports comme l'automobile notamment. Quelles sont les causes de ce sous-développement?

La voiture projette l'image de la réussite sociale, alors que l'intérieur de l'habitat, cadre plus personnel, ne projette une image qu'à ceux à qui l'on ouvre sa porte. Les personnalités du show business, à l'inverse, utilise à l'occasion de réception, leurs maisons également pour cette projection de réussite.

Les fonctions de confort de l'automobile se justifient plus rapidement car le conducteur doit focaliser son attention sur la conduite, les éléments d'automatisme sont perçus comme des modérateurs du niveau de stress.
Le fait qu'ils aient été proposés en option par les constructeurs automobiles a également favorisé leur démocratisation.

Si les entreprises de bâtiment et architectes faisaient de même, la démocratisation des fonctions domotiques se ferait également, mais il faut trouver de la valeur ajoutée pour ces constructeurs.

Quels sont les acquis actuels en terme de gestion de l'énergie, du confort, de la sécurité et ce que vous appelez la gestion d'oubli ?

Les acquis ne sont pas les mêmes pour toutes les entreprises.

La sécurité

Dissuader : simulation de présence réaliste et lancement d'un scénario simulant une réaction a l'approche d'un rôdeur.

Protéger : dispersion de fumigène et balisage lumineux de la sortie ; Collecte d'informations, transmission par mail des images des intrus.

Sécurité technique : Fermeture de vannes en cas d'inondation ou fuite de gaz entraînant : extraction d'air et/ou coupure des équipements dont le fonctionnement pourrait aggraver la situation.

La gestion de l'énergie

Fonction anti-oubli, les équipements et éclairages s'éteignent lorsque l'absence des occupants est confirmée grâce à : la mise en veille d'alarme, la détection d'absence ou autres informations.

Détecter et utiliser les énergies gratuites : ouverture des volets roulant sur la façade ensoleillée.

La communication avec sa «maison intelligente» via Internet est-elle aujourd'hui au point ? Quelles en sont les principales applications ou innovations déterminantes ?

C'est au point mais toujours freiné par des contraintes techniques : l'ADSL et le câble ont un débit trop bas (les flux vidéos partent de la maison et ne disposent souvent que de 128kbits/s soit 10 images/sec). De plus, le nombre trop limité d'adresses IP implique une rotation permanente (FT toutes les 8 heures), d'où un contact vers la maison plus délicat. On voit de fait des «homes gateway» utiliser des modems RTC (ligne téléphonique standard), sans vidéo, bref des moyens techniques finalement très limités.

En ce qui concerne les innovations à venir, la surveillance à distance d'enfant et de baby-sitter et la téléassistance pour les personnes âgées, les personnes médicalement dépendantes ou handicapées, sont les principales évolutions des cinq prochaines années.

Quelle perception a le grand public de ces nouvelles technologies ? Et ces nouvelles technologies correspondent-elles à ses attentes ? (ces attentes sont-elles d'ailleurs identifiées ?)

La perception est excellente tant qu'on parle d'éventail de fonctions et non de technologie. La technologie sera le plaisir supplémentaire pour les passionnés, ceux-ci sont d'ailleurs souvent clients dès aujourd'hui. Les constantes du marketing se vérifient même sur ce marché : lorsque le couple marché/produit (dans ce cas fonction) est cohérent le succès est déjà à moitié acquis.

Certaines attentes sont identifiées et représente 80% du chiffre d'affaire des entreprises de domotique, même si parfois elles s'éloignent de ce que les sociétés sont capables de proposer ou ont envie de développer. Ici sur un marché placé bien haut dans une pyramide du besoin c'est le client qui dicte ses envies, même si il ne les connaît pas lui-même. Le gros travail est en marketing opérationnel, pour révéler les besoins latents des clients. Ensuite les techniciens additionnent les «briques» de produits pour remplir l'application.

Le prix de cette technologie a-t-il un aspect prohibitif ?

Moins aujourd'hui, mais cela ne se sait pas encore, d'où l'implantation en GSB (grandes surfaces de bricolage).

Une installation peut-elle être évolutive ou l'ensemble doit-il être intégré dès la construction, voire dès la conception du logement ?

Prévu à la construction il est possible d'optimiser un précablage qui permettra de choisir les fonctions à son rythme pour éviter d'utiliser les technologies sans fil plus chères et à la portée limitée.

Mais aujourd'hui les technologies sans fil gagnent en fiabilité, ouverture et standardisation grâce à l'impulsion du marché de l'informatique.

Le meilleur compromis actuel pour l'habitat existant reste l'addition des technologies sans fil et filaire telles que proposées dans la gamme xdom : radio et/ou infrarouge + courant porteur numérique pour aller jusqu'à l'appareil à commander. Dans tous les cas, l'évolutivité est bonne avec ou sans précablage.

Les professionnels de la construction (architectes, concepteurs, installateurs, etc.) sont-ils eux-mêmes au fait des progrès en ce domaine ?

Pas suffisamment, ces notions ne font pas partie de leur formation initiale, leur complément de formation ne peut être qu'à leur initiative ou sous la pression de leurs clients. Certains acteurs, peu à l'aise dans ce domaine, vont même jusqu'à dissuader leurs clients.

L'idéal serait de rapprocher les architectes et les premiers consultants en domotique qui arrivent sur le marché fort de 10 ans d'expérience de domotique/informatique. Ou de les rapprocher des industriels, mais c'est plus difficile en raison du problème d'impartialité qui freine à juste titre les architectes.

Les compétences pour leur mise en oeuvre existent-elles ou sont-elles à développer (en clair peut-on facilement trouver un installateur compétent près de chez soi ?)

Un fort effort de formation et de labellisation des installateurs a été fait mais par les fournisseurs, forcément toujours de parti pris pour leurs marques. La solution est sûrement auprès des consultants/conseils/formateurs indépendants en domotique ou d'une entreprise ayant une étiquette fédératrice qui n'existe pas encore.

Vous estimez que la domotique va avoir dans l'avenir un développement aussi important que celui du PC depuis une quinzaine d'année. Cela est-il possible sans unification des protocoles de communication ?

L'unification existe grâce à IP, mais il faut développer les produits et les entreprises françaises manquent de fonds pour ces développements, la chute du marché des nouvelles technologies ayant énormément freiné les «business angels» et investisseurs, qui nous ont soutenus ces 10 dernières années. Les américains le feront à notre place...

Un système de gestion centralisé où non seulement les équipements mais également les systèmes peuvent communiquer entre eux existe déjà et est même immédiatement disponible grâce à l'IP-domotique que les entreprises ont dans les cartons. Ainsi PC, pocket PC, téléphones, décodeurs satellite, éclairages et appareils électriques pourraient parler le même langage. Ainsi peut-on également remarquer que nous autres humains parlons tous «web-browser», «télécommande» et «interrupteur mural».

L'IP-domotique semble la voie fédératrice qui décrit ce que sera la domotique, immotique, urbatique de demain.

«Ne plus être maître chez soi» est l'une des réticences du public vis-à-vis de ces technologies. Une autre est la complexité des systèmes que l'on ne peut réparer ou maintenir («c'est toujours l'électronique qui tombe en panne»). Ces craintes sont-elles fondées ?

C'est là qu'est la différence entre la domotique avant 1990 et après 1990 car cette année charnière a vu la disparition de l'intelligence dite centralisée.

Illustration avant 1990 : vous appuyez sur un bouton pour allumer la lumière, votre requête est transmise au superviseur, qui priorise et autorise ou non l'action. Puis agit et renvoie l'ordre à la lumière qui s'allume ou non. Sauf s'il y a un disfonctionnement, bug, virus ou un grand nombre de requêtes à gérer.

Illustration après 1990 : la tendance est désormais à la priorité à l'homme. Vous appuyez sur un bouton pour allumer la lumière, l'ordre est transmis directement à la lumière qui s'allume. S'il y a un superviseur (qui n'est plus indispensable pour les petites applications) il écoute ce qu'il passe sur le réseau et gère d'autres actions s'il y a lieu (information, temporisation, etc.). En cas de panne d'un composant, tous les autres continuent à fonctionner.

Hormis la hotline, les industriels et points de vente appliquent l'échange standard pour contrecarrer la mauvaise image de fiabilité héritée de l'ancienne domotique.

Propos recueillis par Christophe Leray

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