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Entretien : L'aménagement du territoire à Lyon est fait à l'emporte-pièce

© Cyberarchi 2019

François-Noël BUFFET est maire d'Oullins et vice-président du Grand Lyon chargé de l'urbanisme et de la politique d'aménagement. Il offre sa vision de la problématique des contournements lyonnais.

 
 
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Cyber Archi : La circulation à Lyon est catastrophique. Le contournement ouest est-il une solution ?

François-Noël Buffet :
L'aménagement du territoire est fait à l'emporte-pièce et les conséquences dans la vie quotidienne des gens peuvent être catastrophiques. Nous avons été extrêmement seuls, mon prédécesseur et moi-même avec la population pour mener le combat contre le projet de périphérique ouest de l'agglomération lyonnaise (COL). Nous étions d'accord sur le principe mais opposés sur le tracé car on considérait que celui qui était proposé passait en zone urbaine dense et ce n'était pas acceptable. Mais il y avait eu à un moment donné un accord entre élus et ils étaient prêts à nous "passer à la casserole" nonobstant des réalités géographiques et techniques qui étaient bien là.

Vous n'êtes plus seul puisque Michel Mercier, président du Conseil Général du Rhône, s'est également prononcé en décembre dernier contre ce projet.

Quelles sont les conséquences dont vous parlez ?

On repart à zéro et, surtout, on ne règle pas le problème de la vallée du Rhône et des passages en coeur de ville. Si on repart sur les mêmes bases, on reprend cinq ans de retard. C'est énorme ! Alors que si on regarde une carte, la solution sur les contournements coule de source. Le postulat de départ est que la communauté urbaine a une unité de territoire et que l'on ne peut chercher à opposer les habitants de cette communauté urbaine. Par exemple, si vous dites qu'on va faire passer du trafic autoroutier à l'Est, les gens trouveront cela scandaleux, estimant qu'ils ont déjà la rocade Est, ce qui est vrai. Si pour calmer les gens on fait passer cette autoroute à l'Ouest, il faut pourtant pouvoir répondre à la question suivante : y a-t-il un intérêt objectif ou pas de la faire passer à l'ouest ? Je dis qu'il n'y a pas d'intérêt objectif.

L'Ouest a besoin de voirie, l'équivalent de la rocade Est, mais n'a pas besoin de voirie autoroutière. Comme ce n'est pas le rôle de la rocade Est de jouer un rôle autoroutier. Elle a un rôle de desserte des communes de deuxième couronne entre le nord et le sud de l'agglomération. C'est un vrai rôle et il faut qu'elle le retrouve. Il faut faire à l'ouest, sur les contreforts des monts du Lyonnais le même type de voirie, à caractère départemental avec des échanges.

Comment en ce cas organiser le contournement autoroutier de Lyon ?

Pour ce qui concerne les contournements autoroutiers, nous sommes dans une logique où il faut soulager la Vallée du Rhône qui est surchargée. Elle sature tellement que les services de l'Etat en sont à dire qu'il faut faire cinq voies autoroutières par endroit, ce qui est complètement fou en terme de sécurité et de surcharge - parce que plus vous créez de voies, plus vous amenez de voitures.

Or, si on se place au niveau national, que fait le trafic du Nord ? Il passe par Lyon, la vallée du Rhône jusqu'à Orange pour aller ensuite sur l'Espagne avec une petite partie sur la Provence. On le sait. A partir de là, on peut très bien raccrocher au nord de Lyon, depuis Villefranche, St Etienne et Clermont-Ferrand et depuis Clermont une autoroute qui file jusqu'à Bordeaux. On aurait à ce moment une transversale qui n'existe pas aujourd'hui sur le territoire national. Ainsi on évacue une première partie du bazard. Là il y a un enjeu.

Vers l'Est, on a Grenoble-Sisteron qui est en train de se mettre en place et qu'il faut finir - l'autoroute ne peut pas s'arrêter à Grenoble. A mon sens, il faut donc de Villefranche partir vers l'aéroport St Exupéry, faire les liaisons nécessaires, et de là rejoindre Grenoble. De cette façon, on encadre l'agglomération lyonnaise de deux voies autoroutières et on soulage la vallée du Rhône.

Cela ne règle pas tous les problèmes de circulation dans Lyon ?

Non, mais le problème ne se pose plus dans les mêmes termes. On sait par exemple qu'il restera à gérer 60.000 véhicules/jour. Je propose donc de déclasser l'A6/A7 qui devient un boulevard urbain ; on enlève une voie, on plante des arbres, on remet du transport en commun dessus. Ainsi, la rocade Est, soulagée du trafic autoroutier, retrouvera un rôle normal. A l'ouest on fait une voirie départementale, l'équivalent de la rocade Est, avec des échanges pour organiser ce territoire.

C'est le seul moyen d'avoir une vision cohérente des choses et ensuite de bien maîtriser l'étalement urbain et donc l'aménagement de ce territoire. Si vous faites une autoroute dans l'ouest lyonnais comme c'était prévu - une autoroute de transit qui, par définition, n'offre pas d'échanges - elle ne dessert pas le territoire en question, ne sert strictement à rien sur le plan local et ne lui apporte, à la limite, que des inconvénients. Sur le plan national ? Une telle autoroute semble arranger la situation mais pas tant que ça puisque c'est Vienne qui sera surchargée car il va bien falloir que cette autoroute se raccroche quelque part. Le problème de la vallée du Rhône n'est donc pas réglé.

Sans compter qu'aucun maire ne désire une autoroute sur son territoire. Pour convaincre ses administrés, il demandera à l'état un échangeur, sensé servir au développement de sa commune. Et l'Etat, pour faire passer son dossier, acceptera. Conséquence probable : plus aucun aménagement n'est maîtrisé car autour des échangeurs s'installent de l'industrie et de la logistique. Compte tenu de la topographie de l'ouest lyonnais, faire circuler des poids lourds par là-bas est une catastrophe annoncée. Alors que tout l'enjeu de l'agglomération lyonnaise a été d'organiser sa plate-forme logistique derrière la Porte des Alpes, près d'un équipement aéroportuaire qui soit solide, c'est-à-dire près de St Exupéry, de Lyon-Corbas ou de Lisle d'Abauld. Il suffit de desservir St Exupéry correctement et d'organiser ensuite les territoires pour que les véhicules viennent desservir les coeurs d'agglomération. Il s'agit bien d'aménagement et plus de voirie autoroutière.

Et pour ce qui concerne le fret ferroviaire ?

Le fret est encore autre chose. Qu'elle est l'idée de l'Etat ? Faire passer un transport fret en plein coeur de l'agglomération ? Aujourd'hui les voies ne sont plus du tout adaptées et l'agglomération veut développer les dessertes TER. Il a toujours été dit que le contournement fret passera par l'est lyonnais. Or un contournement fret est l'équivalent en terme de nuisances, sinon pire, d'une voirie autoroutière. Est-il cohérent de mettre une voie de chemin de fer extrêmement lourde en plein coeur d'une zone d'habitation ?

Dans l'Est lyonnais les gens se plaignent, disant que cette voie va passer aux pieds de leur maison. Pour le coup ils ont raison. S'il s'agit de contourner l'agglomération et de partir au sud, il faut un contournement le plus large possible. Aujourd'hui on a un lieu, la ligne TGV sur laquelle l'Etat maîtrise le foncier. Il n'y aurait rien de gênant à doubler la ligne TGV et faire passer le fret là-dessus, très à l'est, dans des endroits où il n'y a rien et où l'Etat est déjà propriétaire. Ne reste plus ensuite qu'à déplacer la zone où on dispatche les wagons et les marchandises, aujourd'hui en centre ville, sur des territoires où on n'embête personne.

C'est de cette façon que s'est développée la ville. Quand on a construit la gare de triage à Feyzin et la vallée de la chimie, il n'y avait rien. A l'époque les gens ont construit des éléments structurants dans ce qui n'était pas des coeurs de ville. C'était les périphériques de l'époque qui ont ensuite été intégrés au dispositif. Il faut donc de nouveau repousser les choses mais, cette fois, en maîtrisant ensuite les zones de développement avec une vision un peu plus stratégique. Ramener en ville des équipements lourds revient à nier ce que demande la population, à savoir une bonne qualité de vie.

En l'état, la situation n'est-elle pas bloquée ?

Les choses n'avancent que si les hommes ont une vision et sont capables de porter cette vision, d'essayer de la faire partager et de convaincre. Je suis convaincu que sur ma vision des choses, on peut trouver un consensus assez large. Si l'enjeu est de devenir l'Ile de France, faisons des autoroutes partout, densifions à mort et l'habitant de la communauté lyonnaise, qui peut être à la campagne en 20 minutes mettra une heure. Est-ce la vie qu'on souhaite ? Je ne le pense pas.

Lyon a la chance extraordinaire d'être située à un carrefour magnifique en terme de géographie, près de la mer, de la montagne, un passage quasiment obligé à deux heures de Paris. C'est vrai que Lyon doit se densifier un peu en hauteur, on en a besoin si on veut éviter l'étalement urbain. Mais la solution n'est pas de jouer l'auto-développement. Elle est selon moi de se développer en réseaux, de bien se raccrocher à Marseille, à St Etienne, à Valence, à Grenoble, à Genève et Milan. Organisons ces réseaux et facilitons les échanges. 40.000 véhiculent se déplacent de St Etienne pour venir travailler à Lyon tous les jours, 8 ou 10% des habitants de Vienne viennent travailler à Lyon. A mon avis, la stratégie de développement de l'agglomération lyonnaise est de définir son rôle dans les 40/50 années à venir.

Disposez-vous des outils adéquats pour y parvenir ?
Avec les Schémas de Cohérence Territoriale (SCOT), nous avons aujourd'hui les outils qui nous permettent de bien déterminer nos choix stratégiques sur les territoires. Mais, à mon avis, il faut avoir la vision la plus lointaine possible pour que les éléments structurants qui doivent être faits dès maintenant (les voiries ou les transports fer qui s'inscrivent pour des décades) soient réalisés dans ce contexte là. Et si pour une fois, on avait de l'avance dans la réalisation de ces chantiers au lieu de courir après ce qu'on n'a pas su maîtriser avant ?

Qu'elle est selon vous la meilleure échelle d'intervention dans votre schéma ?

Aujourd'hui, pour ce qui nous concerne, l'échelle régionale est la bonne échelle. C'est à ce niveau là que les débats de fond devraient s'engager. Or les conseillers régionaux sont frileux à l'extrême et l'agglomération lyonnaise y est très mal représentée. Le maire de Lyon par exemple ne siège pas à la région ; à mon avis c'est un problème, alors que la compétence urbanisme est à la communauté urbaine et que la région est l'échelon pertinent. Aujourd'hui les structures administratives ne sont plus pertinentes et on revient sur des raisonnements par bassin de vie. Ce qui d'ailleurs peut être dangereux dans le cadre de l'aménagement car il ne s'agit pas de recréer de vieilles barrières.

Aujourd'hui la réalité est que si vous changez de département vous changez de compétence. Les organismes de transport en commun sont limités à leurs propres territoires sans capacité d'investissement au-delà, et ainsi de suite. Cette multitude d'organisations opérationnelles qui ne veulent pas se parler ou qui juridiquement ne peuvent pas se parler crée des blocages extrêmement lourds.

Propos recueillis par Christophe Leray

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Entretien : L'aménagement du territoire à Lyon est fait à l'emporte-pièce
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