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Entretien avec Anne Balaÿ, architecte spécialisée en environnement sonore

Anne Balaÿ est architecte spécialisée en environnement sonore. Travaillant au sein d'un bureau d'études spécialisé en acoustique, Anne Balaÿ explique en quoi cette spécialité apporte une dimension indispensable à l'architecture. Une valeur ajoutée qui répond à une sensibilisation croissante de la part du public.

 
 
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CyberArchi : Vous êtes spécialisée en environnement sonore. De quelle formation disposez-vous ?

Anne Balaÿ : J'ai une formation d'architecte classique. Je n'ai pas suivi de formation particulière à l'école d'architecture en dehors des cours techniques habituellement donnés. J'ai principalement appris sur le tas. En effet, après mes études et mon mémoire portant sur la dimension sonore de l'espace architecturale, j'ai intégré le bureau d'études Synesthésie Acoustique, où j'ai été directement confrontée à la problématique acoustique.

Cependant, il existe des cours spécifiques à l'acoustique donnés dans les écoles d'architecture et il est possible de se spécialiser plus tard, dans le cadre de post-diplôme.

J'ai le sentiment que nous sommes encore relativement peu à être spécialisés en environnement sonore en France. Cela dit, il y a une véritable émergence d'intérêt pour ce domaine. Elle est certainement liée à une prise de conscience de la part des architectes, qui comprennent que cette dimension peut nourrir le projet architectural. La thématique HQE s'inscrit également dans cette prise de conscience.

Comment vous définissez-vous ? Etre à la fois architecte et spécialiste est-il un compromis des deux en terme de sécurité par exemple, ou une richesse combinant ces compétences?

C'est ainsi que, par exemple, certains types d'isolation, avec des matériaux exigeant une mise en oeuvre importante, ont du mal à répondre aux critères acoustiques et incendies au niveau des PV. Même si ce cas de figure n'est pas fréquent, il nous oblige à trouver d'autres solutions où la dimension sonore ne sera pas autant respectée, vis-à-vis des exigences incendies.

Qu'apporte, selon vous, votre spécialité à votre travail d'architecte ?

La prise en compte de l'acoustique est une dimension incontournable de l'architecture. En effet, si l'acoustique n'est pas prise en compte, on peut avoir une réalisation très belle à voir mais difficile à vivre. Cette dimension apporte une qualité au bâtiment, qui n'est pas toujours perceptible de manière consciente mais qui se ressent pleinement. Or le sentiment de bien-être dans un lieu est la volonté de tout architecte.

C'est pourquoi, il vaut mieux faire appel à un spécialiste lorsque l'on veut réaliser des projets qui tiennent compte de la dimension acoustique. Celle-ci comporte des phénomènes complexes et pas toujours prévisibles. Il est donc difficile de maîtriser totalement cette dimension lorsque l'on est un architecte non-spécialiste.

Travaillez-vous avec d'autres partenaires ou votre spécialité se suffit à elle-même ?

Le plus souvent je travaille en étroite collaboration avec un acousticien au sein de notre bureau d'études. J'ai d'ailleurs un rôle important pour nos clients architectes qui sont souvent sur la défensive lorsqu'il s'agit de bureau d'études, symbole de réglementation, de normes et de coûts. Ils ont l'impression d'être limité dans leurs projets. Mon rôle est de les rassurer. Etant architecte, je parle le même langage que mes clients et je les sensibilise à l'intérêt de prendre en compte la dimension sonore dans leurs projets. Au sein du bureau d'études, c'est donc plutôt ma fonction d'architecte qui est valorisée.

Y a t-il des logiciels qui permettent de vous aider dans le travail de recherche de qualité de son ?

Il existe quelques logiciels qui permettent de faire des calculs précis. Par exemple, on peut déterminer les indices d'isolation d'un local selon les matériaux choisi, la surface, le volume et l'agencement de l'espace. Je travaille entre autre avec Acoubat et Epidaure qui sont facilement accessibles si l'on possède les notions de base en acoustique.

Par ailleurs, il existe de petites applications en ligne, développées par des industriels, qui permettent de connaître les performances acoustiques de leurs produits, selon leur mise en oeuvre. Ces applications ont pour objet de faire prendre conscience aux architectes de l'intérêt de la dimension acoustique dans un projet. De là à ce que ce soit un véritable outil de travail, je n'en suis pas sûre.

Quelles sont les caractéristiques principales pour qu'un matériau absorbe ou renvoie les ondes sonores ?

Les matériaux denses et durs, type béton, pierre ou verre ont une forte réverbération. Le niveau sonore rendu est donc plus important. A l'inverse, les matériaux ayant une certaine porosité, tel une mousse derrière un textile, ou les produits perforés, comme les panneaux de bois ou de plâtre, sont absorbants.

Cela dit, il arrive dans la pratique que l'on joue avec ces matériaux. Par exemple, pour un parking, on peut utiliser de la pierre reconstituée perforée pour absorber le bruit des voitures.

Quelles contraintes rencontre-t-on lorsqu'il s'agit d'une salle de musique, d'une école, d'un logement collectif ou d'une maison individuelle ?

Le niveau d'isolation à définir dépend du lieu et de l'usage que l'on en fait. Il s'agit d'un savant dosage. En effet, isoler de façon importante peut avoir des conséquences négatives. Ainsi, dans les années 90, on a réalisé un énorme travail d'isolation des façades de HLM. Les habitants étaient alors mieux protégés du bruit extérieur mais percevaient plus les bruits du voisinage.

De la même manière, être protégé de toutes sources sonores n'est pas conseillé. Vivre dans une chambre sourde est complètement insupportable. L'homme a besoin de percevoir les bruits mais de façon atténuée. Dans un hôpital, par exemple, les chambres ne doivent pas être trop isolées vis-à-vis des circulations afin que les infirmières puissent entendre les malades et que ces derniers perçoivent ce qui se passe en dehors de leur chambre. Tout est une question de mesure.

Y a-t-il des solutions pour les bâtiments déjà existants ?

Dans un bâtiment existant, tous les éléments en place ont une incidence acoustique. Par exemple, on se retrouve avec un système d'aération qui constitue de véritables ponts phoniques ou un système structurel qui bouge sous l'impact d'un bruit solidien et qui le propage, comme le ferait une peau de tambour.

Nous procédons en premier lieu à un diagnostic de l'ensemble de l'existant. Tous est passé en revue, et notamment les trous, les percements, les conduits. Après on agit au cas par cas. On rebouchera, par exemple, une cheminée qui ne sert plus et qui véhicule le son. On enlèvera tous les matériaux qui ne servent plus, comme les gaines qui propagent le son. Il existe une multitude de solutions. Ainsi, on peut appliquer des produits résilients, gainer des éléments, changer des portes, couler une chape sur un produit résilient... Reste qu'avec l'existant, la qualité sonore ne sera pas toujours identique à celle qui est prise en compte dès la conception d'un projet neuf. De plus, il y a des éléments qui limitent la faisabilité, que ce soit le budget, la structure ou tout simplement l'espace.

Le système «boite dans la boite» peut être une solution efficace. On désolidarise les murs, sols et plafonds afin de limiter la propagation du bruit. Pour cela, il faut des moyens importants et de l'espace. Cette option se révèle difficile pour les maisons avec du cachet. Par contre, c'est une solution idéale pour l'insonorisation d'une cave. On peut même réaliser avec ce système, une petite cabine à l'espace suffisant pour y exercer un instrument. Les parents et les voisins vivant au-dessus ne seront pas dérangés par le son de la batterie.

Les romains maîtrisaient déjà l'écho dans leurs arènes, qu'a-t-on inventé de plus depuis ?

Aujourd'hui nous avons des possibilités de calcul, grâce à l'ordinateur, qui permettent d'envisager les environnements complexes. Ces outils permettent un grand contrôle de la qualité sonore. Par exemple, il existe un système d'acoustique active qui permet, dans une salle de concert, de recevoir le signal sonore et de le corriger en temps réel.

Depuis les années 90 avec la nouvelle réglementation adaptée à l'acoustique, la fameuse NRA, les industriels ont encore plus conscience de l'intérêt de développer des systèmes de mise en oeuvre adaptés à la problématique acoustique. En ce qui concerne les matériaux, tous les industriels du bâtiment ont des produits qui répondent à des exigences acoustiques. Les principales nouveautés viennent du caoutchouc, du béton et particulièrement des systèmes sandwiches tels que les cloisons à base de plaque de plâtre et laine minérale.

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